Sécurité & Défense En RDC, comment l’AFC/M23 se sert d’Ebola pour consolider l’occupation

En RDC, comment l’AFC/M23 se sert d’Ebola pour consolider l’occupation

À mesure que l'épidémie gagne l'Est, la rébellion qui occupe Goma et Bukavu met en scène sa propre riposte sanitaire. Derrière l'affichage, une manœuvre : convertir une catastrophe en preuve d'autorité, au moment où l'État est présenté comme dépassé.

En RDC, comment l’AFC/M23 se sert d’Ebola pour consolider l’occupation
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 10 JUILLET 2026 - 19:03 WAT · 5 min de lecture

L’épidémie descend de l’Ituri vers les Kivus, et un cas a déjà atteint Goma. À mesure qu’elle approche, le M23, qui a saisi l’an dernier de larges pans du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les deux chefs-lieux, ne s’est pas contenté d’en subir la menace. La rébellion a installé une cellule dédiée à Ebola, diffuse des vidéos de visites de laboratoires et de centres de traitement, met en ligne des dessins animés sur le lavage des mains, limite le nombre de passagers dans les bus et accuse le gouvernement d’« indifférence » envers les populations. Le calcul est lisible. Si la rébellion paraît maîtriser l’épidémie là où l’État est dépeint comme défaillant, elle transforme une crise sanitaire en preuve de légitimité.

C’est le vrai danger que porte cette épidémie, au-delà du virus. Le M23 cultive depuis des mois l’image d’une autorité qui gouverne : il lève l’impôt, contrôle les services publics, se présente comme le seul pouvoir légitime sur les territoires qu’il occupe. Une épidémie contenue, filmée et racontée, lui offrirait la vitrine dont rêve toute occupation, au moment précis où Kinshasa peine à endiguer le foyer parti de l’Ituri. Gérer Ebola, pour la rébellion, ce ne serait pas d’abord sauver des vies. Ce serait administrer une démonstration.

Encore faudrait-il que la vitrine repose sur autre chose que du décor. Or le système qui teste et qui soigne, dans les zones occupées, n’est pas celui du M23. Même sous occupation, c’est l’État congolais qui continue de payer les agents de santé et les techniciens de laboratoire, d’acheminer une partie des échantillons vers Kinshasa et vers le laboratoire de Goma, de tenir les registres. La cellule santé de la rébellion est assise sur le système que la République finance encore. Une riposte qu’aucun observateur indépendant ne peut vérifier n’est pas une riposte : c’est une communication. Et c’est bien parce que personne ne peut contrôler ce qui se passe derrière la ligne de front que le récit d’un M23 gestionnaire prospère sans preuve.

Cet aveuglement est le cœur du problème, et il est d’abord épidémiologique. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, l’a posé sans détour lors d’un briefing fin mai : « Sans accès aux zones occupées, notamment à Goma, nous ne pouvons pas gérer. » Le cas confirmé à Goma était venu de Bunia ; les populations circulent entre Beni, Butembo et Goma sans rien demander à personne. « On peut occuper militairement un territoire, mais on ne peut pas gérer la population sans son adhésion, et la population bouge », résume le ministre. Une riposte coupée en deux, nationale d’un côté, micro riposte de Goma de l’autre, ne peut pas suivre une chaîne de contacts qui traverse la ligne. Fin mai, la RDC disait suivre 3 600 cas contacts ; leur trace s’arrête à la frontière de l’occupation. Deux aéroports clés de la région restent fermés depuis la prise de ces territoires, malgré les appels des Nations unies et de Washington à les rouvrir pour l’aide.

L’envers de la vitrine, c’est le soupçon de prédation. Des agents de santé, cités sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, affirment que des hommes armés harcèlent les responsables d’hôpitaux au sujet des fonds Ebola. L’accusation reste à établir, mais elle rappelle qu’une même épidémie peut être un décor pour la communication et un butin pour l’économie de guerre. Instrumentaliser Ebola, ce n’est pas seulement s’en servir pour paraître légitime. C’est aussi, peut-être, s’en servir tout court.

Reste la racine que le gouvernement nomme sans ambages : l’agression. Le groupe d’experts de l’ONU chiffre entre 14 000 et 18 000 le nombre de militaires rwandais présents en RDC. Pour Samuel Roger Kamba, la conclusion sanitaire rejoint la conclusion politique : « Il faut que le Rwanda quitte notre territoire national. Point final. Ils n’ont ni l’expertise, ni les moyens de gérer, ni la capacité de gérer cette situation. » Il a dénoncé la fermeture des frontières décidée à la détection de l’épidémie, contraire au Règlement sanitaire international : « Pourquoi avoir fermé la frontière, s’ils prétendent agir pour la population de Goma ? » La légitimité que la rébellion cherche à tirer d’Ebola se bâtirait donc sur une occupation soutenue de l’étranger, qui ferme le ciel et la frontière des populations qu’elle prétend protéger.

Au bout de la chaîne, il y a les civils. Pour le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, les Congolais des zones occupées risquent « d’être contaminés par Ebola, ou de mourir de faim ou de violence », et le monde « ferme les yeux ». C’est là que se juge la ligne de ce journal. BETO soutient le pays et ses institutions contre l’agression, non par slogan, mais parce que les faits y conduisent. Un pouvoir qui a besoin d’un virus pour prouver qu’il gouverne avoue qu’il ne gouverne pas. La vraie légitimité n’est pas une cellule filmée pour les réseaux : c’est la capacité, et le droit, de protéger une population, qui reposent ici encore sur l’État souverain que l’occupation cherche à effacer. Se servir d’Ebola pour consolider son pouvoir serait le sommet cynique de l’agression. La réponse tient en une riposte nationale unifiée, indissociable du départ de l’occupant.

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B
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