Élections 2028 : pour Nicolas Kazadi, «le vrai risque n’est pas financier»
Élections 2028 : pour Nicolas Kazadi, «le vrai risque n’est pas financier»
AFP
En République démocratique du Congo, le respect du calendrier électoral de 2028 suscite déjà des interrogations, alors que le pays reste confronté à une situation sécuritaire préoccupante dans plusieurs régions. Interrogé sur l’éventualité d’un nouveau report des élections, l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi estime que les difficultés financières ne constituent pas, à ce stade, la principale menace pour la tenue du prochain scrutin.
« Ce n’est pas une question d’argent, mais de calendrier », a-t-il notamment soutenu, écartant ainsi l’hypothèse d’un glissement qui serait provoqué par une insuffisance des ressources financières. Selon lui, les finances publiques disposent actuellement d’une marge permettant de prendre en charge les dépenses liées au processus électoral. Le principal risque résiderait plutôt dans le temps disponible pour mener à bien l’ensemble des opérations nécessaires à l’organisation des élections.
Le conflit dans l’Est, un facteur susceptible de peser sur le calendrier
Parmi les principales inquiétudes figure la situation sécuritaire dans l’Est du pays. La persistance du conflit armé pourrait compliquer l’accès de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à certaines zones et rendre difficiles les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs, le déploiement du matériel ainsi que la tenue effective des scrutins.
Nicolas Kazadi estime ainsi que l’évolution de la situation sécuritaire pourrait devenir un obstacle majeur au respect des délais constitutionnels. Il insiste, dans ce contexte, sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des accords conclus avec les États-Unis et le Rwanda afin de contribuer à la stabilisation de la situation sécuritaire.
Dans sa feuille de route 2025-2029, la CENI identifie également la sécurité parmi les principaux défis du prochain cycle électoral, aux côtés des contraintes logistiques, climatiques, financières et juridiques.
La CENI au cœur d’une course contre la montre
Au-delà de la situation sécuritaire, une autre question pourrait peser sur le calendrier : le renouvellement de l’équipe dirigeante de la CENI. Des acteurs du processus électoral estiment que la désignation d’une nouvelle équipe devrait être engagée suffisamment tôt afin d’éviter que cette procédure ne réduise davantage le temps consacré à la préparation des scrutins de 2028.
L’expert électoral Luc Lutala avait notamment alerté sur le temps nécessaire à la désignation des membres de la nouvelle équipe de la CENI. La procédure implique différentes composantes, l’Assemblée nationale et, en dernier ressort, la Présidence de la République. Selon lui, tout retard dans ce processus pourrait « grignoter » le temps nécessaire à la préparation des prochaines élections.
Cette préoccupation intervient alors que la CENI a déjà publié sa feuille de route du processus électoral 2025-2029. Celle-ci prévoit plusieurs étapes, allant de la révision du fichier électoral à la préparation des candidatures et à l’organisation des différents scrutins de 2028.
La centrale électorale avait expliqué vouloir tirer les leçons du manque de temps observé lors du cycle précédent.
Le précédent de 2016-2018 reste dans les mémoires
La question du financement renvoie inévitablement au précédent du cycle électoral sous Joseph Kabila. Les élections qui devaient se tenir en 2016 avaient finalement été reportées avant d’être organisées en décembre 2018. Le financement avait alors constitué l’un des problèmes majeurs du processus.
En octobre 2015, la CENI dénonçait déjà l’insuffisance des décaissements du gouvernement pour financer les opérations électorales. Deux ans plus tard, le gouvernement estimait encore que le coût du processus électoral représentait une lourde charge pour les finances publiques. Le budget présenté pour l’ensemble des opérations électorales sur la période 2016-2018 dépassait alors 1,3 milliard de dollars américains.
En 2018, alors que le scrutin était finalement programmé pour le 23 décembre, la CENI faisait encore état de besoins financiers importants pour achever les opérations et respecter le calendrier.
Le précédent de 2016-2018 explique donc pourquoi la question des moyens financiers demeure particulièrement sensible. Toutefois, dans le débat actuel, le risque identifié par Nicolas Kazadi serait différent : il ne s’agirait plus principalement de savoir si l’État peut financer les élections, mais de déterminer si les conditions politiques, sécuritaires, institutionnelles et techniques pourront être réunies à temps.
Des réformes électorales encore nécessaires
À ces contraintes s’ajoute la question des réformes électorales. En 2026, la CENI a participé à plusieurs réflexions visant notamment à améliorer la loi électorale et à corriger certaines faiblesses constatées lors des précédents cycles. L’objectif affiché est de parvenir à un cadre consensuel avant les élections de 2028.
La centrale électorale devra également poursuivre la mise à jour du fichier électoral et préparer les différentes opérations techniques indispensables aux scrutins.
Dans son rapport annuel 2025-2026, la CENI a reconnu que les défis financiers, logistiques et sécuritaires demeuraient importants. Elle a notamment souligné que certaines élections locales préparées dans plusieurs provinces n’avaient pas pu être organisées faute de financement.
2028 : un calendrier déjà sous pression ?
À deux ans du prochain cycle électoral, l’enjeu est désormais de savoir si l’ensemble de ces opérations pourra être réalisé sans retard majeur.
Le renouvellement éventuel de l’équipe de la CENI, les réformes électorales, la mise à jour du fichier électoral, la situation sécuritaire dans l’Est, les contraintes logistiques et la mobilisation effective des ressources constituent autant de paramètres susceptibles d’influencer le calendrier.
La CENI avait présenté sa feuille de route comme un outil destiné à éviter la répétition du « manque de temps » constaté lors du cycle précédent. Des organisations d’observation électorale ont toutefois déjà exprimé des inquiétudes concernant le rythme de mise en œuvre de cette feuille de route et appelé à accélérer les préparatifs en vue des élections de 2028.
Gilbert N.