Ebola déclaré « sous contrôle » : ce que disent les chiffres publiés
L'équipe de riposte estime l'épidémie « sous contrôle » et le pic dépassé. Le rapport de situation du même jour fait état de 39 morts en vingt-quatre heures et d'un suivi des contacts sous le seuil.
Ebola déclaré « sous contrôle » : ce que disent les chiffres publiés
AFP
L’équipe de riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola a déclaré jeudi 10 septembre que la situation est « sous contrôle » en République démocratique du Congo. La conclusion a été présentée au cours d’une réunion technique d’évaluation présidée à Kinshasa par la Première ministre Judith Suminwa, réunissant des membres du gouvernement et des experts de la riposte, parmi lesquels le professeur Jean-Jacques Muyembe. L’Agence congolaise de presse en a rendu compte le lendemain.
Le communiqué de la Primature écrit que « le pic épidémique est désormais dépassé, la courbe est dans sa phase descendante et le nombre de cas journaliers ainsi que celui des décès confirmés diminuent », et appelle à maintenir la vigilance.
Le rapport de situation publié le même jour
Le rapport de situation numéro 118 de l’Institut national de santé publique, arrêté au 9 septembre et publié le 10, donne les données que le communiqué ne donne pas.
L’épidémie a fait 3 349 morts pour 6 942 cas confirmés. La létalité s’établit à 48,2 %. Le cumul des guérisons atteint 1 647.
Pour la seule journée du 9 septembre, le rapport recense 99 nouvelles confirmations, dont 47 en Ituri, 46 au Nord-Kivu et 6 au Haut-Uélé. Vingt-neuf de ces malades étaient déjà morts au moment du prélèvement, hors de toute structure de prise en charge. Dix autres décès sont survenus en centre de traitement. Soit 39 morts en vingt-quatre heures. Huit cent vingt-trois personnes restaient en isolement.
Ces chiffres ne contredisent pas l’idée d’une décrue, qui se mesure sur des semaines et non sur un jour. Ils donnent l’échelle à laquelle cette décrue commencerait.
Le suivi des contacts est repassé sous le seuil
Le même rapport signale un indicateur de pilotage en recul. Sur les 23 630 contacts inscrits au suivi le 9 septembre, 19 945 ont été vus, soit 84,4 %. Le taux passe sous le seuil opérationnel de 85 % et recule par rapport aux 86,5 % de la veille.
Le suivi des contacts est l’outil qui permet d’isoler une chaîne de transmission avant qu’elle ne produise de nouveaux cas. Quand il faiblit, les malades sont détectés plus tard, et une part d’entre eux meurt hors des structures de soins, comme le montrent les vingt-neuf décès communautaires du 9 septembre.
Ce que l’Organisation mondiale de la santé écrivait le 10 septembre
Le même jeudi 10 septembre, l’OMS publiait un bulletin d’information sur les flambées épidémiques consacré à cette épidémie, avec des données arrêtées au 7 septembre. Elle y décrit une transmission toujours soutenue et une extension géographique de l’épidémie, et maintient son évaluation du risque au niveau le plus élevé pour la RDC.
Les chiffres de l’OMS à cette date sont de 6 757 cas confirmés et 3 267 décès en RDC, pour une létalité de 48,3 %, dans 61 zones de santé réparties sur six provinces.
Deux documents publiés le même jour, donc, l’un concluant que l’épidémie est sous contrôle, l’autre décrivant une transmission soutenue. Les deux portent sur la même épidémie et sur des données séparées de quarante-huit heures.
Une septième province le lendemain
Le 11 septembre, le gouverneur intérimaire du Sud-Ubangi, Jean-René Galekwa Vundawe, a confirmé un cas et un décès dans la zone de santé de Gbulu, confirmation établie par l’Institut national de recherche biomédicale.
Le Sud-Ubangi ne figure pas parmi les six provinces recensées par l’OMS deux jours plus tôt. C’est la septième province atteinte.
Ce n’est pas la première fois que l’on annonce le contrôle
Le 27 mai 2026, la Présidence de la République publiait, après une réunion consacrée à la riposte, un communiqué intitulé « Maladie à virus Ebola : la situation est sous contrôle et la riposte s’organise ».
