Électricité : 12,9 mégawatts installés en Ituri, 100,4 dans le Haut-Uélé voisin
Le rapport annuel 2024 de l'Autorité de régulation du secteur de l'électricité recense, province par province, la puissance installée en République démocratique du Congo. La ligne Ituri porte trois nombres : 12,5 mégawatts d'origine hydroélectrique, zéro thermique, 0,4 mégawatt solaire.
Électricité : 12,9 mégawatts installés en Ituri, 100,4 dans le Haut-Uélé voisin
AFP
Le rapport annuel 2024 de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité recense, province par province, la puissance installée en République démocratique du Congo. La ligne Ituri porte trois nombres : 12,5 mégawatts d’origine hydroélectrique, zéro thermique, 0,4 mégawatt solaire. Total, 12,9 mégawatts. La ligne du Haut-Uélé voisin, juste au-dessus dans le même tableau, en affiche 100,4.
À l’échelle du pays, le même document établit qu’« en 2024, la puissance installée en RDC s’élevait à 3 646,5 MW dont 3 216,4 MW (88,2%) d’origine hydroélectrique, 421,4 MW (11,6%) des sources thermiques et 8,7 MWc (0,2%) du solaire », et que le potentiel hydroélectrique national, « évalué à plus de 100 gigawatts », est exploité à 3,2 %. La Société nationale d’électricité y détient 2 498 mégawatts de puissance installée et gère plus de 90 % des infrastructures de production, mais le régulateur précise que « près de la moitié seulement est disponible, à la suite des contraintes de vétusté et/ou de maintenance ».
Une seule centrale hydroélectrique en service, mise en service en 1940
La production hydroélectrique de l’Ituri repose sur un ouvrage unique, la centrale de Budana, sur la rivière Shari, à douze kilomètres de Bunia, construite dans les années 1930 et mise en service en 1940. Elle appartient à la Société minière de Kilo-Moto, entreprise publique, et son exploitation a été confiée pour vingt-cinq ans à Greentech Energy, coentreprise formée par Southern Energy DRC et la SOKIMO. Les 12,5 mégawatts que le régulateur inscrit à la ligne hydroélectrique de l’Ituri correspondent à la capacité de conception de l’ouvrage.
Le 17 juin 2025, la remise en service d’une deuxième turbine a porté la capacité effective de l’ouvrage de 3,5 à 7 mégawatts. Le responsable régional de l’opérateur, Dieudonné Mulimilwa, définissait alors l’objectif devant Radio Okapi : « Notre mission est claire : remettre en état les installations pour garantir une électricité fiable à long terme. » La société affiche une cible de 10 mégawatts pour Budana et une production moyenne de 1,5 mégawatt. Un opérateur économique de Bunia, Lucien Muliri, résumait le même jour l’enjeu local : « l’Ituri a besoin d’énergie pour se développer et permettre à ses habitants d’avoir accès à des services de base dans de bonnes conditions. »
Société lancée en 2020, huit titres toujours en instruction en 2024
La province s’était dotée d’un instrument. Après une table ronde énergétique convoquée en novembre 2019 par le gouverneur d’alors, Jean Bamanisa Saïdi, une société de projet de droit congolais, Ituri Energie Corporation, a été lancée fin octobre 2020 avec une cible de 15 mégawatts, 11 en hydroélectrique et 4 en solaire, et l’objectif affiché de porter l’accès provincial à 30 % en 2023.
Le registre du régulateur, quatre ans plus tard, situe l’état d’avancement. Le tableau des dossiers en cours de traitement en 2024 y inscrit trois lignes au nom de cette société : deux licences de production, trois concessions de distribution, trois licences de commercialisation, toutes en instruction. Le même rapport inscrit, au tableau des avis favorables émis en 2024 pour le segment distribution, un avenant de 10 mégawatts au bénéfice de l’opérateur NURU SASU en Ituri. Le tableau du segment production ne comporte aucune ligne pour la province.
