Économie La chute de la Gécamines
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Économie

La chute de la Gécamines

Il y a eu un temps où la Gécamines produisait plus de quatre cent mille tonnes de cuivre par an et faisait vivre des villes entières. Puis, en une décennie, le géant s'est effondré.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Il y a eu un temps où la Gécamines produisait plus de quatre cent mille tonnes de cuivre par an et faisait vivre des villes entières. Puis, en une décennie, le géant s’est effondré. Dans les années 1990, la production minière du Katanga s’écroule, tombant à une fraction de ce qu’elle était. Ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est la conséquence lente et prévisible de décennies de mauvaise gestion, de ponctions et d’absence d’investissement. La colonne vertébrale du pays se brise au moment précis où le pays en a le plus besoin.

Pour comprendre cette chute, il faut se souvenir de ce qu’était devenue la Gécamines sous Mobutu. Une entreprise publique prospère, oui, mais aussi une caisse dans laquelle le régime puisait. Pendant des années, on a prélevé sur ses recettes pour financer l’État, le parti, le train de vie du pouvoir, sans réinjecter l’argent nécessaire à l’entretien des mines, au renouvellement des équipements, à la préparation de l’avenir. Une mine, c’est un organisme vivant qu’il faut nourrir. On a laissé celui-là s’épuiser. Les installations vieillissent, les pannes se multiplient, des accidents surviennent, et la production décroche.

La fin des années 1980 et le début des années 1990 portent le coup de grâce. La chute des cours mondiaux fragilise une entreprise déjà exsangue. Les effondrements miniers, les difficultés techniques, l’arrêt de tout investissement sérieux précipitent la dégringolade. La fin de la guerre froide prive Mobutu du soutien occidental qui l’avait maintenu à flot, et les bailleurs, FMI et Banque mondiale, exigent des réformes que le régime n’a ni la volonté ni les moyens de mener. La Gécamines, naguère fierté nationale, devient le symbole d’un État qui a tout dévoré, jusqu’à sa poule aux œufs d’or.

Le drame n’est pas seulement comptable. Il est social, et il est humain. Autour de la Gécamines vivaient des centaines de milliers de personnes, travailleurs, familles, communautés entières qui dépendaient de l’entreprise pour le salaire, le logement, l’école, l’hôpital. Quand le géant tombe, c’est tout ce monde qui bascule. Les salaires ne tombent plus, les services s’arrêtent, des villes minières prospères sombrent dans la précarité. Une génération de Katangais découvre que l’on peut vivre au-dessus de l’un des plus riches sous-sols du monde et avoir faim. C’est sur ce désastre que prospéreront ensuite l’exploitation artisanale et les creuseurs, que cette série raconte plus loin.

La chute de la Gécamines est l’une des clés économiques de tout ce qui suit. Elle laisse l’État sans sa principale ressource au moment où il affronte la fin du mobutisme, les guerres et l’effondrement général. Elle ouvre la porte à l’arrivée massive d’opérateurs étrangers, qui rachèteront ou exploiteront en partenariat ce que l’entreprise publique ne pouvait plus faire tourner. Et elle laisse une cicatrice morale durable, la preuve par l’exemple qu’un patrimoine national peut être dilapidé par ceux-là mêmes qui étaient censés le protéger.

Soixante-six ans après l’indépendance, l’histoire de la Gécamines reste une mise en garde permanente. Le cuivre du Katanga a retrouvé des sommets de production, mais grâce à de nouveaux acteurs, souvent étrangers, et la part qui revient réellement à l’État et aux populations demeure un débat vif. La question que pose la chute du géant n’est pas seulement « comment a-t-on pu laisser mourir une telle entreprise ? ». C’est aussi : « comment éviter que la prochaine richesse, le cobalt, les batteries du monde, ne connaisse pas le même sort, dévorée avant d’avoir profité au pays ? » La Gécamines a montré ce qu’il en coûte de manger son capital. Le Congo n’a pas le droit de l’oublier.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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