RDC: Le changement de gouverneur militaire en Ituri et l’ombre de Kampala
Tshisekedi a remplacé le gouverneur militaire de l’Ituri le 5 juin, sans motif officiel. Aussitôt, le chef de l’armée ougandaise s’en attribue le mérite, ravivant la question de l’influence de Kampala sur une province sous état de siège.
RDC: Le changement de gouverneur militaire en Ituri et l’ombre de Kampala
AFP
Le 5 juin, Félix Tshisekedi a changé l’homme fort de l’Ituri. Le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, gouverneur militaire de cette province de l’Est depuis l’instauration de l’état de siège en 2021, a été remplacé par le général-major Kasongo Mulumba, sans qu’aucun motif officiel ne soit avancé (Actualité.cd). Deux semaines plus tard, un général étranger s’est publiquement attribué ce départ, rouvrant une question sensible : qui décide, vraiment, du commandement en Ituri ?
Le 19 juin, sur son compte X, le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de défense ougandaises et fils du président Yoweri Museveni, a remercié « [son] grand frère, S.E. Tshisekedi, d’avoir entendu les cris du peuple d’Ituri et d’avoir écarté le gouverneur toxique », propos traduits de l’anglais. Kinshasa n’a jamais reconnu de cause au limogeage de Luboya, ni admis avoir agi à la demande de Kampala. La revendication du général reste donc invérifiable. Mais elle tombe dans un contexte qui lui donne du poids.
Car Muhoozi réclamait ce départ de longue date. Dès mars 2025, il qualifiait Luboya de « très stupide » sur les réseaux, l’accusant d’entraver les opérations ougandaises, et menaçait de retirer les troupes de son pays déployées dans l’Est. En mars 2026, Kinshasa avait opposé un refus, au nom de la souveraineté nationale. Trois mois plus tard, le gouverneur honni par Kampala n’est plus en poste. La chronologie, à elle seule, alimente le soupçon d’une influence ougandaise sur une décision congolaise.
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L’Ituri n’est pas une province comme les autres. Sous état de siège depuis 2021, dirigée par un gouverneur militaire, elle reste ravagée par les violences de la milice CODECO et des rebelles ADF, et constitue depuis le 15 mai l’épicentre de l’épidémie d’Ebola. C’est aussi le théâtre de l’opération Shujaa, l’offensive conjointe des armées congolaise et ougandaise contre les ADF lancée fin 2021, qui a conduit au déploiement de plusieurs milliers de soldats ougandais sur le sol congolais. « Nous sommes même morts ensemble » pendant la crise Ebola, a d’ailleurs écrit Muhoozi le même jour, en référence à cette présence militaire.
Reste que cette proximité a une face trouble. Dans le même fil, le général ougandais se rêve à voix haute futur président et appelle Paul Kagame « mon oncle », alors que le Rwanda soutient l’AFC/M23 qui combat l’armée congolaise. L’Ouganda lui-même est visé : un rapport du groupe d’experts de l’ONU rendu public en juillet 2024 lui prête un « soutien actif » au M23, accusation que Kampala a qualifiée de « risible ». De quoi nourrir, à Kinshasa, la méfiance envers un allié qui pèse sur le commandement d’une province entière tout en cultivant ses liens avec l’adversaire.
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Les sorties de Muhoozi Kainerugaba ne sont pas nouvelles. En 2022, il avait affirmé pouvoir « prendre Nairobi en deux semaines », contraignant son père à présenter des excuses au Kenya. En janvier 2025, ses tweets sur la RDC avaient poussé la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, à prévenir que Kinshasa pourrait « reconsidérer son partenariat » avec l’Ouganda. Coutumier des messages incendiaires, le général n’en demeure pas moins le chef d’une armée présente en Ituri, ce qui donne à ses mots un écho que la diplomatie congolaise peine à ignorer.
Au-delà de la personnalité du général, c’est la question de fond qui demeure. En changeant de gouverneur sans s’expliquer, Kinshasa laisse prospérer l’idée que le sort de l’Ituri se discute autant à Kampala que dans la capitale congolaise. Pour une province sous état de siège, en guerre et frappée par Ebola, l’enjeu n’est pas seulement un nom sur un décret : c’est de savoir qui commande, et au nom de qui.
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