Accord de Washington : de nouveaux mécanismes de vérification peuvent-ils enfin départager Kinshasa et Kigali ?
La RDC et le Rwanda veulent renforcer la vérification de leurs engagements sécuritaires. L’enjeu est crucial : établir les faits sur le terrain alors que les deux voisins continuent de s’opposer sur les FDLR, le retrait des forces rwandaises et les responsabilités dans les violations.
Accord de Washington : de nouveaux mécanismes de vérification peuvent-ils enfin départager Kinshasa et Kigali ?
AFP
La République démocratique du Congo et le Rwanda tentent de renforcer l’un des maillons les plus fragiles de l’accord de Washington : la vérification de son application sur le terrain. Réunis à Genève dans le cadre du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, les deux pays ont proposé de nouveaux outils destinés à améliorer le suivi des engagements sécuritaires.
Cette évolution intervient alors que les précédentes réunions avaient déjà révélé les faiblesses du dispositif. En juillet, BETO relevait qu’après cinq réunions du mécanisme conjoint, la question de la vérification restait encore à consolider. Or, sans capacité indépendante à établir les mouvements militaires et l’exécution des engagements, Kinshasa et Kigali peuvent continuer à opposer leurs propres versions des événements.
Sortir de la guerre des accusations
Depuis la signature de l’accord, les deux capitales divergent particulièrement sur deux dossiers : les FDLR et la présence militaire rwandaise dans l’Est de la RDC. Kinshasa accuse Kigali de maintenir ses forces sur le territoire congolais et de soutenir l’AFC/M23. Le Rwanda invoque de son côté la menace constituée par les FDLR et conditionne son désengagement à leur neutralisation. Kigali avait notamment lié le retrait de ses troupes à la neutralisation préalable des FDLR.
Cette divergence est devenue particulièrement visible après l’échéance évoquée par Washington pour le retrait rwandais. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait publiquement espéré un retrait autour de la mi-juillet. L’échéance est finalement passée sans retrait observable, plaçant Washington devant les limites de sa capacité à faire appliquer l’accord.
Un mécanisme de vérification renforcé pourrait changer la nature de ce bras de fer. Plutôt que de se limiter aux accusations respectives, il pourrait documenter les mouvements de troupes, vérifier les positions militaires et déterminer si les engagements pris sont effectivement exécutés. C’était déjà l’objectif recherché lorsque le JSCM avait été appelé à vérifier le retrait des forces rwandaises.
Les FDLR, premier test grandeur nature
La neutralisation des FDLR devrait constituer l’un des premiers tests de ce système. Kinshasa a récemment précisé les étapes du désarmement du groupe armé. Mais cinq des six zones identifiées comme abritant des FDLR échappent au contrôle de l’armée congolaise, ce qui illustre la difficulté de transformer un engagement diplomatique en opération concrète.
Pour Kinshasa, avancer sur ce dossier possède également une dimension diplomatique. La RDC cherche à démontrer qu’elle respecte son engagement de neutraliser les FDLR et, par conséquent, à réduire l’argument sécuritaire invoqué par Kigali pour justifier ses mesures défensives. BETO avait déjà analysé la stratégie congolaise visant à priver le Rwanda de ce prétexte.
La vérification ne réglera cependant pas tout. Même lorsqu’une violation est établie, encore faut-il déterminer les conséquences qui en découlent. C’est l’une des principales faiblesses du processus : un mécanisme peut constater qu’une partie n’a pas respecté ses obligations sans disposer lui-même d’un pouvoir de sanction. Washington et les autres facilitateurs conserveraient alors la responsabilité d’exercer la pression diplomatique nécessaire.
Les nouveaux mécanismes proposés à Genève peuvent donc permettre de franchir une étape essentielle : passer d’une guerre des versions à une confrontation des faits vérifiables. Mais leur véritable efficacité dépendra de leur accès au terrain, de leur indépendance et surtout des conséquences attachées à leurs constatations. Après plus d’un an de mise en œuvre difficile de l’accord de Washington, la question n’est plus seulement de savoir si Kinshasa ou Kigali respecte ses engagements : il faut désormais disposer d’un mécanisme suffisamment crédible pour le prouver.
Odon Bakumba
