Dialogue national : le pouvoir devra-t-il renoncer à la révision constitutionnelle pour convaincre l’opposition ?
Pour la Coalition Article 64, la participation au dialogue national passe par une garantie préalable : la Constitution ne doit pas être remise en cause. Une exigence qui place Félix Tshisekedi devant un choix politique délicat.
Dialogue national : le pouvoir devra-t-il renoncer à la révision constitutionnelle pour convaincre l’opposition ?
AFP
À mesure que se précisent les consultations autour du dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi, une ligne de fracture se dessine. Pour la Coalition Article 64 (C64), il ne saurait être question de participer à des assises susceptibles d’ouvrir la voie à une révision de la Constitution. Son porte-parole, Delly Sesanga, a fait de cette question une condition essentielle à l’engagement de l’opposition dans le processus, estimant que la confiance ne pourra être rétablie sans une clarification préalable du pouvoir.
Cette position traduit une méfiance qui dépasse le seul cadre du dialogue. Depuis plusieurs mois, une partie de l’opposition soupçonne la majorité de vouloir utiliser les futures concertations pour relancer le débat sur une réforme constitutionnelle, notamment en ce qui concerne l’équilibre des institutions ou les règles électorales. Le gouvernement a toujours rejeté cette interprétation, affirmant que le dialogue vise avant tout à répondre aux crises sécuritaire et politique que traverse le pays.
Une garantie politique avant de s’asseoir à la table
Pour Delly Sesanga, un dialogue ne peut produire des résultats crédibles si les participants ignorent à l’avance les sujets susceptibles d’être imposés. La C64 souhaite donc que le chef de l’État exclue explicitement toute modification de la Constitution avant l’ouverture des discussions. Selon cette logique, une telle garantie permettrait de rassurer les forces politiques encore hésitantes et d’éviter que les assises ne soient perçues comme un instrument destiné à légitimer un agenda déjà défini.
Cette exigence rejoint d’ailleurs l’une des principales revendications formulées par plusieurs partis d’opposition ces dernières semaines. En acceptant de reporter la marche du 22 juillet à la demande de la CENCO et de l’ECC, la C64 avait déjà fixé un ultimatum au pouvoir pour convoquer le dialogue avant le 15 août, tout en réaffirmant son attachement à l’ordre constitutionnel.
Une concession nécessaire ou un verrou au dialogue ?
Pour le pouvoir, accepter une telle condition pourrait faciliter la participation de l’opposition et renforcer la crédibilité du dialogue. Une déclaration officielle écartant toute révision constitutionnelle lèverait probablement l’un des principaux obstacles aux discussions et donnerait davantage de marge de manœuvre aux médiateurs de la CENCO et de l’ECC.
À l’inverse, certains observateurs estiment qu’exclure un sujet avant même l’ouverture des assises reviendrait à limiter la liberté des participants. Ils rappellent qu’un dialogue national est, par définition, un espace où toutes les préoccupations peuvent être exprimées, même si leur mise en œuvre reste ensuite encadrée par les procédures prévues par la Constitution.
Le véritable défi sera donc de trouver un équilibre entre ouverture et confiance. Pour l’opposition, la garantie constitutionnelle est une condition préalable à toute participation. Pour le pouvoir, elle pourrait être perçue comme une limitation imposée au dialogue avant même son ouverture. La manière dont Félix Tshisekedi répondra à cette exigence constituera sans doute le premier véritable test politique du processus qu’il souhaite engager.
Odon Bakumba
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