Société Butembo : 1 616 accidents de la route et 59 morts en six mois, un décompte que la CNPR dit incomplet
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Butembo : 1 616 accidents de la route et 59 morts en six mois, un décompte que la CNPR dit incomplet

L'antenne de Butembo de la Commission nationale de prévention routière a recensé 1 616 accidents au premier semestre 2026, dont 59 décès, dans une ville de 1 243 723 habitants. Son chef d'antenne précise que ce total laisse de côté les cas isolés et que le nombre réel est plus élevé. Le texte sur lequel la commission recycle les conducteurs date de 1978.

Butembo : 1 616 accidents de la route et 59 morts en six mois, un décompte que la CNPR dit incomplet
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 25 AOÛT 2026 - 20:33 WAT · 9 min de lecture

Sur les six premiers mois de 2026, l’antenne de Butembo de la Commission nationale de prévention routière (CNPR) a enregistré 1 616 accidents de la route dans la ville, dont 59 décès, 605 blessés graves avec dégâts matériels et 952 cas légers. Rapportés aux 181 jours du semestre, ces chiffres donnent environ 8,9 accidents par jour et un mort tous les trois jours.

Le responsable qui les publie les assortit d’une réserve. « Pendant ces 6 mois, cette demi-année, nous avons enregistré 1 616 cas d’accidents en ville de Butembo et là, je tiens à préciser que ce sont des cas que nous avons enregistrés, à l’exception des cas isolés. Nous sommes certains que si nous avions tous les cas d’accidents dans la ville de Butembo, ce serait beaucoup plus, vu le comportement des usagers de la route à Butembo », déclare Héritier Kabukulu, chef d’antenne de la CNPR Butembo, dans un entretien accordé le 24 août à Congoprofond.net.

La ventilation publiée, additionnée, redonne exactement le total : 59 plus 605 plus 952 font 1 616. Soit les trois catégories comptent des accidents et non des victimes, soit la coïncidence n’est pas expliquée. La CNPR ne l’a pas précisé, et le nombre de blessés que ces accidents ont produits à Butembo reste inconnu.

Sur les causes, le chef d’antenne renvoie au comportement. « En général, comme nous avons l’habitude de vous le dire, la plupart des cas d’accidents sont dus à l’incivisme routier, qui est entraîné par une méconnaissance du Code de la route. Parce que, dans les cas que nous avons enregistrés, la plupart des conducteurs sont tombés dans des accidents à la suite de l’excès de vitesse, de l’ivresse au volant et des fausses manœuvres », dit-il. Le chef d’antenne en poste en 2021 disait la même chose. « L’ivresse au volant est la cause principale, pourtant le code de la route nous dit : Ne buvez pas quand vous conduisez et ne conduisez pas quand vous avez bu. La deuxième cause, c’est l’excès de vitesse. Les conducteurs oublient que la ville a une grande population. La troisième cause, c’est l’ignorance du code de la route. Il y a beaucoup de conducteurs qui n’ont même pas des notions pour circuler sur la chaussée », déclarait Elie Bwira Salumu à Radio Okapi le 15 octobre 2021. L’antenne annonçait alors près de 300 accidents, 21 morts, 84 blessés graves et 111 blessés légers pour trois mois. Ni le comptage de 2021 ni celui de 2026 ne s’accompagne d’une méthode publiée. Les deux bilans ne couvrent pas la même durée et ne forment pas une série.

59 morts sur la route, plus de 41 meurtres documentés

Le réseau pour les droits de l’homme REDHO a documenté, sur les six mêmes mois de 2026, plus de 41 cas de meurtres et d’assassinats à Butembo et dans ses environs, la commune de Bulengera en concentrant dix. « Pour les six premiers mois de cette année 2026, le REDHO a documenté plus de 41 cas de meurtres et d’assassinats dans la ville de Butembo et ses environs. La commune de Bulengera a enregistré le plus grand nombre de cas, soit dix », a déclaré à Radio Okapi son coordonnateur Muhindo Wasivinywa. Sur la même période, la CNPR compte 59 morts de la route dans la seule ville, quand le décompte du REDHO couvre aussi les environs.

À Bunia, la Police de circulation routière a dressé un bilan presque identique, 60 morts au premier semestre et 65 au 5 août. Son commandant, Yassin Ndorolire, y recommande une limite inférieure de vingt kilomètres-heure au plafond légal de 60 km/h : « Nous enregistrons ces derniers temps beaucoup d’accidents. Tout ce que nous demandons aux usagers de la route, c’est-à-dire les conducteurs des véhicules, les conducteurs des motos et des triporteurs, les piétons, c’est d’être très prudents quand ils prennent la route. Je conseillerais, comme il y a beaucoup de circulation actuellement, que les gens ne puissent pas rouler à plus de 40 kilomètres par heure. »

Le voisin immédiat de Butembo compte tout autrement. L’antenne CNPR de Lubero a annoncé 113 accidents, 4 décès, 47 blessés graves et 100 blessés légers pour le même semestre, et attribue ce niveau au recyclage des conducteurs. « Si nous comparons l’année passée par rapport à cette année, il y a une nette évolution en ce qui concerne le nombre de décès. L’année passée on était à plus de 18 cas de décès, mais cette année on a enregistré 4 cas de décès. On a enregistré 700 cas de personnes recyclées. Par rapport au nombre de conducteurs, d’engins roulants dans le territoire de Lubero, ce n’est même pas le 1% parce qu’on peut compter jusqu’à 80 000 chauffeurs dans le territoire », a expliqué le chef d’antenne Serge Betoko lors d’un café de presse rapporté par Radio Moto le 9 juillet 2026.

