Deux militaires brazzavillois raccompagnés au Beach Ngobila, une enquête ouverte sur l’incident du fleuve
Le ministère de la Défense de la RDC annonce l'ouverture d'une enquête sur l'échange de tirs survenu sur le fleuve Congo près de Yumbi, et rend compte du retour de deux militaires brazzavillois embarqués au Beach Ngobila. Aucun bilan officiel n'a été publié.
Deux militaires brazzavillois raccompagnés au Beach Ngobila, une enquête ouverte sur l’incident du fleuve
AFP
Le vice-Premier ministre chargé de la Défense nationale les a accompagnés lui-même jusqu’au quai. Deux militaires brazzavillois appréhendés par les Forces armées de la République démocratique du Congo après l’échange de tirs survenu sur le fleuve Congo ont embarqué au Beach Ngobila, à Kinshasa, pour regagner leur pays. Le ministère de la Défense nationale et Anciens Combattants l’a annoncé sur son compte X, en même temps que l’ouverture d’une enquête.
Ce que dit le ministère
La communication situe les faits dans l’îlot de Makoloko, entre Makotipoko, au Congo-Brazzaville, et Yumbi, dans le Maï-Ndombe. Elle indique que l’incident a impliqué des éléments de la Marine des FARDC et de la marine brazzavilloise.
Après les démarches diplomatiques engagées, le vice-Premier ministre Guy Kabombo Muadiamvita a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête pour établir les circonstances des faits et déterminer les responsabilités. « Le patron de la Défense nationale déplore cet incident, jugé regrettable au regard des relations de bon voisinage entre la RDC et la République du Congo », écrit le ministère, qui rassure sur la solidité de la coopération militaire entre les deux pays.
« Dans un geste d’apaisement, le VPM de la Défense a accompagné deux militaires brazzavillois jusqu’au Beach Ngobila, où ils ont embarqué pour regagner leur pays », poursuit le texte. Le ministre était accompagné du chef d’état-major général des FARDC, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, et du commandant de la Première zone de défense, le général Chico Tshitambwe. Le ministère conclut que les conclusions de l’enquête permettront de clarifier les circonstances et de renforcer les mécanismes de coordination entre les deux armées.
Ce que le Conseil des ministres avait dit deux jours plus tôt
Le compte rendu de la 97e réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue le 28 août, évoquait déjà l’affaire, dans des termes plus secs. Il parle d’un « incident marin survenu sur le fleuve au niveau de Yumbi (en RDC) et Makita Mpoko (au Congo-Brazzaville) ».
Le Conseil avait été informé de « contacts en cours entre les Ministres de la Défense Nationale et des Affaires Etrangères qui ont activé des mécanismes de coordination et de partage d’informations pour prévenir de situation de ce genre ». Il notait qu’« une enquête a été ouverte pour connaitre les circonstances de cet incident malheureux », et il a pris acte du rapport.
Le point avait été présenté au nom du vice-Premier ministre chargé de la Défense nationale, alors en mission.
Trois précisions de nommage
La communication du ministère apporte un nom de lieu que le compte rendu du Conseil ne donne pas : l’îlot de Makoloko. Ce toponyme n’apparaît dans aucune base toponymique publique consultable, et Beto n’a pas trouvé de source institutionnelle établissant à quel État il appartient.
La graphie de la localité brazzavilloise varie d’un document à l’autre. Le compte rendu du Conseil des ministres écrit « Makita Mpoko », le ministère de la Défense écrit « Makotimpoko ». La graphie officielle est Makotipoko : c’est celle que retient la loi n° 26-2024 du 8 octobre 2024, publiée au Journal officiel de la République du Congo, qui rattache ce district au département de la Nkéni-Alima, créé par le nouveau découpage administratif brazzavillois. La mention « département des Plateaux », encore courante, n’est plus exacte depuis cette date.
Le nom du chef d’état-major général s’écrit Jules Banza Mwilambwe. Ce lieutenant-général a été nommé le 19 décembre 2024, en remplacement du général d’armée Christian Tshiwewe, et a pris le bâton de commandement au camp Kokolo le 6 janvier 2025. Le général Chico Tshitambwe a été nommé à la tête de la Première zone de défense en décembre 2024. Cette zone couvre Kinshasa, le Kwango, le Kwilu, le Maï-Ndombe, le Kongo Central, l’Équateur, la Mongala, le Nord-Ubangi, le Sud-Ubangi et la Tshuapa. Beto n’a pas trouvé de source institutionnelle confirmant son grade exact.
Ce que la diplomatie avait déjà engagé
La ministre d’État aux Affaires étrangères de la RDC était à Brazzaville du 26 au 27 août, où elle a été reçue par le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso. Elle a reconnu des pertes en vies humaines sans avancer de chiffre, et a appelé à la retenue le temps de finaliser le recoupement des informations.
Aucun bilan officiel n’a été publié à ce jour, ni par Kinshasa ni par Brazzaville. Les décomptes qui circulent proviennent de médias brazzavillois et divergent entre eux, l’un d’eux ayant lui-même corrigé sa première version. Beto ne publie aucun chiffre tant qu’une autorité des deux pays n’en aura pas donné un.
Yumbi, un nom qui pèse
Le territoire où l’incident s’est produit porte une mémoire lourde. En décembre 2018, des violences intercommunautaires à Yumbi et dans ses environs avaient fait 535 morts selon le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme. Près de 16 000 personnes avaient traversé le fleuve pour se réfugier au Congo-Brazzaville, dont beaucoup dans la zone de Makotipoko.
Le fleuve, à cet endroit, n’est pas seulement une frontière. Il porte des pêcheurs, des commerçants et des habitants qui vivent d’une rive à l’autre.
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