RDC : ce qu’il faut retenir de l’interdiction d’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt
RDC : ce qu’il faut retenir de l’interdiction d’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt
AFP
La République démocratique du Congo a interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Cette décision vise principalement à pousser les entreprises minières à transformer davantage les minerais sur le territoire national et à permettre au pays de conserver une plus grande part de leur valeur.
L’interdiction figure dans un arrêté interministériel signé le 29 juin 2026 par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l’Économie. Elle est entrée en vigueur immédiatement, avec la possibilité d’accorder, dans certaines circonstances stratégiques, des dérogations d’une durée d’un an.
La RDC veut davantage transformer ses minerais sur place
La première chose à retenir de cette mesure est la volonté du gouvernement de réduire progressivement l’exportation des minerais sous une forme peu transformée.
L’objectif est d’encourager les opérateurs à produire et à exporter des produits ayant une plus forte valeur ajoutée. Cette orientation rejoint la politique défendue par le président Félix Tshisekedi, qui affirme vouloir mettre fin à un modèle dans lequel les minerais sont extraits en RDC avant d’être davantage valorisés à l’étranger.
Pour Kinshasa, transformer davantage le cuivre et le cobalt sur place doit notamment permettre de développer l’industrie, créer des emplois et augmenter les retombées économiques du secteur minier.
L’interdiction ne signifie pas l’arrêt des exportations de cuivre et de cobalt
Il faut surtout éviter une confusion : la RDC n’interdit pas l’exportation du cuivre et du cobalt.
La mesure concerne spécifiquement les concentrés de cuivre et de cobalt. Le gouvernement cherche plutôt à orienter les exportations vers des produits ayant subi davantage de transformation.
Les données citées par Reuters montrent d’ailleurs que la majorité du cuivre congolais est déjà exportée sous forme de métal raffiné. Au premier trimestre 2026, la RDC a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre.
Le gouvernement veut récupérer davantage de valeur ajoutée
Le deuxième enjeu est économique. Lorsque le minerai est transformé localement, une partie plus importante de la chaîne de valeur reste dans le pays. Cela peut concerner les activités industrielles, les emplois, les services liés aux mines et les recettes publiques.
La décision s’inscrit ainsi dans une volonté plus large de faire du secteur minier un moteur de transformation économique et pas uniquement une source d’exportation de matières premières.
Cette orientation intervient alors que la RDC cherche également à renforcer la gouvernance, la traçabilité et la transparence dans le secteur minier. En juillet, Félix Tshisekedi avait notamment demandé au gouvernement de renforcer les mécanismes de contrôle et de traçabilité des chaînes d’approvisionnement des minerais.
Toutes les entreprises minières ne seront pas affectées de la même manière
L’impact de l’interdiction devrait varier selon les capacités de transformation des différents opérateurs.
Reuters rapporte que plusieurs entreprises disposent déjà d’installations permettant de transformer une partie de leur production en RDC. Le groupe Ivanhoe Mines, par exemple, a indiqué que le cuivre produit à Kamoa-Kakula était traité soit dans la fonderie installée sur le site, soit à la fonderie de Lualaba, à Kolwezi.
Les entreprises qui dépendent davantage de l’exportation des concentrés pourraient donc être plus directement concernées par la nouvelle mesure.
Le principal défi sera la capacité industrielle
C’est probablement le point le plus important à retenir. Pour réussir cette politique, la RDC doit disposer de suffisamment de capacités de traitement et de transformation.
L’interdiction peut pousser les entreprises à investir dans de nouvelles infrastructures, mais elle peut également créer des difficultés si les capacités existantes ne permettent pas d’absorber toute la production concernée.
Le gouvernement prévoit donc des possibilités de dérogation dans certaines circonstances stratégiques.
La décision peut aussi avoir un impact sur le marché international
La mesure congolaise ne concerne pas uniquement les entreprises opérant en RDC. Elle peut également avoir des conséquences sur le marché mondial du cuivre et du cobalt.
Après l’annonce de l’interdiction, le prix du cuivre sur le London Metal Exchange a progressé de 1,8 %, atteignant 14 369,50 dollars la tonne, selon Reuters.
Cette réaction montre l’importance de la RDC dans l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques.
Kinshasa veut progressivement changer le modèle minier congolais
Au-delà de l’interdiction elle-même, cette décision traduit une orientation plus large de la politique économique du gouvernement.
La RDC veut davantage contrôler la manière dont ses ressources sont extraites, transformées et commercialisées. Le pays cherche également à renforcer sa position dans les chaînes mondiales de valeur liées aux minerais critiques.
L’enjeu sera désormais de transformer cette décision en investissements industriels concrets.
Car interdire l’exportation des concentrés ne suffira pas à lui seul. La réussite de cette politique dépendra notamment de la capacité de la RDC à développer ses infrastructures de transformation, à garantir un environnement favorable aux investissements et à assurer un contrôle efficace du secteur.
En définitive, l’interdiction des concentrés de cuivre et de cobalt marque surtout la volonté de Kinshasa de passer d’un modèle centré sur l’extraction à un modèle qui cherche davantage à transformer les ressources et à conserver une plus grande partie de leur valeur en RDC.
Rédaction