Ebola : 21 rings de décontamination ouverts sur 171 attendus en Ituri, 74 cas suspects non investigués sur les provinces rapportantes
Le rapport quotidien du Centre d'opérations d'urgence de santé publique arrêté au 15 août porte, à sa page 6, un chiffre qui ne relève ni du laboratoire ni du traitement.
Ebola : 21 rings de décontamination ouverts sur 171 attendus en Ituri, 74 cas suspects non investigués sur les provinces rapportantes
AFP
Le rapport quotidien du Centre d’opérations d’urgence de santé publique arrêté au 15 août porte, à sa page 6, un chiffre qui ne relève ni du laboratoire ni du traitement. En Ituri, 171 rings de décontamination étaient attendus ce jour-là au titre du pilier prévention et contrôle de l’infection, 54 reportés de la veille et 117 correspondant aux cas confirmés retenus. Vingt et un ont été ouverts. Les causes sont listées dans cet ordre : insuffisance d’équipes de décontamination à Bambu-mine et à Mangala, insuffisance d’intrants à Mandima, résistance des familles à Kilo, adresses non retrouvées, grève des décontaminateurs.
Le même rapport, placé sous l’autorité du directeur général de l’Institut national de santé publique et de l’Incident Manager de la riposte, établit le bilan national à 4 945 cas confirmés et 2 325 décès, pour une létalité de 47,0 %. L’épidémie touche six provinces et 55 zones de santé sur 151. L’Ituri concentre 4 194 cas confirmés, soit 84,8 % du total, et 1 838 décès. Le cumul des guérisons atteint 1 040 et 730 patients sont en isolement.
Au 15 août, un cas suspect validé sur cinq n’avait pas été investigué
La chaîne de surveillance se mesure étape par étape dans le rapport. Au terme de la journée du 15 août, 1 730 alertes avaient été enregistrées. Le document en donne le devenir : « 1 575 (91,0 %) ont été vérifiées dans les quatre provinces ayant rapporté. Parmi celles-ci, 380 (24,1 %) ont été validées comme cas suspects et 306 (80,5 %) ont été investiguées, parmi lesquelles 263 (85,9 %) ont été transférées vers les CT/CTE. La province de la Tshopo reste non rapportant. »
Soit, au 15 août : 155 alertes non vérifiées, 74 cas suspects validés mais non investigués, une province absente du décompte. Le suivi des contacts, lui, franchit pour la première fois de la séquence le seuil de 85 % fixé par la riposte, avec 20 791 personnes vues sur 24 383 à suivre, soit 85,3 %, après 82,6 % le 13 août et 83,2 % le 14. La moyenne recouvre des situations opposées : 89,8 % en Ituri, 79,0 % au Nord-Kivu, 61,8 % au Haut-Uélé où quatre zones de santé n’ont pas transmis leurs données.
Les enterrements sécurisés donnent la même image au Nord-Kivu, où le rapport écrit : « 39 alertes de décès ont été reçues avec 12 reports, 37 corps ont été prélevés par swab et 37 EDS réalisés ; deux échecs sont signalés, liés à la résistance communautaire dans les ZS de Beni et de Kalunguta. » Au Haut-Uélé, sur huit alertes de décès, six enterrements sécurisés ont été réalisés et un corps a été emporté par la communauté dans l’aire de santé de Tuluba, sans prélèvement. Au Nord-Kivu toujours, quatorze incidents communautaires restent non résolus, tous dans la zone de santé de Musienene, chiffre inchangé depuis le rapport de la veille.
Aux points d’entrée et de contrôle du Nord-Kivu, le rapport comptabilise 2 187 refus de screening, soit 2,78 % selon son propre calcul. Ces refus relèvent d’un registre distinct de celui des refus d’enterrement et de celui des incidents communautaires.
Les moyens de référence, eux, ne sont pas à l’arrêt. En Ituri, le rapport recense 30 ambulances disponibles sur 32, soit 94 %, dont 17 employées, pour 28 courses réussies sur 28. Il signale dans le même temps deux ambulances en panne en Ituri, cinq ambulances seulement au Nord-Kivu et un besoin de dix véhicules supplémentaires au Haut-Uélé. Les centres de traitement, eux, sont saturés : Bambu pour les confirmés comme pour les suspects, Fataki et Nizi pour les confirmés, Aru, Kilo, Logo et Kigonze pour les suspects.
