Partis & Coalitions « Renverser Tshisekedi » : le plan à trois que l’AFC/M23, Kabila et Kigali ne cachent plus

« Renverser Tshisekedi » : le plan à trois que l’AFC/M23, Kabila et Kigali ne cachent plus

Makenga appelle à renverser le « mauvais régime », l'armée rwandaise combat sur le terrain, et Joseph Kabila, sanctionné par Washington et condamné à Kinshasa, en devient le visage politique.

« Renverser Tshisekedi » : le plan à trois que l’AFC/M23, Kabila et Kigali ne cachent plus
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 JUILLET 2026 - 15:39 WAT · 4 min de lecture

Sur un site d’entraînement filmé par ses propres cadres, le chef militaire de l’AFC/M23, Sultani Makenga, s’adresse à ses recrues. Il les exhorte à marcher en libérateurs du pays et à rejoindre le front pour renverser ce que le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, rapporte comme le « bad regime » de Tshisekedi, le mauvais régime. La rébellion ne s’en cache plus : la conquête de l’Est n’est pas une fin, c’est un moyen d’abattre le pouvoir de Kinshasa.

Le projet est habillé de mots. Le rapport relève que l’AFC/M23 « a prôné l’autonomie par rapport au Gouvernement, en vantant les mérites du fédéralisme ». En juillet 2025, son négociateur en chef à Doha, Benjamin Mbonimpa, a déclaré que le mouvement « proposait le fédéralisme comme forme de gouvernance ». Derrière le vocabulaire, un objectif, celui de « gouverner une région autonome dans l’est de la République démocratique du Congo », avec une ambition affichée « d’étendre son influence vers Butembo, Beni et Kisangani ».

Ce projet ne tiendrait pas une semaine sans une armée étrangère. C’est là qu’entre Kigali. Le même rapport chiffre à « entre 6 000 et 7 000 membres de la FDR » les soldats rwandais déployés dans les Kivu, et cite des sources internes à la rébellion décrivant des éléments de la Force de défense rwandaise, appelés « Friendly Force », qui « gèrent les lignes de front » et « contrôlent les combattants du M23 ». Kigali dément toute présence sur le sol congolais. Ses actes, tels que documentés par l’ONU, disent l’inverse de ses mots.

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Reste le troisième nom, celui qui donne au projet un visage politique congolais. Le document de mi-parcours se concentre sur le mouvement et son parrain militaire. C’est ailleurs que le nom de Joseph Kabila s’impose, et de trois manières convergentes.

Le Trésor américain a tranché le premier. Le 30 avril 2026, son bureau de contrôle des avoirs étrangers a sanctionné l’ancien président pour son soutien à l’AFC et au M23. Washington lui reproche d’avoir financé la coalition, d’avoir encouragé des soldats des forces armées congolaises à déserter pour rejoindre la rébellion, d’avoir tenté de lancer des attaques contre l’armée gouvernementale depuis l’étranger et d’avoir cherché à installer un candidat opposé au président en exercice. Le Trésor affirme que Kabila s’est rendu à Goma en 2025 et qu’il s’y trouverait sous la protection du M23.

Les experts de l’ONU ont suivi. Dans leur rapport de 2026, ils décrivent un remaniement imminent de l’AFC/M23, jusqu’à un changement de nom, et un rôle de premier plan pressenti pour Joseph Kabila. Selon eux, cette montée en puissance vise à minimiser le rôle du Rwanda et à donner à la rébellion le visage d’un « mouvement congolais » traitant de préoccupations congolaises. Sa plateforme, baptisée « Save the DRC », appelle ouvertement à un soulèvement populaire contre le gouvernement de Kinshasa.

La justice congolaise a prononcé le verdict le plus lourd. Le 30 septembre 2025, un tribunal militaire a condamné Joseph Kabila à la peine de mort par contumace, pour trahison. L’ancien chef de l’État n’a pas comparu et n’a pas reconnu ces faits.

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Trois acteurs, une même cible. Le mouvement affiche l’objectif, l’armée rwandaise le rend militairement possible, et l’ancien président en devient le relais politique, du financement documenté par Washington à l’appel au soulèvement de sa propre plateforme. La convergence dessine autre chose qu’une rébellion locale : une entreprise de conquête du pouvoir central, soutenue de l’étranger et adossée à une figure du passé congolais.

La prudence reste de mise sur chaque maillon. Kigali nie sa présence, Kabila conteste par son absence même au procès, et le lien entre les trois relève d’un faisceau établi par recoupement plutôt que d’une coordination ouvertement revendiquée. Chacun, pourtant, montre sa main : les mots de Makenga, l’armée rwandaise sur les lignes de front, les sanctions américaines et l’appel au soulèvement lancé par la plateforme de Kabila pointent dans une seule direction. Reste à la justice et au Conseil de sécurité d’en tirer les fils.

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B
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