Les relations entre le Royaume-Uni et le Rwanda battent de l’aile
Les relations entre le Royaume-Uni et le Rwanda battent de l’aile
AFP
L’intervention militaire des troupes rwandaises sur le sol congolais qui combattent l’armée congolaise aux côtés des M23 exaspère les autorités britanniques. Conséquence ? Londres suspend son aide financière annuelle d’un milliard de dollars qu’il concède à Kigali — EXPLICATIONS.
Si la présence des milliers des militaires rwandais sur le sol congolais semble amuser certaines puissances mondiales, elle ne fait plus du tout mumuse avec le Royaume-Uni. Les terroristes du M23 (Mouvement du 23 mars) avec les éléments de l’armée rwandaise (RDF) contrôlent les points stratégiques de Goma, ville orientale congolaise très stratégique, après d’intenses combats contre les Forces armées congolaises (FARDC) depuis des jours.
Dénonçant cette violation de l’intégrité territoriale congolaise, Londres a reconnu que « le M23 n’aurait pas pu prendre Goma sans l’appui des RDF. » « Le Royaume-Uni continuera de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le monde reste concentré sur ce conflit », a martelé le ministre des Affaires étrangères britannique, David Lammy.
« Nous devons être clairs à ce sujet »
Maintenant que le Rwanda persiste dans son obsession de saper l’intégrité territoriale et la souveraineté de la République démocratique du Congo (RDC), Londres s’exaspère. Selon The Guardian, David Lammy, après s’être également entretenu avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, de cette crise, a émis un avertissement direct lors d’un appel téléphonique avec le président rwandais après l’escalade rwandaise en RDC.
« Le Rwanda a menacé 1 milliard de dollars d’aide mondiale en participant à l’invasion de la République démocratique du Congo », a déclaré le diplomate britannique. D’après lui, le Rwanda recevait plus d’un milliard de dollars d’aide mondiale chaque année, dont environ 32 millions de livres sterling d’assistance bilatérale au Royaume-Uni.
« Tout cela est menacé lorsque vous attaquez vos voisins, et nous sommes clairs sur le fait que nous ne pouvons pas avoir des pays qui remettent en question l’intégrité territoriale d’autres pays. Tout comme nous ne le tolérerons pas sur le continent européen, nous ne pouvons pas le tolérer où que cela se produise dans le monde. Nous devons être clairs à ce sujet »
Toujours selon le média anglais social-libéral, les allégations de David Lammy marquent le début de la rupture de l’aide britannique au profit du Rwanda poursuivie par les précédents gouvernements travaillistes et conservateurs.
Le silence complice de l’ONU et de l’UA
Cependant, les M23 et les RDF ont avancé dans leur plan de conquérir les territoires en RDC. À présent, ils contrôlent Goma à 80% en dépit d’une présence des militaires congolais au nord de la ville de plus de deux millions d’habitants. Des centaines de milliers de personnes ont été et plus d’un demi-million se sont déplacés et vivent dans des conditions humainement déplorables.
Avant l’invasion de Goma, Kinshasa a saisi la présidence de l’Organisation des Nations unies (ONU) au regard de l’aggravation de la situation déjà critique. Bien que le Conseil onusien reconnaît la présence de l’armée rwandaise — ce qui consiste une violence de la Charte de l’ONU — mais reste en même temps passif et se refuse de sanctionner le Rwanda, alors que dans le même cas de figure, il a adopté des mesures punitives vis-à-vis de la Russie pour son invasion en Ukraine.
Ainsi en est-il pour l’Union africaine (UA), elle qui prétend œuvrer pour la promotion de la démocratie, de droits humains et du développement à travers l’Afrique. Ce qui étonne, c’est qu’elle refuse même de reconnaître le M23 comme un groupe rebelle, alors que plusieurs rapports crédibles, dont certains onusiens, reconnaissent l’activisme de ce groupe rebelle ainsi que l’appui logistique direct qu’il reçoit des autorités rwandaises. Pour elle, le M23 n’est qu’une « opposition politico-militaire. »
« Le Rwanda continue de violer ouvertement et sans scrupule les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies ainsi que les accords régionaux. Pire, ces agissements se déroulent dans une impunité totale, et ce, avec un mépris manifeste des règles internationales et des valeurs que ces institutions sont censées défendre. Cette attitude arrogante, qui ne cherche même plus à masquer ses forfaits, est une provocation inacceptable à l’égard de notre souveraineté et de la stabilité régio-nale », a haussé le Président congolais Félix Tshisekedi dans son adresse à la Nation mercredi et qui promet une riposte contre les M23/RDF.
Une guerre par procuration
Pour de nombreux observateurs politiques, il ne s’agit que d’une guerre par procuration dans laquelle Kigali ne serait qu’un pion dans un jeu beaucoup plus vaste. Le Nord-Kivu, province orientable congolaise qui a Goma comme chef-lieu, regorge plusieurs minerais critiques : l’étain (cassitérite), le tungstène (wolframite) et le tantale (coltan) sont des minéraux collectivement désignés sous le vocable « 3T » sont utilisés pour la fabrication des téléphones, ordinateurs, des batteries… D’où l’intérêt d’entretenir cette région dans une instabilité afin de faciliter l’évacuation illicite de ces minéraux via le Rwanda et garantir la productivité des multinationales telles que Apple.
Cette situation laisse perplexe plusieurs députés de l’Union européenne (UE) qui poussent le Parlement européen à résilier le partenariat avec Kigali sur les minerais critiques dont il ne dispose pas dans son sous-sol.
Odon Bakumba
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