Sécurité & Défense Mambasa : seize morts de plus, ces villages que personne ne défend face au terrorisme de l’ADF
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Mambasa : seize morts de plus, ces villages que personne ne défend face au terrorisme de l’ADF

Seize morts en une attaque, des fouilles suspendues, des habitants en fuite : le 22 juillet a rappelé que des pans entiers de l'Ituri vivent sans protection réelle. Ce que vous lirez ici : la mécanique d'une attaque ADF, pourquoi trois forces présentes n'empêchent pas les massacres, ces zones où l'État a disparu, et comment la peur paralyse toute une économie locale.

Mambasa : seize morts de plus, ces villages que personne ne défend face au terrorisme de l’ADF
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 16:17 WAT · 5 min de lecture

Le 22 juillet, vers treize heures, des combattants présumés des Forces démocratiques alliées ont fondu sur les villages de Mandeite et Ndiapanda, dans le territoire de Mambasa, à quelque cent soixante-cinq kilomètres au sud-ouest de Bunia. Le bilan, au moins seize morts, est resté provisoire, les opérations de fouille ayant été suspendues parce que les assaillants étaient encore dans la zone. Le même jour, plus loin, des civils étaient enlevés lors d’une incursion au carré minier de Mambau. Ce scénario, l’Ituri le connaît par cœur : des villages frappés, des habitants qui fuient, une économie qui s’arrête. Et une question que chaque nouveau deuil rend plus lancinante : entre l’armée congolaise, l’armée ougandaise et les Casques bleus, qui protège vraiment cette région ?

La mécanique d’une attaque ADF

  • La cible : non les casernes, mais les hameaux isolés et les carrés miniers, là où il n’y a pas de soldats.
  • Le moment : en plein jour ou à l’heure creuse, quand les habitants sont aux champs ou à la mine.
  • La méthode : tuer, piller, enlever des otages, puis se fondre dans la forêt avant l’arrivée des secours.
  • La suite : des fouilles suspendues faute de sécurisation, un bilan qui monte pendant des jours, une population qui se déplace en masse.

Sur le papier, trois forces se partagent la protection de l’Ituri. L’armée congolaise y opère sous état de siège depuis 2021. L’armée ougandaise mène, à ses côtés, l’opération conjointe Shujaa, lancée la même année pour traquer les ADF, un groupe d’origine ougandaise rallié à l’État islamique. Et la Mission des Nations unies renforce, dit-elle, ses patrouilles de jour comme de nuit dans les zones menacées. Trois dispositifs, une même promesse, protéger les civils. Pourtant les civils continuent de mourir, et c’est ce décalage qui définit le problème.

Protéger des axes, pas des hameaux

La faille tient d’abord à la géographie de la menace. Les ADF ont compris qu’ils ne gagnaient rien à affronter les armées, et beaucoup à frapper ce qu’elles ne couvrent pas. Depuis la mi-2024, ils se sont enfoncés dans les territoires de Mambasa et de Lubero, portant leurs attaques sur des populations jusque-là épargnées, et l’on a observé le même glissement partout : moins d’accrochages avec les forces, davantage d’exactions contre les habitants. Une armée peut tenir une route, un carrefour, un chef-lieu, elle ne peut pas poster un homme dans chaque hameau perdu de la forêt. Or c’est précisément là, dans les villages sans réseau ni route, que l’assaillant frappe, et qu’il disparaît avant que quiconque ait pu réagir.

Vient ensuite le temps, l’ennemi le plus constant. Les habitants alertent, préviennent, décrivent des mouvements suspects, mais entre le renseignement communautaire et l’arrivée d’une colonne, il s’écoule des heures que les ADF mettent à profit. À Mambasa, les fouilles ont dû être suspendues faute d’avoir sécurisé la zone, ce qui veut dire que la force publique arrive après le massacre, quand il ne reste qu’à compter les corps. Ce n’est pas seulement un problème d’effectifs, c’est un problème de maillage : une protection qui réagit vaut peu là où il faudrait une protection qui prévient.

Les zones sans État, terrain de chasse

Derrière ces attaques, il y a une carte que l’État ne remplit pas. Une partie de l’Ituri échappe à toute présence permanente, ni administration, ni poste, ni couverture, des villages coupés du monde où le premier signe d’une attaque est souvent le bruit des armes. Cette absence n’est pas seulement sécuritaire, elle est économique. Les ADF prospèrent sur les carrés miniers qu’ils rançonnent, se refinançant sur le dos des civils qu’ils dépouillent, et transforment des zones d’activité en zones de prédation. Chaque incursion vide un peu plus la région : les habitants fuient par milliers, les champs restent en friche, les mines s’arrêtent, et la peur fait ce que les balles ont commencé, elle paralyse une économie entière.

Alors, qui protège réellement l’Ituri ? La question n’a pas de réponse rassurante. Trois forces sont présentes, des mémorandums sont signés, des patrouilles sont renforcées, et des voix, des députés, des notables, des prêtres, réclament sans relâche l’intensification des opérations ou dénoncent l’inefficacité de l’état de siège. Mais la protection réelle ne se mesure pas au nombre de communiqués ni de patrouilles, elle se mesure à la capacité de tenir les hameaux en permanence et de transformer une alerte en secours avant qu’il ne soit trop tard. Tant que l’État sera un axe et non un maillage, tant que la forêt restera un vide, Mambasa continuera d’enterrer ses morts en se demandant qui, au juste, était censé les défendre.

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B
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