Grève des médecins : un accord été signé avec le gouvernement, mais la grève n’est pas levée
Les Médecins sans Frontières ( MSF)
AFP
Le vendredi 17 juillet 2026, au cabinet du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, sur instruction de la Première ministre, le banc gouvernemental et le banc syndical des médecins des services publics de l’État ont paraphé un procès-verbal que BETO a pu consulter. Il accorde aux grévistes le chiffre exact qu’ils réclamaient. Il ne met pas fin à la grève.
La nuance est dans le texte lui-même. Le banc syndical s’y engage à « obtenir des médecins des services publics de l’État la suspension de la grève en cours, sur toute l’étendue de la République ». Obtenir, pas décréter. Au 18 juillet, aucun des quatre syndicats signataires n’avait annoncé publiquement que la base avait dit oui.
Ce que le gouvernement concède est pourtant substantiel, et daté. Il s’engage à intégrer totalement la paie complémentaire dans l’état liquidatif de la paie ordinaire au troisième trimestre 2026, à aligner 800 médecins à la prime de risque professionnel au même trimestre, à verser les arriérés de la paie complémentaire du mois de mars en juillet, puis ceux d’avril, mai et juin respectivement en août, septembre et octobre 2026, et à régulariser la situation des médecins sous-payés dès transmission des pièces par le secrétaire général du ministère. Il réaffirme les engagements du 7 juillet, dont la priorisation de la santé dans la mécanisation par la Fonction publique, la prise d’actes administratifs pour les médecins des régimes particuliers, police, armée et enseignement supérieur, et l’assainissement du fichier de paie. Une réunion sur l’alignement des autres catégories du secteur est renvoyée au mois d’août.
Le chiffre de 800 n’est pas un arbitrage. C’est la demande syndicale, mot pour mot. Le secrétaire exécutif provincial du SYNAMED à Kinshasa, le docteur Patrick Boloko, l’avait formulée ainsi le 11 juillet. « Ils réclament également qu’au minimum 800 médecins soient alignés, parce que depuis le premier trimestre, aucun alignement n’a été effectué. Il n’y en a pas eu en janvier, alors que les alignements se font trimestriellement. Il n’y en a pas eu non plus en avril. » Le procès-verbal du 7 juillet en proposait 200. Le gouvernement a quadruplé son offre en dix jours.
Il faut comprendre pourquoi le précédent accord n’a rien produit, parce que c’est la clé de celui-ci. Le 7 juillet, un procès-verbal avait déjà été signé entre le ministre de la Santé publique et la Coordination des syndicats de la santé. Le SYNAMED l’a fait rejeter par sa base et a durci le mouvement le jour même, en lançant l’opération « Hôpitaux sans médecins » du 7 au 16 juillet. Boloko avait alors énuméré quatre griefs. Le premier tenait à la représentativité, « de toute la délégation, seul le SYNAMED était en grève. Les autres étaient composés des syndicats des infirmiers et des paramédicaux qui, du reste, ne sont pas en grève ». Le deuxième aux signatures, « les ministres qui engagent l’État en matière pécuniaire n’ont pas signé ce document, à savoir le vice-Premier ministre chargé du Budget ainsi que le ministre des Finances ». Le troisième au calendrier, « il n’y a pas non plus de chronogramme précis ». Le quatrième au mandat, « la levée de la grève ne relève pas des dirigeants syndicaux, cela relève de la base ».
Le procès-verbal du 17 juillet répond à deux de ces quatre griefs. Le vice-ministre du Budget et la vice-ministre des Finances figurent cette fois parmi les participants et les signataires, aux côtés du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale et du ministre de la Santé publique. Et le calendrier est daté mois par mois, ce que le texte du 7 juillet n’offrait pas. Il ne répond pas aux deux autres. La base garde la main, et le texte le reconnaît en toutes lettres.
Le contexte immédiat invite à la prudence. Le 13 juillet, le compte rendu du Conseil des ministres annonçait déjà que « compte tenu de ces avancées, la coordination des syndicats de la santé a décidé de lever son mouvement de grève ». Le SYNAMED a démenti dans la journée. « Je ne voudrais pas commenter ce qu’a déclaré le ministre de la Communication et médias, porte-parole du Gouvernement, mais ce n’est pas la réalité. Les médecins continuent la grève. Il n’y a pas eu de levée de la grève », répondait Boloko, ajoutant que la base « a rejeté en bloc ce procès-verbal ».
Il y a là un malentendu de périmètre qui explique une partie du conflit. La Coordination des syndicats de la santé, avec laquelle le gouvernement a signé le 7 juillet, réunit aussi les infirmiers et les paramédicaux, qui ne sont pas en grève. Quand elle lève, elle ne lève rien pour les médecins. Le procès-verbal du 17 juillet corrige ce point en s’adressant au banc syndical des médecins, composé du SYNAMED, du SYMECO, du SYLIMED et du SIPUMECO, chacun représenté par deux délégués.
Le mouvement lui-même s’est construit par vagues distinctes, ce qui complique toute sortie groupée. Le SYNAMED a déposé son préavis le 31 mars et est entré en grève le 24 juin, sur le format des urgences seules. Le SYLIMED a déclenché une grève illimitée dès le 11 juin, pour cinq mois d’arriérés. Le SYMECO a déposé son préavis le 25 juin et lancé sa grève générale le 3 juillet, avant que ses assemblées d’évaluation des 10 et 11 juillet ne votent la poursuite du mouvement, invoquant une crise de confiance persistante. Son secrétaire général, le docteur Juvénal Muanda, constatait le 13 juillet que « les séances de travail du 23 juin 2026 et du 7 juillet n’ont pas permis de rencontrer toutes les attentes », et appelait à « un sursaut patriotique » pour arrêter « les conséquences néfastes de cette grève qui se poursuit encore dans tous les services sanitaires publics de l’État ».
L’opération « Hôpitaux sans médecins » a couvert tout le territoire national, à l’exception de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, épargnés en raison du contexte sécuritaire et de l’épidémie d’Ebola. À Kinshasa, les hôpitaux publics ont tourné à l’arrêt, seules les urgences et les banques de sang étant maintenues. À Kananga, l’hôpital de Ndesha a laissé des patients sans prise en charge. Au Haut-Katanga, les soins se sont limités aux urgences.
Le jour même de la signature, la relation entre les deux bancs restait celle d’un bras de fer. Le SYLIMED a saisi l’auditorat supérieur militaire après que des policiers eurent bousculé et pris à partie des médecins en sit-in devant l’immeuble du Gouvernement. Son secrétaire général, le docteur André Kasongo, réclame que les praticiens victimes de ce traitement obtiennent justice.
Reste donc un texte, quatre signatures syndicales, quatre signatures gouvernementales, et une phrase qui dit tout. Le banc syndical s’engage à obtenir la suspension. Il ne l’a pas obtenue. Le 7 juillet, l’État avait signé avec des gens qui n’étaient pas en grève. Le 17, il a signé avec ceux qui le sont, et leur a donné le chiffre qu’ils demandaient. Ce qu’il n’a pas encore, dix jours et un procès-verbal plus tard, c’est la réponse de trois mille médecins qui, selon leur propre syndicat, travaillent sans primes ni salaires.
Ebola en RDC : le bilan officiel atteint 2 267 cas et 893 décès au 17 juillet, le suivi des contacts remonte à 83,6 %

Ebola : pourquoi 51 jours sans nouveau cas au Sud-Kivu ne suffisent pas encore à déclarer la fin de l’épidémie