Économie Agriculture : le paradoxe du pays fertile
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
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Partie 1 — Économie

Agriculture : le paradoxe du pays fertile

Le pays possède des terres parmi les plus fertiles du continent et pourrait nourrir une grande partie de l'Afrique. Pourtant il importe sa nourriture. Un géant agricole qui a faim.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Voici l’un des plus grands paradoxes du Congo, et l’un des plus douloureux. Le pays possède des dizaines de millions d’hectares de terres arables parmi les plus fertiles du continent, une pluviométrie abondante, des fleuves et des rivières en quantité, une diversité de climats qui permettrait de tout cultiver. Sur le papier, la République démocratique du Congo pourrait nourrir non seulement sa population, mais une grande partie de l’Afrique. Dans la réalité, elle importe une part importante de sa nourriture, et des millions de Congolais souffrent d’insécurité alimentaire. Un géant agricole qui a faim.

Comment en est-on arrivé là ? Par un enchaînement de causes qui résume, à lui seul, les maux du pays. Le manque de routes, que cette série raconte par ailleurs, empêche d’acheminer les récoltes vers les marchés, si bien que des produits pourrissent dans les villages pendant que les villes importent. L’absence d’investissement dans l’agriculture, délaissée au profit des mines, a laissé les paysans avec des outils rudimentaires, sans engrais, sans semences améliorées, sans crédit, sans encadrement. Les guerres, surtout à l’Est, ont chassé des cultivateurs de leurs champs et désorganisé des régions entières. Et les politiques publiques ont longtemps négligé un secteur qui fait pourtant vivre la majorité de la population.

Car la majorité des Congolais sont des agriculteurs, le plus souvent de subsistance. Ils cultivent de petites parcelles, à la main, pour nourrir leur famille, avec peu de surplus à vendre. Cette agriculture vivrière, héroïque, nourrit le pays tant bien que mal, mais elle reste prisonnière de sa faible productivité. Le paysan congolais travaille dur et récolte peu, faute des moyens qui lui permettraient de tirer de cette terre généreuse tout ce qu’elle pourrait donner. Le potentiel est là, immense, mais il dort.

Le paradoxe a un coût humain direct. Importer sa nourriture, c’est la payer plus cher, c’est dépendre des cours mondiaux et des devises, c’est exposer les plus pauvres à la flambée des prix. L’insécurité alimentaire, dans un pays aussi fertile, n’est pas une fatalité naturelle, c’est le produit de décennies de choix et de négligences. Et elle frappe le plus durement les régions en guerre, où la faim devient une arme et une conséquence du conflit. Que des Congolais aient faim sur l’une des terres les plus riches du monde est un scandale autant qu’une tragédie.

Pourtant, l’agriculture est sans doute le plus grand gisement d’avenir du pays, plus encore que les mines. Parce qu’elle concerne la majorité de la population, parce qu’elle pourrait créer des emplois massivement, parce qu’elle répond à un besoin vital et à un marché immense, intérieur et continental. Développer l’agriculture congolaise, ce serait s’attaquer en même temps à la pauvreté, à la faim, à l’exode rural et à la dépendance. Ce serait transformer le premier handicap du pays en sa première force. Aucun autre secteur n’offre un tel potentiel de transformation.

Soixante-six ans après l’indépendance, le paradoxe du pays fertile reste l’un des plus grands défis et l’une des plus grandes promesses du Congo. Il dit l’échec des politiques passées, obnubilées par le sous-sol et oublieuses de la terre. Il dit aussi qu’une autre voie est possible, qui partirait des paysans, des routes, des marchés, plutôt que des seules mines. Nourrir le Congo par le Congo, faire de ce géant agricole endormi une puissance qui se réveille, voilà peut-être le chantier le plus concret et le plus digne de l’indépendance. La terre, ici, attend qu’on la regarde enfin.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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