Ebola en Ituri : la règle des 21 jours et l’onde de choc sur le commerce frontalier
La règle sanitaire des 21 jours structure la riposte contre Ebola en Ituri. Sur la frontière ougandaise, elle percute le commerce et fait monter les prix.

Ebola en Ituri : la règle des 21 jours et l’onde de choc sur le commerce frontalier
AFP
À Bunia, la riposte s’est durcie fin juin. Un arrêté signé le 29 juin 2026 impose aux motos-taxis un seul passager, des combinaisons imperméables et la désinfection des clients. Il place les communes de Mongbwalu et le centre commercial de Nia-Nia sous surveillance renforcée, et installe prise de température et lavage des mains à tous les points de passage des zones affectées. Les autorités provinciales reconnaissent que leur application reste « un défi majeur ».
Derrière ces gestes, une horloge. La période de 21 jours correspond à la durée maximale d’incubation du virus retenue par l’Organisation mondiale de la santé. Un contact suivi 21 jours sans symptôme est considéré comme non infecté. Cette règle commande deux dispositifs distincts : le suivi des contacts, côté congolais, et la quarantaine imposée, côté ougandais.
L’essentiel
- Un arrêté du 29 juin encadre motos-taxis, marchés et points de passage en Ituri.
- Les 21 jours d’observation servent de socle au suivi des contacts et aux quarantaines.
- L’OMS déconseille la fermeture des frontières ; l’Ouganda l’a pourtant décidée.
- Sur l’axe frontalier, les prix des produits de base ont grimpé.
L'OMS déconseille, l'Ouganda ferme
La contradiction est ouverte. En déclarant, le 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale, le comité d’urgence de l’OMS a posé une consigne nette. « Aucun pays ne doit fermer ses frontières ou imposer une restriction, quelle qu’elle soit, en matière de voyages ou de commerce », a recommandé l’institution.
Kampala a fait l’inverse. Les autorités ougandaises ont fermé la frontière aux passagers, suspendu les vols avec la RDC et imposé une quarantaine obligatoire de 21 jours. Des marchés frontaliers ont été suspendus pour plusieurs semaines. Le dépistage recommandé par l’OMS a cédé la place à une mise à distance.
Sur la frontière, les prix montent
Le choc s’est vu d’abord au marché. Après la fermeture du poste de Mpondwe, le prix du poisson a doublé sur l’axe Beni-Butembo, passant de 5 000 à 7 500 francs congolais à des niveaux de 12 000 à 15 000 francs, selon des relevés rapportés par Radio Okapi. La chèvre, à Beni, est montée d’une cinquantaine de dollars à environ 80.
Les opérateurs pointent une dépendance ancienne. « Il y a un mouvement accru entre la RDC et l’Ouganda à la recherche de tous les produits de consommation », explique Polycarpe Ndivito, alors président de la Fédération des entreprises du Congo pour Butembo-Lubero. « Ils ont ajouté le blocage des vols, alors que c’est à partir de l’Ouganda que nous prenons les vols pour aller, soit en Asie, soit en Europe, pour l’importation de biens de consommation. »
La société civile réclame un autre équilibre. À Kasindi, le rapporteur du groupement de Basongora, Paul Zaidi, a appelé « les autorités congolaises et ougandaises à renforcer plutôt les dispositifs de surveillance sanitaire, tout en veillant à limiter les répercussions négatives de cette mesure sur les populations riveraines ».
Une facture qui reste à mesurer
L’Ituri paie sa part sans qu’on la chiffre encore. Les restrictions aux motos-taxis frappent l’outil de travail d’une économie informelle, et la mise sous surveillance de Nia-Nia touche un pôle marchand. Aucun dispositif de compensation n’a été annoncé, et le manque à gagner des transporteurs n’est pas documenté.
Le fardeau sanitaire, lui, est lourd. L’épidémie a atteint 1 406 cas confirmés et 438 décès au 30 juin, avec l’Ituri pour épicentre. Entre le virus qui se propage et le commerce qui se grippe, la riposte avance sur une ligne de crête, où chaque barrière sauve d’un côté ce qu’elle coûte de l’autre.
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