Économie « La RDC n’est plus seulement perçue comme un territoire de crises » : anatomie du récit « pays solutions »
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« La RDC n’est plus seulement perçue comme un territoire de crises » : anatomie du récit « pays solutions »

Renverser le « scandale géologique », faire des minerais un « levier historique », transformer sur place : la promesse économique du 30 juin, son moteur américain et son angle mort, le calendrier.

Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise en Serbie, ce vendredi à Belgrade | ©️ Présidence RDC via X.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 03:56 WAT · 3 min de lecture

Il y a une phrase, dans le discours du 30 juin, qui résume toute la stratégie de communication économique de Félix Tshisekedi. « La République Démocratique du Congo n’est plus seulement perçue comme un territoire de crises ; elle est désormais identifiée comme un pays solutions. » En deux mots, « pays solutions », le président tente de renverser un siècle d’imaginaire minier.

Le Congo a longtemps été résumé par une formule fataliste, le « scandale géologique » : un sous-sol fabuleux, un peuple pauvre. Tshisekedi propose l’inverse. Cobalt, cuivre, coltan, lithium, énumère-t-il, « participent déjà à façonner l’avenir du monde » et confèrent au pays « un levier historique de repositionnement ». Le sous-sol cesse d’être une malédiction subie pour devenir un atout à monnayer.

Le récit a un moteur géopolitique : les États-Unis. Le président a confirmé « le partenariat stratégique que nous construisons avec les États-Unis d’Amérique ». L’arrière-plan est connu : Washington a lié ses garanties dans l’Est à un accès aux minerais critiques, dans la compétition mondiale qui l’oppose à la Chine. Tshisekedi assume ce troc, mais pose une exigence : que le partenariat « serve les intérêts fondamentaux du peuple congolais », « favorise la transformation locale » et crée « des emplois durables pour notre jeunesse ».

D’où la promesse centrale du passage. « Le temps où nos minerais étaient extraits chez nous, exportés à l’état brut, valorisés ailleurs, puis revendus au monde pendant que nos populations demeuraient dans la pauvreté, appartient désormais au passé. » La rupture annoncée tient en un mot : transformer, plutôt qu’exporter le minerai à l’état brut.

Le problème est que cette promesse n’est pas neuve, et qu’elle bute sur les mêmes obstacles depuis des décennies. Raffiner le cobalt ou le cuivre suppose une électricité fiable, des routes, une fiscalité stable et des usines. Le discours n’a chiffré aucun de ces chantiers, ni fixé d’échéance. Faire cesser l’export brut reste, pour l’instant, un horizon, pas un calendrier.

Le paradoxe est que le récit s’appuie sur des fondations réelles. Les bailleurs internationaux saluent la stabilité macroéconomique du pays, et la demande mondiale en minerais de batterie n’a jamais été aussi forte. Le Congo a donc les cartes en main. La question est de savoir s’il transforme ce momentum en industrie, ou s’il le laisse filer comme les booms précédents.

Le « pays solutions » est aussi une arme diplomatique. En juillet, Tshisekedi présidera une réunion du Conseil de sécurité pour faire admettre que les ressources congolaises « ne doivent plus être regardées comme une malédiction ». Le récit minier et le récit de paix s’y rejoignent : les mêmes minerais qui financent la guerre à l’Est sont présentés comme la clé de la prospérité de demain.

« Pays solutions » est un slogan efficace, et il porte une ambition juste. Mais un slogan ne transforme pas un minerai. La vraie mesure du discours du 30 juin se lira ailleurs : dans la première usine qui raffinera, sur le sol congolais, le cobalt que le monde s’arrache.

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B
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