Sécurité & Défense Agents fictifs dans la police : l’audit qui met un prix sur un mal d’État

Agents fictifs dans la police : l’audit qui met un prix sur un mal d’État

L'audit des effectifs de la police a identifié 63 817 dossiers suspects sur 157 886. Derrière le chiffre, un mal d'État que la biométrie promet de traiter, sans garantie de financement.

Agents fictifs dans la police : l’audit qui met un prix sur un mal d’État
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 15 JUILLET 2026 - 16:56 WAT · 3 min de lecture

Sur les 157 886 dossiers de la Police nationale congolaise (PNC) passés au crible, 63 817 ont été jugés prioritaires : agents en position non active, présumés fictifs ou porteurs d’irrégularités administratives. Ces résultats préliminaires d’un audit des effectifs ont été présentés le 10 juillet au Conseil des ministres, sous la présidence du président Félix Tshisekedi.

Le compte rendu chiffre l’hémorragie. Sans correction, ces anomalies coûteraient à l’État entre 8,32 et 19,42 millions de dollars par mois, soit un manque à gagner annuel compris entre 99,84 et 233 millions de dollars. Pour une seule administration.

La police n’est que la partie visible d’un mal plus large. Un contrôle de l’Inspection générale des finances évalue à plus de 65 millions de dollars par mois ce que le Trésor verse à des agents fictifs, et un audit de la paie a recensé plus de 133 000 fonctionnaires fictifs et 43 000 doublons. Le fichier gonflé n’est pas une exception policière, c’est une habitude d’État.

La réponse annoncée porte un nom : la biométrie. Le 9 juillet, le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a lancé le contrôle biométrique de la PNC, forte de 168 617 policiers recensés, dont près de 21 % jugés « passifs ». L’opération, confiée à la société Africa Business Agency, doit couvrir les 26 provinces en six mois.

« Sans une maîtrise rigoureuse des effectifs et une base biométrique fiable, aucune réforme structurelle ne peut être engagée », a déclaré Jacquemain Shabani, qui présente l’identification comme « la condition sine qua non de toute politique efficace de gestion des ressources humaines ».

Le président du conseil d’administration d’Africa Business Agency, Claude Kikoka Mbala, décrit le mécanisme : « chaque policier disposera d’une identité administrative unique et d’une identité biométrique certifiée par sa présence physique sur le terrain », l’affectation étant « validée par la hiérarchie et rattachée à une unité existante ».

Reste le nerf de l’opération. Le déploiement « dans les 26 provinces nécessite des moyens conséquents », a reconnu le vice-Premier ministre, en appelant à « la mobilisation rapide des ressources ». L’État, qui sollicite déjà l’appui de partenaires extérieurs comme l’Union européenne pour financer la réforme de sa police, devra trouver l’argent du nettoyage avant d’en récolter les économies.

Le pari est connu : dépenser pour cesser de payer des ombres. Les recensements précédents, restés sans lendemain, invitent à juger cette réforme non à son lancement, mais à la première paie où les fantômes auront quitté la liste.

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B
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