Article 69 contre médiation neutre : la ligne de fracture du dialogue congolais
Dans la salle Saint-Sylvestre du Centre interdiocésain, Muyaya, Fayulu, Mushobekwa et Mgr Nshole ont dit oui au dialogue. Leurs réponses sur le convocateur, le lieu et la place de l’AFC/M23 ne se recouvrent pas.
Article 69 contre médiation neutre : la ligne de fracture du dialogue congolais
AFP
La deuxième édition de la Journée nationale Justice et Paix s’est tenue dans la salle Saint-Sylvestre du Centre interdiocésain, siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo. Deux panels y ont réuni le porte-parole du gouvernement, une cadre du camp Kabila, un chef de l’opposition et le secrétaire général de la CENCO. Sur la nécessité d’un dialogue, les quatre sont d’accord. Sur qui le convoque, où il se tient et avec qui, leurs réponses ne se recouvrent pas.
La salle porte le nom de l’accord de 2016
La rencontre a été organisée par la Commission épiscopale Justice et Paix de la CENCO, dont le secrétaire exécutif est Cyrille Ebotoko. Elle intervient, selon la commission, à la suite des deux événements organisés par la présidence de la République.
Le lieu n’est pas neutre. La salle Saint-Sylvestre doit son nom à l’Accord politique global et inclusif du Centre Interdiocésain de Kinshasa, signé le 31 décembre 2016 sous la médiation des évêques. Le secrétaire général de la CENCO y était.
« Pour avoir été témoin des grandes contradictions du dialogue de Saint-Sylvestre qui a eu lieu dans cette salle ici, ma conviction est que toute cette contradiction peut facilement amener à un compromis », a déclaré Mgr Donatien Nshole.
Le secrétaire général de la CENCO plaide pour la contradiction
« Je remercie les intervenants qui nous ont donné l’occasion de contempler la beauté de la contradiction pendant ce panel, et je parie que nous tous qui avons écouté, chacun de nous, a un peu de lumière susceptible de l’aider à revoir un aspect de sa position initiale », a dit le secrétaire général.
Il pose deux conditions et une urgence. « S’il y a vraiment volonté politique, ensemble, sans exclusion, on peut arriver à un compromis, et c’est une extrême urgence. »
Le gouvernement fonde la convocation sur l’article 69
Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, a exposé le cadre retenu par l’exécutif. Il renvoie au discours du chef de l’État du 27 août 2026, qui fixe trois objectifs : la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Sur le titre à convoquer, sa formulation est explicite. « Il ne faut pas oublier que l’initiative de la convocation du dialogue revient au président de la République, article 69 de la Constitution, c’est le garant de la nation, ce n’est pas une initiative concurrente », a-t-il déclaré.
Il décrit un processus déjà engagé. « C’est un dialogue que le président de la République veut pluriel, qui doit partir de la base », a-t-il dit, ajoutant que le rendez-vous « partira de la base et se terminera à Kinshasa ». L’ordonnance du 13 septembre 2026 a créé le comité d’organisation, auquel, selon lui, « toutes les revendications des uns des autres pourront être destinées ».
Le PPRD demande une médiation neutre et un pays tiers
Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des Droits humains et cadre du PPRD de Joseph Kabila, a formulé une demande de sens opposé sur ces deux points.
« Notre souhait est d’avoir une médiation neutre, conduite par la CENCO et l’ECC, avec l’appui de l’Union africaine et de l’ONU pour ce dialogue. Nous souhaiterions également que ce dialogue se tienne dans un pays tiers, afin d’assurer la sécurité de tous les participants », a-t-elle déclaré.
Le porte-parole du gouvernement place l’initiative dans les mains du chef de l’État et la conclusion des travaux à Kinshasa. Le PPRD place la médiation dans celles des Églises appuyées par deux organisations internationales, et les travaux hors du pays. Les deux formulations portent sur le même dialogue.
Martin Fayulu tire l’argument de Doha
Le président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement a construit son intervention sur une contradiction de périmètre entre les deux tables en cours.
« Monsieur Tshisekedi avec son gouvernement, ils sont à Doha en train de discuter avec les rebelles de AFC/M23. Mais ils discutent avec qui ? Avec les gens qu’ils qualifient d’avoir du sang sur leurs mains », a-t-il déclaré.
Il en déduit un risque de blocage réciproque. « S’ils signent tous ces protocoles d’accord, et qu’ils viennent avec ça ici au Congo, et que le reste de la société, c’est-à-dire la société civile congolaise et l’opposition congolaise, ce reste-là dit non, qu’est-ce que nous faisons ? », demande-t-il, avant de décrire la situation inverse : un accord conclu à Kinshasa sans les combattants, et refusé par eux.
