Sécurité & Défense L’Est : la guerre sans fin et le peuple des déplacés
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Sécurité & Défense

L’Est : la guerre sans fin et le peuple des déplacés

Depuis bientôt trente ans, une partie du Congo vit en guerre. À l'Est, dans les Kivus et en Ituri, les armes ne se sont jamais vraiment tues depuis le milieu des années 1990.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Depuis bientôt trente ans, une partie du Congo vit en guerre. À l’Est, dans les Kivus et en Ituri, les armes ne se sont jamais vraiment tues depuis le milieu des années 1990. Des dizaines de groupes armés s’y disputent le territoire, les ressources et le pouvoir local. Les noms changent, les fronts se déplacent, les trêves se signent et se rompent, mais une réalité demeure, têtue, insupportable : à l’Est, la paix n’est jamais venue. Et derrière les communiqués militaires, il y a un peuple, celui des déplacés, qui paie depuis une génération le prix de cette guerre sans fin.

L’origine du conflit plonge dans les suites du génocide rwandais de 1994 et dans les deux guerres du Congo que cette série raconte par ailleurs. De cet enchaînement est née une situation où des groupes armés locaux et étrangers, des intérêts économiques et des ingérences voisines se nourrissent les uns les autres. Les minerais de l’Est, l’or, le coltan et les autres, financent et attisent la violence. La faiblesse de l’État, l’absence d’une armée capable de protéger durablement les populations, laisse le champ libre à ceux qui font de la guerre un mode de vie et de profit.

Le bilan humain est l’un des plus lourds de la planète, même si les chiffres précis doivent toujours être maniés avec prudence et attribués à leurs sources. Ce qui est documenté par les organisations humanitaires, c’est l’ampleur des déplacements : des millions de personnes contraintes de fuir leur village, de s’entasser dans des camps, de tout recommencer ailleurs, parfois plusieurs fois dans une même vie. Le peuple des déplacés est le visage le plus constant de cette guerre. Ce sont des familles qui marchent, des enfants qui grandissent sous des bâches, des paysans privés de leurs champs, des femmes exposées à toutes les violences.

Car la guerre de l’Est a une dimension que les cartes militaires ne montrent pas. Les violences contre les civils, les violences sexuelles utilisées comme arme, les massacres, les recrutements forcés, font partie intégrante du drame. Des Congolais ont consacré leur vie à soigner et à documenter ces blessures, et certains ont été reconnus jusqu’au plus haut niveau international pour ce combat. Leur travail rappelle que derrière chaque statistique de déplacés, il y a des corps, des deuils, des traumatismes qui se transmettent.

Pour les Congolais, l’Est n’est pas un dossier parmi d’autres. C’est une plaie nationale, un sentiment d’injustice et d’abandon, la conviction que le pays est agressé et que le monde regarde ailleurs. Cette colère est légitime, et BETO l’assume comme une ligne. Mais la rigueur l’est tout autant : sur un sujet aussi inflammable, chaque chiffre, chaque accusation, chaque bilan doit être vérifié et attribué, parce que la cause des victimes n’a rien à gagner à l’approximation et tout à perdre à la propagande. Dire la vérité de l’Est avec exactitude, c’est la meilleure manière de la défendre.

Soixante-six ans après l’indépendance, la guerre de l’Est est la grande question non résolue du pays, celle qui empêche le Congo de tourner la page de son histoire violente. Elle relie 1960 et 2026 par un fil tragique : la difficulté d’un État à protéger l’ensemble de son territoire et de ses citoyens, et la convoitise que suscitent ses richesses. Tant que l’Est saignera, l’indépendance restera, pour des millions de Congolais, une promesse à moitié tenue. C’est pourquoi cette histoire, plus que toute autre, regarde vers demain autant que vers hier.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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