Santé Ebola en RDC : à Kisangani, seule une alerte sur trois est investiguée et le suivi des contacts de Kabondo reste à zéro
Santé

Ebola en RDC : à Kisangani, seule une alerte sur trois est investiguée et le suivi des contacts de Kabondo reste à zéro

Le rapport de situation n°077 de l'INSP, mis en ligne le 1er août, documente pour la première fois l'état des moyens de la riposte province par province. Dans la Tshopo, 24 des 71 alertes du jour ont été investiguées et le suivi des contacts de Kabondo reste à zéro.

MSF medical teams debrief from the red zone after patient rounds, communicating with medical staff in the green zone. Patient files are considered contaminated and remain in the red zone, with information relayed verbally to ensure infection prevention measures are maintained at the Ebola Treatment Centre in Lwiro, South Kivu.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 13:51 WAT · 5 min de lecture

L’Institut national de santé publique a mis en ligne samedi 1er août le rapport de situation n°077 de la 17e épidémie d’Ebola, arrêté au 30 juillet et daté du 31. C’est le premier document épidémiologique complet publié depuis le 27 juillet. Il livre ce que les bulletins quotidiens ne détaillaient pas : la répartition des cas par zone de santé et l’état des moyens province par province. Dans la Tshopo, dernière atteinte, ces moyens y sont les plus bas des provinces qui ont rapporté.

Sur les 71 alertes remontées dans la province ce jour-là, 24 ont été investiguées dans les vingt-quatre heures. Le tableau du rapport en compte 873 investiguées sur 913 au Nord-Kivu, et 367 sur 524 en Ituri. « Le Nord-Kivu porte l’essentiel du volume avec 913 alertes investiguées à 95,6 %, tandis que l’Ituri recule à 70,04 % et que la Tshopo n’investigue que 24 de ses 71 alertes (33,8 %) », écrit le Centre d’opérations d’urgence de santé publique. Une alerte est le signalement d’un malade ou d’un mort suspect. Tant qu’elle n’est pas investiguée, elle n’entre pas dans le décompte des cas suspects.

Le suivi des contacts se redresse sans atteindre la cible : 43 personnes exposées vues sur 65, soit 66,2 %, le taux le plus bas des quatre provinces qui ont rapporté, pour un seuil opérationnel de 95 % que la riposte s’est elle-même fixé. « La Tshopo remonte à 66,2 % (43 contacts vus sur 65), la zone de Kabondo restant à 0 % », note le rapport. Kabondo est la zone de santé urbaine entrée dans la liste officielle au 30 juillet, avec un cas confirmé et un décès.

Le document recense d’autres fragilités. Au laboratoire, écrit le COUSP, « des prélèvements non conformes sont signalés dans les zones de santé de Lubunga et d’Opienge, et des échantillons continuent de parvenir au laboratoire sans fiche d’investigation ». Quatre des dix-neuf points d’entrée et de contrôle de la province sont activés, soit 21,1 %, contre la totalité en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ; les données consolidées portaient encore sur la journée du 29 juillet. Le parc roulant se limite à quatre véhicules, quatre motos et quatre ambulances, pour un besoin évalué à dix véhicules et vingt-sept motos.

Les équipes ont évalué le dispositif de prévention du camp de déplacés de Konga Konga : 19,4 %. Le site et son dispensaire ont été décontaminés, un kit de prévention et des matelas remis au centre de santé de Madula, 867 personnes touchées par une sensibilisation. Un centre de traitement de grande capacité est à l’étude, son site visité avec le COUSP, l’ONG IMA et Médecins sans frontières. La capacité de soins, elle, n’est pas en cause : la province compte vingt lits pour un patient hospitalisé, soit 5 % d’occupation, quand le Nord-Kivu soigne 202 malades sur une base de 141 lits que le rapport dit non actualisée depuis quatre cycles.

Un dernier passage touche à l’acceptation communautaire, qui pesait déjà sur le décrochage du Haut-Uélé. Le COUSP écrit : « À la Tshopo, aucun suivi opérationnel de l’enlèvement de force du corps d’un cas confirmé à la morgue de l’HGR de Makiso-Kisangani n’est documenté ; la communauté du PK 17 continue de s’interroger sur la circulation des corps sans vie et le suivi des contacts de Kabondo reste bloqué à 0 %. »

Aucun nouveau cas ni décès n’a été enregistré dans la province ce jour-là. Le cumul y reste de sept cas, cinq décès et un guéri depuis que l’épidémie a atteint ce carrefour fluvial : un effectif trop faible pour comparer la Tshopo aux autres provinces. Le septième cas, confirmé le 29 juillet, est rattaché par la province à Wanie-Rukula, classement que le rapport n’intègre pas à ses cumuls dans l’attente d’une harmonisation.

Le cumul national s’établit à 3 605 cas et 1 587 décès, pour 49 zones de santé touchées sur 140. Le huitième des douze défis que la riposte s’assigne vise l’extension à la Tshopo et au Haut-Uélé, avec un impact que le COUSP écrit en toutes lettres : « risque de diffusion urbaine, fluviale et transfrontalière ». La riposte s’y conduit sans vaccin ni traitement homologué, aucun produit n’étant enregistré contre la souche Bundibugyo ; le rapport note qu’aucune activité de vaccination n’a été rapportée par les provinces ce jour. Un candidat vaccin est entré en essai clinique de phase 1 le 24 juillet, première étape d’évaluation de l’innocuité, très en amont de tout usage sur le terrain.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…