Football Retour sur la ferveur d’un Est en guerre, de Goma occupée aux villages désertés de Walikale autour des Léopards
AFC/M23

Retour sur la ferveur d’un Est en guerre, de Goma occupée aux villages désertés de Walikale autour des Léopards

À Goma occupée, la fierté du football. À Walikale, la guerre et ses villages vidés. Comment l'Est de la RDC a vécu, en même temps, le Mondial des Léopards et l'agression.

Retour sur la ferveur d’un Est en guerre, de Goma occupée aux villages désertés de Walikale autour des Léopards
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 15:57 WAT · 3 min de lecture

Le 1er juillet 2026, à Atlanta, la République démocratique du Congo a quitté la Coupe du monde en seizièmes de finale, battue 2-1 par l’Angleterre sur un but décisif de Harry Kane. C’était le meilleur parcours de son histoire. À plus de dix mille kilomètres, à Goma, ville du Nord-Kivu tenue par l’AFC/M23 depuis la fin janvier 2025, des supporters ont suivi le match dans une salle obscure, et en sont ressortis fiers. « Je ne suis pas stressé, je suis très heureux. Nous attendions cela depuis cinquante-deux ans », confiait l’un d’eux, Prince Useni.

À cent cinquante kilomètres à l’ouest, dans le territoire de Walikale, la même province offrait un tout autre décor. Le 11 avril 2026, Radio Okapi faisait état de plus de 40 000 déplacés en détresse dans le groupement de Waloa Loanda, après de nouveaux combats. Le chiffre, attribué à des sources administratives locales, disait une réalité constante, celle d’une population qui fuit au rythme des offensives.

Walikale porte la marque de la guerre depuis plus d’un an. En mars 2025, l’avancée de l’AFC/M23 avait poussé l’exploitant de la mine d’étain de Bisie à suspendre ses activités et à évacuer son personnel, avant la prise brève de Walikale-centre, puis un retrait début avril. En 2026, de nouveaux retraits, jugés partiels et temporaires par la société civile, ont laissé derrière eux des villages déserts. « Nous avons couru sans savoir où aller. Les balles sifflaient de partout. J’ai pris mes enfants et nous avons fui dans la forêt », racontait Chantal Furaha, habitante de Walikale-centre.

La guerre frappe jusqu’aux structures de soins. « Dans l’aire de santé des Mpety, le centre de santé qui porte le même nom a été complètement détruit à la suite des événements de la guerre d’agression », signalait le rapporteur d’un comité local, Julien Buunda. Dans ce territoire, la mine et le fusil font partie du même paysage.

Le contraste est saisissant, car il tient dans une même géographie. Le Nord-Kivu abrite à la fois une mine de Bisie qui a battu un record de production, autour de 18 500 tonnes d’étain sur l’exercice, soit près de 6 % de l’offre mondiale, et une guerre qui vide les villages alentour. L’étain de l’Est est au cœur de l’économie du conflit. Le football, lui, a fait l’inverse. Il a rassemblé un pays jusque dans sa ville occupée, où l’on a osé, le temps d’un match, oublier la ligne de front. « Nous avons montré notre détermination, nous l’avons montrée au monde, et le monde le reconnaît », résumait un autre supporter de Goma, Dany Minyake.

Pour Kinshasa, cette ferveur est un capital politique autant qu’une émotion. Voir Goma occupée vibrer aux couleurs nationales rappelle que l’appartenance au pays ne se décrète pas par la conquête. Mais il faut se garder de confondre respiration et guérison. Le football a offert à l’Est une parenthèse, pas une paix. À Walikale, quand les écrans se sont éteints, il restait les villages vides et la mine sous tension.

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B
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