Santé « On ne peut pas choisir entre la maladie et la faim » : à Bunia, la quarantaine Ebola contre le repas du soir
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« On ne peut pas choisir entre la maladie et la faim » : à Bunia, la quarantaine Ebola contre le repas du soir

Dans un récit publié le 29 octobre, le PNUD décrit le conflit entre la quarantaine de vingt et un jours et la survie quotidienne des familles de Bunia, et le retournement obtenu par des mobilisateurs congolais. Le plan socio-économique de 30 millions de dollars qu’il porte n’est pas financé.

« On ne peut pas choisir entre la maladie et la faim » : à Bunia, la quarantaine Ebola contre le repas du soir
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 NOVEMBRE 2026 - 14:06 WAT · 6 min de lecture

« On ne peut pas choisir entre la maladie et la faim. Si je ne peux pas aller au marché aujourd’hui, il n’y aura rien à manger ce soir. » La phrase est de Sifa, mère de famille du quartier Kanyasi, à Bunia, en Ituri. Elle ouvre un récit publié le 29 octobre 2026 par le Programme des Nations unies pour le développement sur la riposte communautaire contre Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Le PNUD y expose un plan d’intervention socio-économique de 30 millions de dollars. Ce plan n’est pas financé. L’agence indique agir pour l’instant sur ses seules ressources internes d’urgence et rechercher des financements auprès des bailleurs.

Vingt et un jours sans revenu

Le point de départ du document est un conflit de règles. Toute personne identifiée comme contact d’un malade doit observer une quarantaine stricte de vingt et un jours. Pour un ménage qui vit de la journée, sans salaire fixe, sans épargne ni réserve alimentaire, cette obligation sanitaire est une interdiction de manger.

Le PNUD souligne que la charge pèse d’abord sur les femmes. En Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ce sont elles qui tiennent les étals des marchés, soignent les malades, vont chercher l’eau et gèrent le foyer. Quand l’épidémie arrive, ce sont leurs petits commerces et leurs réseaux informels qui s’arrêtent les premiers. La règle des vingt et un jours avait déjà produit cette onde de choc sur le commerce de l’Ituri dès le début de l’épidémie.

La rumeur allait plus vite que le virus

Parce que les mesures d’urgence paraissaient déconnectées de cette réalité économique, la défiance s’est installée. Sur les marchés, on a dit que les médecins introduisaient le virus dans les quartiers, que l’on ne revenait pas des hôpitaux. Les équipes en combinaison à capuche n’apparaissaient pas comme des soignants mais comme des intrus sans visage. Les portes se sont fermées. Une rumeur du même type avait circulé sur l’hôpital de Bunia auprès des femmes enceintes.

« Chaque jour sur le terrain était une bataille titanesque », rapporte Marie-Lys, experte en communication de crise et en engagement communautaire du PNUD à Bunia. « Le plus grand obstacle n’était pas seulement le virus. C’était la peur de la maladie, la désinformation et la méfiance. »

La méthode employée pour retourner la situation ne doit rien à la médecine. Héritier Pituwa, agent de mobilisation, n’a aucune fonction soignante. Sous un acacia, des chaises disposées en cercle, il a fait venir les aînés sceptiques, les jeunes des coins de rue et les mères. Il n’a pas fait la leçon, il a écouté. « Si vous ne prenez pas le temps d’écouter la peur de quelqu’un, cette personne n’écoutera jamais ce que vous avez à dire sur le virus », explique-t-il.

Sifa était dans l’un de ces cercles. « Les rumeurs disaient que les médecins injectaient le virus Ebola aux gens. Mais être assise là, les écouter répondre à chaque question, ça nous a ouvert les yeux », dit-elle. Au village voisin de Chari, un responsable communautaire, Benjamin, a pris le relais : « En tant que responsables, nous avons le devoir de protéger notre population et de transmettre ce message. »

Ce qui est déployé aujourd’hui

Les moyens engagés à ce stade tiennent en quelques lignes. Le PNUD travaille avec :

  • 56 responsables locaux ;
  • 10 animateurs jeunesse ;
  • 10 organisations de la société civile dirigées par des femmes ;
  • deux stations de radio communautaires.

Les foyers dirigés par des femmes placés sous observation reçoivent des kits de dignité, des produits d’hygiène et des rations alimentaires d’urgence, afin que les mères n’aient pas à quitter leur lieu de quarantaine pour nourrir leurs enfants. Les associations de femmes et les commerçantes dont l’activité s’est arrêtée reçoivent des fonds de démarrage et de petites subventions. Les radios communautaires sont équipées pour diffuser des informations sanitaires fiables.

Le PNUD dit avoir aidé plus de 460 000 personnes en Ituri par ces interventions, et avoir accompagné 82 survivants du virus.

Quatre-vingt-deux survivants sur plus de deux mille sept cents guéris

Ce dernier chiffre mérite d’être situé. Les rescapés de la dix-septième épidémie affrontent des séquelles, la perte de leurs moyens de subsistance et souvent le rejet. L’Organisation mondiale de la santé recensait fin octobre plus de 2 700 personnes déclarées guéries depuis le début de l’épidémie. Les 82 survivants accompagnés par le PNUD représentent donc de l’ordre de 3 % de cet effectif national.

L’Ituri reste la province la plus touchée. À la mi-septembre, elle comptait 5 659 cas et 2 583 décès, et 28 de ses 36 zones de santé étaient atteintes. Au niveau national, le bulletin de l’Institut national de santé publique arrêté au 18 octobre recensait 9 552 cas confirmés et 4 602 décès.

Trente millions de dollars qui n’existent pas encore

Le plan socio-économique chiffré à 30 millions de dollars est, à ce jour, un document de mobilisation de ressources. Le PNUD appelle ses partenaires et les donateurs à le financer. Son périmètre est décrit de deux manières dans le même texte : élaboré avec les communautés « dans les six provinces touchées », il est présenté en conclusion comme « destiné à l’Ituri ».

Le contexte de financement n’est pas favorable. Le plan de réponse humanitaire 2026 pour la RDC avait reçu 1,016 milliard de dollars sur les 2,13 milliards requis à la mi-année, et l’aide alimentaire était le secteur le plus mal servi, financé à 25,3 %.

L’argument avancé par l’agence est celui du coût évité. Une aide d’urgence qui ne renforce pas les capacités locales laisse les familles devant les mêmes choix à la crise suivante, et dans l’Est congolais les urgences se superposent rarement une à une : épidémie, déplacements et insécurité alimentaire arrivent ensemble.

Rédaction

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B
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