La deuxième ville du pays en déclare, elle aussi, moins. La CNPR du Haut-Katanga a recensé à Lubumbashi 1 441 accidents sur toute l’année 2025, contre 1 203 en 2024, pour 158 décès, 1 714 blessés graves, 1 514 blessés légers et 3 386 victimes. « Nous avons donné les statistiques qui concernent les cas d’accidents de circulation routière de l’année 2025 et 2024. Selon ces statistiques, de 2024 à 2025 il y a hausse de 238 cas d’accidents de circulation routière, soit un taux de 19,78% », a détaillé à l’ACP Christophe Liya Balimwacha, chargé de la technique à l’antenne provinciale. Butembo, avec 1 616 cas en six mois, déclare donc davantage d’accidents en un semestre que Lubumbashi en une année entière. L’écart porte d’abord sur ce qui est enregistré : les deux bilans ne couvrent ni la même durée ni la même année, et rien dans les données publiées ne permet de les rapporter à la population ou au parc d’engins. Lubumbashi publie en outre une ventilation par cause que Butembo ne produit pas : excès de vitesse 229 cas, imprudence au volant 218, fausses manœuvres 137, refus de céder le passage 114, mauvais dépassement 99, panne technique 94.

L’OMS estime quatre fois plus de morts que la RDC n’en déclare

La réserve du chef d’antenne recoupe ce que mesure l’Organisation mondiale de la santé à l’échelle du pays. Dans son Global status report on road safety 2023, l’OMS enregistre 3 364 décès routiers déclarés par la République démocratique du Congo pour 2021, et en estime 15 615, dans un intervalle de confiance de 12 655 à 18 574. Le rapport entre le déclaré et l’estimé est de 1 à 4,6. Le taux de mortalité routière que l’OMS estime pour la RDC en 2021 s’établit à 16,3 pour 100 000 habitants. Parmi les tués déclarés, l’OMS relève 85 % d’hommes et 15 % de femmes, et une répartition de 52 % de piétons, 36 % d’occupants de véhicules à quatre roues et 12 % d’usagers de deux et trois roues motorisés. À la ligne National road safety strategy, le profil de la RDC porte la mention Non, et aucune cible chiffrée de réduction des tués n’y figure.

Rapportés à la population, les 59 morts de Butembo donnent, une fois annualisés, environ 9,5 pour 100 000 habitants, nettement sous les 16,3 que l’OMS estime pour l’ensemble du pays en 2021. Le bureau de l’état civil de la mairie chiffre la ville, après le recensement de 2024, à 1 243 723 habitants. « Après le recensement de la population en l’an 2024, nous avons retrouvé 1.243.723 âmes dans la ville. La commune qui est la plus peuplée, c’est la commune de Bulengera qui nous présente 551.600. Elle est suivie par la commune de Mususa, qui compte 305.951 », indiquait Jean-Bosco Kihanda, préposé de l’État civil à la mairie de Butembo, à Radio Moto le 15 juillet 2025. Kimemi compte 227 700 habitants et Vulamba 158 478, un total de communes supérieur de six unités au chiffre de ville publié. Le même bureau de l’état civil n’a enregistré, pour l’année 2024, que 425 décès toutes causes confondues dans cette ville de 1,24 million d’habitants.

Le code de la route enseigné date de 1978

Le texte que la CNPR enseigne aux conducteurs de Butembo, et que le ministère des Transports appelle lui aussi le nouveau code de la route sur le site de la CONADEP, est la loi n° 78/022 du 30 août 1978. Son article 18.1 fixe la vitesse en agglomération à 60 kilomètres à l’heure. Ses articles 104.1 et 104.6 punissent la conduite au-delà de 1,00 gramme pour mille d’alcool par des amendes de 20 à 100 zaïres, portées de 100 à 500 zaïres en cas d’ivresse manifeste, dans une monnaie disparue depuis 1998. Le seuil d’alcoolémie est confirmé par le profil OMS.

La commission qui applique ce texte est du même âge. L’ordonnance 78-478 du 26 décembre 1978 l’institue auprès du ministère des Transports pour coordonner les études et les actions de sécurité routière, et son article 3 prévoit, dans la composition de la commission, un représentant de l’Institut national de la statistique. Sur sa page d’accueil, la CONADEP affiche l’objectif de réduire de moitié le nombre total des morts et blessés dus aux accidents de la route d’ici 2030.

Le recyclage obligatoire au code de la route a été lancé à Butembo le 9 mars 2026, avec deux promotions formées au 25 mars. « Aujourd’hui, nous poursuivons la formation sur le nouveau code de la route au bénéfice de trois associations de taximen motos et les conducteurs des véhicules. C’est nécessaire parce que la méconnaissance des principes de conduite, ce qui fait que les usagers de la route commettent beaucoup d’accidents », déclarait alors à l’ACP Héritier Kabukulu Vahuma. À Beni, la même session avait mobilisé 3 000 conducteurs à partir du 13 janvier 2026. Des feux tricolores ont été récemment installés à différents carrefours de Butembo, et la CNPR demande aux piétons d’apprendre à lire la signalisation.

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