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Gaël Kakuta raccroche : adieu au prince discret des Léopards
Le meneur aux 31 sélections a annoncé sa retraite internationale quelques jours après l'élimination du Mondial. Coach na Beto lève sa Primus pour un joueur qu'on a trop peu applaudi.
Approchez, mes frères. Servez-vous une Primus, la mousse est encore froide, et écoutez le vieux vous parler d’un garçon qui s’en va sans faire de bruit. Comme il a joué. Comme il a toujours joué.
Gaël Kakuta a rangé les crampons. Trente-cinq ans, une story Instagram, quelques mots, et voilà. Pas de tournée d’adieu, pas de maillot brandi sous les projecteurs. « Chaque saison a une fin », a-t-il écrit. Moi qui ai vu tant de fins, celle-là me serre quelque part entre le cœur et la vieille cicatrice de 1974.
Le gamin de Lille qui a choisi le Congo
Il aurait pu jouer ailleurs, sous un autre maillot, dans une langue plus confortable. Né à Lille, formé à Lens, parti crocheter les défenses anglaises à Chelsea à seize ans. Le monde entier lui faisait les yeux doux. Il a choisi les Léopards. Et vous savez ce que ça coûte, ce choix-là, mes frères. Des nuits d’avion, des pelouses défoncées, les critiques de cent millions de sélectionneurs qui n’ont jamais touché un ballon. Il a payé la note sans jamais se plaindre. Trente et une fois il a enfilé la tunique. Cinq buts. Et une élégance que le chiffre ne dira jamais.
Rembobinons. Il illumine la Ligue 1 sous les couleurs de Lens, et l’on m’annonce qu’un Congolais, pour la première fois, décroche le trophée Marc-Vivien Foé, celui du meilleur Africain du championnat de France. Un enfant du pays qui hérite du nom d’une légende tombée sur un terrain. Le hasard fait parfois de la belle poésie.
Un horloger dans un vestiaire de bagarreurs
Kakuta n’était pas un cogneur. C’était un horloger. Le genre de joueur qui reçoit le ballon dos au but, dans un mouchoir de poche, entouré de trois armoires à glace, et qui ressort par le petit trou de la souris avec le calme d’un homme qui traverse son salon. On ne l’a pas assez aimé pour ça. Le public préfère les buteurs, les criards, ceux qui embrassent l’écusson devant la caméra. Ce prince-là parlait avec les pieds, et les pieds, ça ne fait pas de bruit sur les réseaux.
Atlanta, le banc, et le dernier silence
Son dernier soir tient dans une image cruelle. Atlanta, seizièmes de finale du Mondial, la RDC mène contre l’Angleterre grâce au jeune Cipenga, puis le doublé d’Harry Kane éteint le rêve, 2-1. Kakuta, lui, n’a pas quitté le banc. Le renard spectateur de sa propre légende. À la fin, l’Anglais a eu ce mot pour le gardien Mpasi : « Respect à lui ». J’aurais aimé qu’on le dise aussi, ce soir-là, au meneur assis les mains croisées, qui regardait s’éteindre le premier Mondial des Léopards depuis cinquante-deux ans.
Car c’est là toute l’histoire. Une génération a refait le geste de celle de Ndaye Mulamba en 1974 : elle a reposé le Congo sur la carte du monde. Kakuta en fut, discrètement, l’un des passeurs. Il a confié que sa plus grande victoire n’aura pas été un trophée, mais une rencontre avec le Christ. Voilà un homme qui range son ego avant ses crampons. Ça aussi, ça force le respect.
Alors ce soir, le vieux Coach lève sa Primus. À toi, Gaël. Tu pars comme tu as joué, sans lever la voix, et le stade ne t’a pas offert de haie d’honneur. Qu’importe. Les vrais connaisseurs se sont levés. Et un jour, quand un gamin de Kinshasa crochètera trois défenseurs dans un mouchoir de poche, quelqu’un dira qu’il a le geste de Kakuta. C’est la seule statue qui compte.
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