Sa conclusion est une fusion des deux tables. « Autant demander aux gens de Doha, le gouvernement congolais, les rebelles du M23 et l’AFC, de venir avec la société civile congolaise et l’opposition congolaise, et on s’associe tous ensemble, on met le problème sur la table et on essaye de le résoudre. »
Sur l’AFC/M23, deux portes différentes sont proposées
C’est sur ce point que les deux positions s’écartent le plus nettement. Le gouvernement renvoie aux cadres existants et ouvre, pour les individus, une voie de retour.
Le porte-parole rappelle « qu’il existait déjà des cadres, notamment à Washington ou Doha », et ajoute que le chef de l’État « a aussi donné une occasion pour ceux qui veulent renoncer à ce qu’ils font comme entreprise avec l’ennemi aujourd’hui, et qui veulent rejoindre le camp de la patrie ».
Martin Fayulu demande l’inverse : une participation collective. « Si nous disons que nous excluons ceux qui font la guerre, qui font la guerre à leur pays, qui sont congolais, et surtout sachant qu’ils ont des pans entiers du territoire national entre leurs mains, si vous ne les associez pas à ce dialogue, c’est que vous balkanisez le pays », a-t-il déclaré.
Une porte individuelle assortie d’une renonciation, ou une place à la table pour le mouvement. Les deux propositions ne produisent pas le même dialogue.
Sur les détenus, une demande et une réponse partielle
Marie-Ange Mushobekwa a posé un préalable. « J’ai également souligné que les autorités de notre pays devraient respecter leur engagement, celle de veiller à la décrispation du climat politique en libérant tous les opposants qui sont détenus injustement. »
Le porte-parole du gouvernement a répondu sur un périmètre voisin mais distinct, celui des exilés. Le président, dit-il, « a dit dans son discours qu’il ordonnerait le gouvernement à travailler avec les services judiciaires, notamment, pour pouvoir traiter les cas de ceux qui ne peuvent pas venir au pays, donc pour arriver à l’objectif de la décrispation politique ».
Les détenus et ceux qui ne peuvent pas rentrer ne forment pas la même liste. Aucun nom, aucun nombre, aucun calendrier n’ont été avancés dans la salle.
Un point d’accord est apparu sur le diagnostic
Le porte-parole du gouvernement a relevé lui-même une convergence avec la cadre du PPRD. « Vous avez suivi que Madame Mushobekwa a dit, de manière claire et sans ambiguïté, que le Rwanda était le pays agresseur », a-t-il déclaré.
Il en tire une condition de méthode. « C’est bien cela qu’il faut aussi pour commencer déjà être sûrs que nous partageons les mêmes diagnostics sur l’origine de la crise. »
La cadre du PPRD a décrit de son côté un échange tenu sans rupture. « Nous ne partageons pas tous les points de vue du ministre de la Communication, mais dans une république, tout le monde ne peut pas penser de la même manière. Je respecte ses points de vue, il respecte mes opinions politiques, et c’est le plus important. »
L’Église affirme que le pré-dialogue a commencé
Le secrétaire général de la CENCO situe la journée dans une séquence déjà ouverte. « Nous sommes déjà dans le pré-dialogue qui a été prévu dans le projet du pacte social. Il y a un aspect du pré-dialogue qui ne dépend pas du gouvernement, et nous y sommes », a-t-il déclaré.
Il annonce une suite portée par d’autres. « Il y aura d’autres initiatives ailleurs, à l’ECC, ailleurs même des autres confessions, la société civile. Saisissons ces occasions. »
Le porte-parole du gouvernement indique de son côté que les contacts continuent. Le chef de l’État a reçu les évêques le 17 juillet 2026, précise-t-il, et « il y a des discussions qui sont encore en cours avec les Pères de l’Église ». Il ajoute que « les moments venus, les rôles des uns des autres pourront être clarifiés ». Il cite enfin une formule attribuée au cardinal, qu’il ne nomme pas : « chemin faisant ».
Le calendrier se resserre sur trois échéances
La Journée nationale Justice et Paix a été instituée par la Commission épiscopale Justice et Paix et fixée au 21 septembre de chaque année. Elle en est à sa deuxième édition.
Le comité d’organisation du dialogue, créé par l’ordonnance du 13 septembre 2026, exerce sa mission sous l’autorité directe du président de la République et comprend un secrétariat technique de onze experts. Le dialogue est annoncé pour une durée maximale de trois mois, avec des consultations dans les vingt-six provinces.
La session parlementaire ouverte le 15 septembre se referme le 15 décembre, avec un budget 2027 de 56 929 milliards de francs congolais à voter et la loi référendaire à réexaminer. La Coalition Article 64, qui avait rejeté le dialogue le 28 août 2026, n’était pas représentée aux panels.
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