Politique Daniel « Massaro », le trait d’union d’un scandale entre Vital Kamerhe et Jammal Samih
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Daniel « Massaro », le trait d’union d’un scandale entre Vital Kamerhe et Jammal Samih

Daniel « Massaro », le trait d’union d’un scandale entre Vital Kamerhe et Jammal Samih
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 AVRIL 2020 - 20:30 WAT · 7 min de lecture

C’est l’histoire d’une clique de gamins de la Gombe. En face de ce qui sert aujourd’hui du bâtiment officiel du gouvernement congolais, l’Immeuble dit « intelligent », le bonhomme tentant de redresser un drapeau congolais si fier, faisant face aux vents, n’était pas encore là. A quelques mètres de cette statue, se situaient les « logements sociaux » les plus connus du centre-ville de Kinshasa. Les Appartements de Royal. Là, dans ses immeubles datant de l’époque zaïroise, s’entassent quelques familles, celles des sans nom. Mais des habitants de la Gombe tout de même.

Yanick Talangay est sans doute le plus célèbre des ceux qui fréquentent le petit quartier. Plutôt beau-gosse, il grandit dans les bas de ces immeubles et les soirées chaudes des nuits kinoises. C’est un « satellite ». « Tout le monde le connaît ici en ville », explique-t-on dans la Kallina.  C’est au croisement des avenues Lubefu et Batetela, dans un petit salon de coiffure, que Yanick croise, bien souvent, durant des années, le jeune Daniel, que la ville surnommera « Massaro ». La longue amitié, de proximité, se lie et traverse le temps. Jeunes, insouciants, célèbres et branchés, ils se connectent avec tant d’autres qui oublient ainsi qu’ils vivaient dans les HLM de la Gombe, se prenant pour ceux de l’autre côté du Boulevard, les « enfants de ».

Le neveu de l’autre Président

Mais le Congo a ses miracles. Dans un pays où Papa Wemba a prouvé que la chance courrait les rues. Quand les pouvoirs politiques chutent et se relèvent, dans un pays où la démocratie se recherche et où la gabegie s’anticipe, « Massaro » Daniel voit un de ses « oncles » arriver au sommet, accédant au cercle carré de Joseph Kabila, au point d’en rêver la succession un jour. Il s’appelle Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi. Il parle les quatre langues nationales et c’est animal politique. De 2003 à 2009, il est le « coach » de Joseph Kabila, dans son combat permanent contre ses adversaires politiques. Mais un jour, le natif de Walungu, dans le Sud-Kivu, chute, rejoint l’opposition et y entame une véritable traversée du désert.

En 2019, la chance frappe encore à la porte. Kamerhe s’allie à Tshisekedi et s’apprête à remporter une présidentielle historique. Daniel Massaro Kingi Shangalume lui, de son côté, s’engage dans le parti de son oncle, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC). Il se présente à la députation nationale et choisit bien une circonscription qui comprend son quartier Royal, où il n’habite plus. Mais ses liens d’enfances s’y tissent toujours. Il échoue toutefois, avant de voir son oncle remporter le Graal. Rapidement, c’est l’arrivée au pouvoir.  Le jeune, membre de l’UNC et proche du Directeur de cabinet du président République, un des hommes les plus puissants du nouveau régime, gagne un poste de Conseiller au ministère du Budget, où il n’hésite pas à entamer la grande vie. Ça y est ! C’est à ce moment qu’il se rabiboche avec ses anciens amis de « Royal ». Les soirées kinoises ont des nouveaux rois. Des jeunes qui dépensent et ne comptent jamais.

Puis, un bon matin, Yanick Talangay, qui est salarié à une étrange société des sujets libanais « Ilalco », est touché par le Saint-Esprit. Jammal Samih-fils, l’un des enfants de son patron, a un projet de construction des maisons préfabriquées. « C’est au début de l’année 2019. Le fils de Jamal a approché Talangay pour lui parler de ce projet qu’il avait déjà initié du temps de Joseph Kabila. Mais avec le départ de l’ancien président, il fallait alors le présenter au Président Tshisekedi », explique un de ses proches à POLITICO.CD. Ça tombe bien. Le fils Talangay, ancien de Rayal, connait quelqu’un qui n’est autre que le neveu du nouveau bras droit du Président ! « Un soir, Jammal-fils et Talangay sont allés voir Massaro (Daniel) pour lui parler du deal. A la clé, le fils Jammal lui offre même un véhicule juste pour qu’il le présente au Directeur de cabinet du Chef de l’Etat », ajoute notre source.

Les nouveaux riches

C’est durant une autre nuit sombre que Massaro Daniel débarquera chez son « oncle », en tout cas, d’après plusieurs sources concordantes. Dans une conversation familiale que nul ne saurait percer, Jammal-fils retourne voir son père, Jammal Samih, pour présenter, ensemble, le soubassement d’une insolente affaire. Rapidement, les Jammal créent Husmal Sarl (capital social de 9.000 USD) le 25 avril 2019. 55 jours après la création de Husmal Sarl, soit le 20 juin 2019, le Directeur de cabinet du Chef de l’Etat, Vital Kamerhe, saisit le Directeur général de la Direction de contrôle des marchés publics aux fins de l’obtention d’un avis de non-objection en vue de l’exécution, en procédure de gré à gré avec la société Husmal Sarl. En accompagnement de la lettre, une facture de la société Husmal Sarl indiquant, sans trop de détails, 1.000 maisons préfabriquées pour policiers au prix de 19.000 USD la pièce (Total : 19 millions USD) et 2.000 autres pour les militaires valant également 19.000 USD la pièce (Total : 38 millions USD). Coût global du marché : 57 millions USD.

Les jours qui s’en suivront, la Gombe découvre ses nouveaux riches. Massaro Daniel, les Jamal ou encore leur entremetteur lasseront les nuits kinoises, au point même d’embarquer un jour en direction des Etats-Unis d’Amérique, pour y célébrer leur nouveau succès. Sur les réseaux sociaux, des images d’une nouvelle bourgeoisie fusent. Le Conseiller au ministère du budget est méconnaissable. Il transpire le dollar, avec le teint d’un prince.

Jusqu’à cette journée du 8 avril 2020, où le Congo entier assiste à la chute de son puissant oncle. La justice congolaise écroue Vital Kamerhe à Makala, au bout de plus de 6 heures d’audition. Elle lui refusera même une liberté provisoire. « Le juge ne veut pas avoir de mauvaises surprises. Un homme de son rang, s’il sort de prison, il pourrait détruire des preuves ou créer toute sorte de problèmes qui pourraient anéantir la procédure », explique une source administrative au Parquet de Matete.

Mais la justice n’en était qu’au début de sa procédure. Elle découvre alors que 47 millions de l’argent versés aux Jammal par le trésor public n’ont pas pris la bonne direction. Aidés par la Rawbank, nos alliés de circonstance auraient réussi à faire disparaître ce pactole du circuit bancaire.

Aussi, alors que Jammal Samih père et Vital Kamerhe croupissent à Makala, la justice lance des convocations à d’autres. Daniel Massaro est « invité » ce mardi à Matete sans s’y présenter. Une traque être lancée.  Pendant ce temps, le ciel s’assombrit de plus en plus dans l’univers de son puissant oncle Vital Kamerhe.

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B
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