Diplomatie RDC : la Chine continue de jouer l’équilibrisme à l’ONU entre Kinshasa et Kigali
AFC/M23

RDC : la Chine continue de jouer l’équilibrisme à l’ONU entre Kinshasa et Kigali

Devant le Conseil de sécurité, Pékin a soutenu la médiation de Doha et pressé Kinshasa comme le M23 de négocier, tout en mettant en garde contre les minerais comme monnaie d'échange.

RDC : la Chine continue de jouer l’équilibrisme à l’ONU entre Kinshasa et Kigali
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:40 WAT · 4 min de lecture

New York, 26 juin. Lors d’une séance publique consacrée à la République démocratique du Congo, le représentant de la Chine au Conseil de sécurité a pris la parole pour situer Pékin dans la crise de l’Est congolais. Il a « salué la reprise du processus de Doha » et exhorté « le gouvernement de la République démocratique du Congo et le M23 à résoudre leurs différends par la négociation », selon le compte rendu officiel de la séance, référencé SC/16400. La formule est mesurée. Elle place tout de même la Chine derrière la médiation qatarie au moment où celle-ci patine.

Le processus de Doha réunit, depuis 2025, Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) sous l’égide du Qatar. Il coexiste avec une piste américaine, ouverte à Washington en juin 2025 par un accord entre la RDC et le Rwanda. Les deux voies progressent en parallèle, sans que ni le cessez-le-feu ni le retrait des combattants n’aient été appliqués sur le terrain.

Les minerais, mise en garde de Pékin

Au-delà de l’appel au dialogue, la Chine a insisté sur la question des ressources. Son représentant a exhorté les grandes puissances extérieures à la région à éviter de « traiter les ressources minières régionales comme des monnaies d’échange dans les négociations ». La mise en garde ne nomme personne. Elle intervient alors que la dimension minière de la piste américaine, ouverte à Washington en juin 2025, reste au cœur des débats. « Les parties au conflit doivent donner la priorité à la vie des populations », a ajouté le diplomate.

La position n’est pas nouvelle. Dans une déclaration de la mission chinoise auprès des Nations unies, en août 2025, l’ambassadeur Sun Lei, représentant permanent adjoint de la Chine, avait employé des mots plus tranchants. « Alors que les négociations de Doha entrent dans leur phase la plus critique et la plus difficile, la Chine appelle le M23 à cesser les hostilités et à engager un dialogue de bonne foi avec le gouvernement de la RDC », avait-il déclaré. Dix mois plus tard, l’exhortation vaut pour les deux camps.

Un an après Washington, l’enlisement

La séance du 26 juin dressait un bilan sévère. Le représentant des États-Unis a reconnu que « la surveillance et la vérification sont nécessaires pour clarifier la situation sur le terrain et identifier les violations », un an après l’accord signé dans la capitale américaine. Le délégué congolais, lui, a soutenu que le soutien rwandais à l’AFC/M23 constitue « un fait établi au plus haut niveau des Nations unies », et que les massacres de civils et le pillage des ressources « pourraient être qualifiés de génocide ».

Les chiffres présentés au Conseil disent l’ampleur de la crise. Près de 27 millions de personnes sont en insécurité alimentaire. Le plan humanitaire de 2026 n’est financé qu’à 53,3 %. Depuis le précédent exposé, 28 civils ont été tués par les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est du pays, un foyer de violence distinct de celui du M23.

Ce que Pékin peut, et ne peut pas

Membre permanent du Conseil, acteur économique de premier plan en RDC et grand acheteur de ses minerais, la Chine dispose d’un poids que peu d’acteurs égalent à Kinshasa. Son soutien affiché à Doha conforte la médiation qatarie face à la piste américaine. Pékin s’en tient pourtant, pour l’heure, à saluer et à exhorter, sans annoncer de levier concret, financier ou diplomatique, capable de rapprocher les positions. La présidence congolaise du Conseil de sécurité, exercée en juillet, donnera à Kinshasa une tribune pour éprouver la solidité de ces appuis.

Le cadre de Doha, signé en novembre 2025, prévoit huit protocoles à négocier séparément, de l’autorité de l’État au retour des déplacés. Aucun n’est refermé à ce jour. L’exhortation chinoise à régler le conflit par la négociation bute sur la même impasse que les autres médiations. Sur le terrain, les armes n’ont pas cessé de parler.

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B
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