Économie Le cobalt : la RDC au cœur du monde électrique
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Économie

Le cobalt : la RDC au cœur du monde électrique

La RDC fournit l'essentiel du cobalt de la planète. À l'heure de la transition énergétique, son sous-sol décide en partie de l'avenir de l'industrie mondiale.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, recharge son téléphone ou démarre une voiture électrique, il y a de fortes chances qu’un peu du sous-sol congolais soit à l’œuvre. La République démocratique du Congo fournit l’essentiel du cobalt de la planète, ce métal devenu indispensable aux batteries qui équipent nos appareils et nos véhicules. À l’heure de la transition énergétique, le Congo s’est retrouvé, presque malgré lui, au cœur stratégique du monde électrique. Son sous-sol décide en partie de l’avenir de l’industrie mondiale.

C’est une position vertigineuse. Le cobalt, longtemps minerai secondaire, est devenu un métal critique, convoité par les grandes puissances et les géants de la technologie et de l’automobile. Le Congo, qui concentre une part écrasante des réserves et de la production, détient une carte géopolitique majeure. Dans la nouvelle compétition mondiale pour les ressources de la transition, le pays est un acteur incontournable. Les chancelleries, les industriels, les investisseurs du monde entier regardent vers Kolwezi et le Katanga. Le Congo n’a jamais été aussi central dans l’économie mondiale.

Mais cette centralité est aussi un piège, le même que celui que le pays connaît depuis 1906. Car le cobalt, comme le cuivre avant lui, sort du sol congolais sans que la richesse qu’il génère se transforme en développement pour les Congolais. La valeur se crée ailleurs, dans la transformation, la fabrication des batteries, l’assemblage des véhicules, qui se font loin du pays. Le Congo exporte de la matière brute et importe les produits finis qui en sont issus, à prix d’or. La malédiction des ressources, dénoncée tout au long de cette série, atteint avec le cobalt une dimension planétaire.

Il y a pire. Une part de ce cobalt est extraite dans des conditions qui posent de graves questions éthiques, notamment dans l’exploitation artisanale que cette série raconte dans l’histoire suivante. Des creuseurs, parfois des enfants, travaillent à mains nues dans des conditions dangereuses pour alimenter une chaîne qui finit dans des produits de haute technologie. Ce contraste, entre le luxe propre des voitures électriques et la dureté de l’extraction, est l’un des grands scandales moraux de la mondialisation, et le Congo en est, malgré lui, le théâtre. La transition énergétique du monde riche a un coût, et il se paie en partie au Katanga.

Que faire de cette position ? C’est tout l’enjeu des prochaines décennies. Le pays peut continuer à n’être qu’un fournisseur de matière première, captif des cours et des intérêts étrangers. Ou il peut tenter de remonter la chaîne de valeur, d’exiger la transformation locale, de négocier de meilleures conditions, de faire respecter des normes sociales et environnementales. Des projets en ce sens existent, des partenariats régionaux sont évoqués pour fabriquer des batteries sur le continent. Transformer la rente en industrie, c’est le pari, difficile mais décisif, qui déterminera si le cobalt sera une chance ou une malédiction de plus.

Soixante-six ans après l’indépendance, le cobalt place le Congo devant un choix historique. Jamais le pays n’a eu autant d’atouts dans la nouvelle économie mondiale, et jamais le risque n’a été aussi grand de répéter les erreurs du passé, en laissant filer la richesse sans rien construire de durable. Le sous-sol du monde, c’est le Congo. Reste à savoir si le Congo en sera l’atelier ou seulement la carrière. La réponse à cette question dira si l’indépendance économique, soixante-six ans après l’indépendance politique, est enfin à portée de main.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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