Les jeunes : débrouille, réseaux et impatience
Le Congo est un pays jeune. La majorité de sa population a moins de vingt ans. C'est cette génération impatiente qui tient entre ses mains le pari de demain.
Le Congo est un pays jeune. Très jeune. La majorité de sa population a moins de vingt ans, et cette génération, née après l’an 2000, n’a connu ni Mobutu, ni la première guerre, ni l’âge d’or de la rumba. Elle a grandi avec le téléphone, le mobile money, les coupures de courant, les vidéos venues de l’Est, et une impatience grandissante. Ce sont ces jeunes qui hériteront du pays, de ses richesses et de ses problèmes. Comprendre qui ils sont, ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent, c’est regarder le Congo de demain droit dans les yeux.
Cette jeunesse est d’abord celle de la débrouille. Faute d’emplois, dans un pays où le marché du travail formel n’absorbe qu’une infime partie des arrivants, les jeunes inventent leur survie. Petits commerces, services, activités informelles, bricolages numériques, ils multiplient les ingéniosités pour gagner de quoi vivre. Cette énergie, cette capacité à se créer des opportunités là où il n’y en a pas, est remarquable. Mais elle est aussi le symptôme d’un échec, celui d’une économie incapable d’offrir des perspectives dignes à sa jeunesse. La débrouille est une force, mais elle ne devrait pas être un destin.
Cette jeunesse est aussi connectée. Les réseaux sociaux ont changé son rapport au monde, à l’information, à la politique. Les jeunes Congolais s’informent, débattent, se mobilisent, créent, sur des plateformes qui échappent largement au contrôle de l’État. Cette connexion ouvre des horizons, donne accès à des idées, à des modèles, à une conscience du monde que les générations précédentes n’avaient pas. Elle est un outil d’émancipation, mais aussi un terrain de manipulation et de désinformation, où le meilleur côtoie le pire. La bataille de l’information se joue désormais, en grande partie, dans les mains de cette jeunesse.
Cette jeunesse est enfin impatiente, et c’est peut-être son trait le plus politique. Des mouvements citoyens portés par des jeunes ont émergé, réclamant le respect de la Constitution, l’alternance, la bonne gouvernance, la fin de l’impunité. Ces mouvements, qui ont joué un rôle dans les grandes mobilisations de la dernière décennie, ont aussi payé le prix de leur engagement, leurs militants connaissant arrestations et pressions. Cette part de la jeunesse refuse de se résigner, exige des comptes, veut un autre pays. Elle incarne une conscience civique nouvelle, qu’il faut décrire avec exactitude et sans complaisance, mais dont l’existence même est un signe d’espoir.
L’impatience de la jeunesse est un avertissement autant qu’une promesse. Une génération nombreuse, éduquée tant bien que mal, connectée, sans emploi et sans perspectives, est une poudrière sociale si rien ne change. Mais c’est aussi un potentiel formidable si le pays sait lui offrir des débouchés, l’écouter, l’associer à la construction de son avenir. Le sort du Congo dépendra largement de sa capacité à répondre aux attentes de sa jeunesse, à transformer son énergie en moteur de développement plutôt qu’en colère. Ignorer cette jeunesse, ce serait préparer des crises. L’investir, ce serait préparer un renouveau.
Soixante-six ans après l’indépendance, la jeunesse congolaise tient entre ses mains le pari de demain. Elle n’a pas les souvenirs de ses aînés, mais elle a leurs problèmes en héritage, et une exigence neuve. Elle veut un Congo qui marche, qui la respecte, qui lui donne sa chance. C’est elle qui décidera, dans les décennies à venir, si le pays sort enfin de ses ornières. Lui faire confiance, l’éduquer, l’employer, l’écouter, c’est le meilleur investissement que la nation puisse faire. Car cette jeunesse impatiente n’est pas le problème du Congo. Elle est, si on lui en donne les moyens, sa plus grande solution.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
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