Le même document classe Green Tech Energy SA parmi les opérateurs débiteurs du régulateur et Ituri Energy Corporation SARL parmi les prestataires débiteurs. Il précise que les dossiers rejetés en 2024 « concernent ceux pour lesquels l’opérateur ne s’est pas acquitté des frais administratifs dus à l’ARE ou n’a pas fourni les éléments complémentaires requis pour l’instruction de son dossier ». Sur 107 dossiers reçus dans l’année, 49 ont donné lieu à un avis favorable ou à une décision, 16 ont été rejetés et 42 restaient en cours.
La loi relative au secteur de l’électricité du 17 juin 2014, qui a mis fin au monopole de la Société nationale d’électricité, dispose en son article 39 que « les concessions et les licences sont accordées sur la base d’un appel d’offres conforme aux procédures de passation des marchés publics », et prévoit à l’article 45 que, à l’initiative du régulateur, la concession, la licence, l’autorisation et la déclaration sont publiées au Journal officiel. Au 18 août, la page des concessions du régulateur publie un seul contrat, celui de Mighty Land Lubilanji 1. Aucun ne concerne l’Ituri.
Le barème fixé par arrêté ministériel du 11 mai 2022 établit les frais d’instruction d’une licence de production à 3 000 dollars pour une centrale de 1 à 9 mégawatts et à 4 500 dollars de 10 à 49 mégawatts, après un dépôt de dossier de 150 dollars.
Chantier lancé à Mbombo en août 2023, aucun mégawatt en juillet 2026
Le point de comparaison le plus proche se trouve au Kasaï-Central. Les travaux du barrage de la chute Mbombo, 20 mégawatts sur la rivière Lulua à quinze kilomètres de Kananga, ont été lancés en août 2023. Radio Okapi rapportait le 19 juillet 2026 qu’ils l’ont été « depuis aout 2023, sans réelles avancées ». Le 17 juillet 2026, près de trois ans après le lancement des travaux, le Fonds de promotion de l’industrie et l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain ont signé à Kinshasa le contrat créant la société de projet Hydro Mbombo SAS. Le directeur général du Fonds, Hervé Claude Batukonke, y présentait l’ouvrage comme « un projet à vocation industrielle et sociale ». Les études de faisabilité étaient alors presque terminées et la route d’accès au site en construction. Le taux d’électrification de Kananga est inférieur à 1 %.
Sur Inga 3, dont la Banque mondiale situe la puissance potentielle entre 2 000 et 11 000 mégawatts, la première phase de son programme, un crédit de 250 millions de dollars sur un ensemble d’un milliard, ne finance pas le barrage : elle finance des études techniques et des investissements de développement local au bénéfice d’une centaine de communautés, soit environ 1,2 million de personnes.
Deux taux d’accès officiels pour la même année
Le régulateur chiffre le taux d’accès national à l’électricité à 10,3 % en 2024, contre 6,4 % en 2020, et dénombre 1 496 292 clients desservis. Le rapport d’étape du Pacte national énergétique remis à la Banque mondiale pour le premier trimestre 2026 retient, pour la même année 2024, un taux de 21,5 % et une base de 23 415 650 personnes ayant accès à l’électricité, avec une cible de 62 % en 2030. Les deux mesures ne recouvrent pas le même périmètre : le régulateur rapporte la population desservie à la population totale, le rapport d’étape convertit des raccordements en personnes, réseau, mini-réseaux et kits solaires confondus.
Le même rapport d’étape classe au statut « Delayed » l’action prioritaire numéro un du premier pilier, l’adoption du plan directeur du système électrique, dont l’échéance était fixée au 31 décembre 2025. Le site de l’agence nationale chargée de l’électrification rurale et périurbaine, anser.gouv.cd, renvoyait au 18 août une page indiquant la suspension de son hébergement.
Pour l’ex-Province Orientale, qui englobait l’Ituri, l’Agence nationale pour la promotion des investissements retenait, sur une fiche non datée, un potentiel de 7 200 mégawatts identifiés et un taux d’électrification de 3,6 %. Le tableau du régulateur inscrit aujourd’hui 12,9 mégawatts à la ligne Ituri.
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