L’automédication, premier recours envisagé sur les sites de déplacés
Les acteurs de la riposte nomment la variable eux-mêmes. À Bunia, le 18 août, le coordonnateur de l’ONG ALIMA, Albert Tsiula, la formule ainsi devant l’Agence congolaise de presse : « Le goulot d’étranglement, c’est la lutte contre l’infodémie ou la question communautaire. Pour combattre cette maladie, il faut qu’il y ait l’acceptance communautaire. »
Le constat n’est pas neuf. Le 30 juin, un animateur communautaire de la zone de santé de Beni, Philémon Kambale Kahumulendi, décrivait à la même agence l’état de trois aires de santé : « Sur le terrain, nous nous heurtons à des résistances populaires dans certaines aires de santé, notamment à Mangothe et Mandrandele dans la commune de Bungulu, ainsi qu’à Nzuma dans la commune de Ruwenzori. Une partie de la population feint d’ignorer le degré de létalité de la maladie. Certains prétendent qu’Ebola est devenu un « business » et rejettent la présence des équipes de riposte. »
Le bulletin d’analyse des tendances infodémiques publié par le même centre d’opérations, qui couvre la période du 1er au 8 août et triangule 268 contributions, décrit ce que les communautés disent des structures de soins : « Le CTE est décrit comme un lieu où l’on meurt, où les suspects seraient mélangés et où les soins, les repas, l’hygiène et les visites seraient insuffisants. Certaines familles disent retarder ou refuser l’orientation. » Le document précise que les signaux qu’il rapporte sont à vérifier et ne constituent pas des cas confirmés.
Une enquête conduite par l’équipe d’analyse de crises de Mercy Corps sur sept sites de déplacés de l’Ituri, dont celui de Kigonze, entre le 19 juin et le 5 juillet, auprès de 70 informateurs clés, arrive au même point par le bas : « Face à l’apparition de symptômes suspects, l’automédication demeure le premier recours envisagé, devant le recours aux structures de santé, tandis que la peur de mourir dans les centres de traitement et la crainte de la stigmatisation constituent les principaux freins au signalement précoce des cas. » Près d’un quart des personnes interrogées rapportent que certains membres de leur communauté tiennent encore la maladie pour une invention. Plus de quatre ménages déplacés sur cinq déclarent n’avoir reçu aucune assistance humanitaire.
Aru, donnée en exemple le 10 août, nommée dans les refus le 13
La zone de santé d’Aru, à l’extrême nord de l’Ituri, résume la fragilité de l’acquis. Le 10 août, en conférence de presse à Bunia avec le directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique, l’Incident Manager de la riposte, le professeur Steve Ahuka, la citait en exemple : « Nous avons aujourd’hui deux semaines sans enregistrer un cas dans la zone de santé d’Aru. Cela témoigne des efforts qui sont en train d’être consentis dans le cadre de la riposte, mais également du bon engagement de la communauté dans la lutte contre cette maladie. » Au 15 août, le tableau par zone de santé du rapport quotidien lui attribue 7 cas confirmés cumulés, 6 décès, aucun nouveau cas.
Trois jours après cette conférence de presse, le rapport arrêté au 13 août range Aru dans une autre colonne. Dans sa liste des défis communautaires, il nomme les localités où les équipes d’enterrement sont refusées : « refus des équipes d’enterrement dignes et sécurisés en Ituri (Rwampara, Nia-Nia, Tchomia) et à Komanda, Mambasa, Aru et Mandima ».
Le mouvement inverse se documente aussi. Le 11 juillet, à Nia-Nia, le médecin-chef de la zone de santé, le docteur Joseph Pemanakue, saluait devant l’Agence congolaise de presse le retour des équipes réclamé par les jeunes d’une localité : « Nous saluons cette démarche de la communauté, qui constitue un pas important vers le rétablissement de la confiance entre la population et les équipes de riposte. » Le 17 août, sur le site de déplacés de Kigonze, à Bunia, les responsables de la riposte et les autorités du site ont fait état devant Radio Okapi d’un recul de la mortalité, de jusqu’à huit décès quotidiens aux pics de juin et de juillet à un à trois par jour, pour près de 17 000 personnes. Le manque d’eau y reste le premier sujet d’inquiétude.
Le rapport suivant du centre d’opérations couvrira le sort des 74 cas suspects non investigués au 15 août et le nombre de rings ouverts en Ituri sur les 171 attendus.
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