À cette date, Médecins sans frontières comptait 125 cas confirmés et 223 décès.
Cent six jours plus tard, le rapport de situation national en dénombre 6 942 et 3 349.
Cette mise en regard ne dit rien de la validité de l’analyse présentée jeudi. Elle dit seulement que la formule a déjà été employée à un moment où la courbe montait.
Où se situe le pic
L’OMS a situé le sommet de la courbe en semaine 32, du 3 au 9 août 2026, avec 579 cas confirmés sur la semaine. Sur ce point, l’annonce de jeudi est cohérente avec les données de l’organisation.
Mais le bulletin du 10 septembre fait état de 963 cas confirmés et 481 décès notifiés entre le 28 août et le 7 septembre, soit dix jours. Ramené à sept jours, cela représente de l’ordre de 674 cas hebdomadaires, contre 579 au moment du pic. Ce rapprochement est un calcul de la rédaction à partir des données publiées, et non une comparaison établie par l’OMS, qui peut intégrer des rattrapages de notification.
Le 26 août, la coordonnatrice de l’OMS pour l’Afrique Marie Roseline Belizaire formulait la situation ainsi : « Nous avons ralenti l’accélération, mais nous n’avons pas encore infléchi cette courbe. »
« Sous contrôle » n’est pas un statut sanitaire
L’expression n’existe dans aucun document de l’Organisation mondiale de la santé. Deux statuts existent.
Le premier est la fin de l’épidémie. L’OMS la déclare 42 jours après le second prélèvement négatif du dernier cas confirmé, ou après l’enterrement sécurisé du dernier décès, puis recommande au moins six mois de surveillance renforcée.
Le second est l’urgence de santé publique de portée internationale, déclarée pour cette épidémie le 17 mai 2026. Le comité d’urgence du Règlement sanitaire international l’a réexaminée le 18 août et a publié des recommandations temporaires le 24 août. Elle n’a pas été levée.
Entre les deux, aucun palier intermédiaire n’est prévu par les textes. « Sous contrôle » relève donc de l’appréciation de l’équipe de riposte, pas d’une qualification réglementaire.
Une épidémie sans vaccin homologué
Un point technique commande une partie de la difficulté. Le virus en cause dans cette épidémie appartient à l’espèce Bundibugyo, confirmée par l’Institut national de recherche biomédicale, et non à l’espèce Zaïre.
Or les outils dont dispose la RDC ont été homologués contre l’espèce Zaïre. L’OMS écrivait en mai qu’il n’existe aucun traitement ni vaccin homologué spécifique contre le virus Bundibugyo. Le 31 août, elle a publié des orientations d’urgence limitant l’usage du vaccin Ervebo à des protocoles de recherche dans ce contexte, estimant que les données disponibles restent insuffisantes pour déterminer s’il confère une protection cliniquement significative chez l’homme.
Les deux traitements par anticorps utilisés lors des épidémies précédentes, mAb114 et REGN-EB3, sont eux aussi homologués pour l’espèce Zaïre. Une consultation d’experts réunie par l’OMS le 28 mai a orienté la recherche vers d’autres candidats.
Sur le terrain, 70 000 doses d’Ervebo ont été annoncées le 21 août, la vaccination a démarré le 27 août, et 2 007 personnes avaient été vaccinées au 6 septembre selon l’OMS, dans six zones de santé.
Ce qui va dans le sens de la décrue
Plusieurs éléments soutiennent l’analyse présentée jeudi.
Le pic hebdomadaire identifié par l’OMS est derrière nous. Les guérisons progressent : 1 647 personnes sont sorties guéries, dont 36 pour la seule journée du 9 septembre. Les capacités de prise en charge augmentent, avec l’ouverture d’un centre de traitement à Isiro, d’un autre dans la Tshopo, et le déploiement annoncé de structures au Nord-Kivu.
Un plan de riposte révisé sur 180 jours, chiffré à 1,3 milliard de dollars, a été lancé le 4 septembre.
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