Santé Ebola en RDC : plus de 300 rescapés, et l’épreuve de l’après
Santé Ebola en RDC : plus de 300 rescapés, et l’épreuve de l’après
GRAND REPORTAGE

Ebola en RDC : plus de 300 rescapés, et l’épreuve de l’après

Derrière le décompte des morts, la dix-septième épidémie compte aussi ses guéris. Mais franchir la porte d’un centre de traitement ne clôt pas l’histoire : séquelles, méfiance et rejet attendent souvent les survivants.

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La Rédaction 14 juillet 2026

Le chiffre, le ministre de la Santé a tenu à le dire autrement que par un taux. De retour de Kisangani, Roger Kamba a préféré compter des visages. « Si l’on évalue la situation dans son ensemble, nous pensons que cette maladie peut être vaincue. Il y a déjà beaucoup de personnes guéries. Ce n’est pas une question de pourcentage, mais de nombre : plus de 300 personnes sont déjà guéries de cette maladie », a-t-il déclaré, cité par Radio Okapi. Face aux 702 décès du dernier bilan consolidé, ces plus de 300 rescapés forment l’autre versant de l’épidémie, celui dont on parle peu : des malades sortis vivants du centre de traitement, déclarés non contagieux, rendus aux leurs.

Sortir guéri, pourtant, n’est qu’un début. Le retour dans la communauté ouvre une seconde épreuve. L’Organisation mondiale de la santé, qui documente depuis des années le sort des « vainqueurs d’Ebola » dans l’est du pays, rappelle que la stigmatisation demeure le principal obstacle : le rejet reste fréquent, même dans un pays déjà frappé à plusieurs reprises. Pour desserrer cet étau, les équipes remettent aux anciens malades un certificat de guérison, sésame censé attester qu’ils ne présentent plus de danger et faciliter leur réintégration sociale et professionnelle.

À la sortie du centre, le corps garde souvent la trace du virus. Les études menées sur les précédentes épidémies décrivent un syndrome post-Ebola qui peut toucher une large part des survivants : douleurs articulaires, maux de tête persistants, troubles de la vue et de l’audition, fatigue durable, séquelles neurologiques. Ces atteintes, parfois invalidantes, imposent un suivi médical prolongé bien après la guérison officielle, dans une région où l’offre de soins est déjà éprouvée par l’insécurité et la grève des prestataires.

La blessure n’est pas que physique. Médecins sans frontières a placé la santé mentale au cœur de la réponse aux épidémies d’Ebola en RDC, tant la détresse psychologique accompagne la maladie : deuils multiples, semaines d’isolement, retour dans un foyer parfois décimé, difficulté à retrouver un travail ou une source de revenus. Le rescapé rentre changé dans un monde qui, lui, n’a pas cessé d’avoir peur.

Car c’est bien dans un climat de méfiance que ces survivants regagnent leur quartier. En Ituri, l’épicentre, le déni recule à peine. À Bunia, les relais communautaires qui traquent la maladie de porte en porte le font, selon Radio Okapi, « la peur au ventre », essuyant insultes, menaces et agressions. « Actuellement nous voyons que la population commence à comprendre que la maladie existe. Dans des avenues, il y a des gens qui ont même accepté pour se faire dépister volontairement », témoigne Samuel Rehema, l’un des responsables de cette dynamique dans l’aire de santé de Bigo. Le mur se fissure, mais il tient encore, et c’est ce mur que le rescapé doit franchir en sens inverse.

L’histoire récente dit pourtant ce que ces survivants peuvent devenir. Lors de la dixième épidémie, entre 2018 et 2020, la plus meurtrière qu’ait connue le pays avec 2 287 morts, 1 170 personnes avaient malgré tout été déclarées guéries. Certaines étaient ensuite retournées dans les centres, non plus comme patientes mais comme soignantes, veillant sur des enfants contagieux que leur immunité leur permettait d’approcher. Les plus de 300 rescapés d’aujourd’hui sont un capital identique, à condition de ne pas les renvoyer à la marge. Vaincre Ebola, ce n’est pas seulement compter moins de morts. C’est aussi faire une place à ceux qui sont revenus.

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