Bayraktar TB2, le drone turc vendu au Rwanda, véritable menace dans l’Est de la RDC
Bayraktar TB2, le drone turc vendu au Rwanda, véritable menace dans l’Est de la RDC
AFP
Depuis la mi-juin, le Nord et le Sud-Kivu vivent sous les drones. L’état-major congolais dénombre en moyenne cinq frappes par jour de Bayraktar TB2, ces appareils turcs armés de munitions guidées, sur des localités des deux provinces. C’est ce que rapporte Africa Intelligence, la lettre confidentielle française du groupe Indigo Publications, dans un article du 16 juillet 2026. Le commandement congolais impute ces frappes à Kigali et a ouvert une enquête sur l’usage de ces drones au-dessus de son territoire.
Pour l’armée congolaise, le problème n’est pas seulement d’identifier l’agresseur. Il est de pouvoir répondre. Car ces drones, selon Africa Intelligence, ne volent pas à découvert. Ils opèrent sous la protection d’une défense antiaérienne que le Rwanda et ses supplétifs auraient récemment renforcée, et c’est là que se joue l’infériorité congolaise.
Le renseignement militaire congolais aurait ainsi repéré, en territoire tenu par le M23, un système Yitian-L, une batterie antiaérienne mobile de très courte portée de fabrication chinoise, du groupe Norinco, capable d’abattre avions, hélicoptères et drones à basse altitude. Un second matériel du même fabricant, plus lourd, le Sky Dragon 50, désigné TL-50, un système sol-air capable de frapper une cible à une cinquantaine de kilomètres, serait déployé côté rwandais. Africa Intelligence écrit que celui-ci aurait « déjà démontré sa capacité à abattre un appareil des FARDC lors de l’offensive sur Uvira en décembre 2025 », lorsque la cité du Sud-Kivu était tombée aux mains de l’AFC/M23. Ces deux systèmes seraient, ajoute la publication, « régulièrement déplacés pour échapper aux opérations de l’armée congolaise visant à les neutraliser ».
Le tableau que dressent ces observations, si elles se confirmaient, est celui d’une asymétrie technologique payée par les Congolais. D’un côté, une coalition qui frappe depuis le ciel, protégée par un parapluie antiaérien fourni par un grand partenaire militaire. De l’autre, une armée nationale qui traque des batteries fuyantes et perd des appareils dès qu’elle tente de reprendre l’initiative aérienne. Entre les deux, des populations civiles clouées au sol, celles des collines du Kivu, qui n’ont ni abri contre un drone ni moyen de fuir la trajectoire d’un missile.
Cette guerre venue d’en haut n’est pas nouvelle pour les habitants de l’Est. Les frappes de drones y sont devenues quasi quotidiennes, et l’armée congolaise a dénoncé début juillet des tirs de la « coalition RDF-AFC/M23 » sur des localités du Sud-Kivu. Le rapport du groupe d’experts de l’ONU remis en juin allait déjà dans le sens d’une montée en gamme de l’arsenal rwandais, documentant le recours à des drones, à la guerre électronique et à des systèmes de brouillage, et signalant l’arrivée en avril de missiles sol-air portables sur le sol congolais. Les révélations d’Africa Intelligence donnent un nom et un fabricant à ce que l’ONU décrivait en termes génériques.
Pour Kinshasa, l’enjeu de l’enquête ouverte par son état-major dépasse la seule attribution des frappes. Il s’agit d’établir, pièces à l’appui, la présence de matériels de guerre étrangers de dernière génération sur un territoire souverain, et de nourrir un dossier que la RDC pourra porter devant ses partenaires et les instances internationales. Documenter le parapluie antiaérien, c’est documenter l’agression elle-même, au moment où le cessez-le-feu signé à Doha peine à tenir et où l’échéance espérée par Washington pour un retrait rwandais est passée sans effet.
Reste ce que ces batteries changent, très concrètement, à la guerre. Tant qu’un système chinois protégera les drones qui frappent le Kivu, l’armée congolaise devra choisir entre subir les frappes ou risquer ses rares appareils face à une défense qui les surclasse. C’est une contrainte militaire, mais c’est d’abord une réalité pour les civils. Au-dessus de leurs villages, la technologie a changé de mains. En dessous, rien n’a changé pour eux.

Kagame brandit Minembwe et défie à nouveau Washington
Dialogue national: « Rien n’est plus important que l’intégrité territoriale de la RDC » (Patrick Muyaya)