Passeport léopard (9/12) : ceux qui disent non, ou pas encore
Kalimuendo se sent bien avec les Bleus, Banzuzi a choisi les Pays-Bas, Bitshiabu garde les yeux vers la France : tous les fils du Congo ne reviennent pas. Anatomie des refus, et de ce que la RDC peut en apprendre.
La reconquête a ses revers. Pour chaque binational qui embrasse le maillot léopard, un autre décline, hésite, ou choisit ailleurs. Ces refus, et ces silences qui s’éternisent, font partie du même mouvement que les « oui » qui ont changé le visage des Léopards : ils rappellent que la RDC ne gagne pas tous ses dossiers, et que le cœur ne penche pas toujours vers Kinshasa. Les regarder en face, c’est mesurer les limites de la stratégie diaspora, et comprendre ce qu’il faudrait pour les repousser.
Kalimuendo, le penchant pour les Bleus
Le cas d’Arnaud Kalimuendo est le plus net. Né en 2002 à Suresnes, en région parisienne, d’origine congolaise, l’attaquant formé au Paris Saint-Germain compte vingt-deux sélections et cinq buts chez les Espoirs français, avec lesquels il a disputé l’Euro des moins de 21 ans en 2023 et le tournoi olympique. Éligible aux Léopards comme aux Bleus, il n’a jamais tout à fait fermé la porte à la RDC, mais son penchant est clair. Lors d’un premier séjour au Congo, présenté comme une découverte, il reconnaissait : « C’est la première fois que je viens au Congo. » Interrogé sur son avenir international, il renvoyait la décision à plus tard tout en laissant transparaître son inclination : le choix, expliquait-il, se prend au jour le jour, au feeling, et il se sent bien avec la sélection française.
Une déclaration d’amour à peine voilée à la France, chez un joueur que la RDC courtise pourtant. Le média de vérification Congo Check a d’ailleurs dû rappeler qu’il n’avait, à ce jour, donné aucun accord aux Léopards. Entre l’intérêt affiché de Kinshasa et le confort d’un joueur installé dans le circuit tricolore, l’écart reste entier.
Banzuzi, le choix assumé des Pays-Bas
Ezechiel Banzuzi, lui, a tranché plus franchement. Né en 2005 aux Pays-Bas, doté de la double nationalité néerlandaise et congolaise, le milieu a rejoint le RB Leipzig à l’été 2025 pour un montant proche de quinze millions d’euros, l’un des plus beaux transferts de sa génération. Sollicité par la RDC, il a préféré répondre à l’appel des Pays-Bas, le pays où il a grandi et éclos, et où il compte déjà une dizaine de sélections chez les espoirs. Il a privilégié un projet sportif et un environnement qu’il jugeait plus propices à son développement, laissant la RDC sur le carreau malgré une éligibilité intacte.
Son cas illustre une vérité inconfortable : à talent égal, une grande nation européenne offre souvent une vitrine que les Léopards ne peuvent pas encore égaler. Le choix de Banzuzi n’est pas un reniement, c’est un calcul de carrière, et c’est bien ce qui le rend difficile à contrer.
D’autres restent dans un entre-deux qui ressemble à un refus poli. El Chadaille Bitshiabu, défenseur passé par le Paris Saint-Germain et lui aussi au RB Leipzig, champion d’Europe des moins de 17 ans avec la France, garde pour l’instant les yeux tournés vers les Bleus. Ni oui, ni non : chez ces joueurs très courtisés, l’attente tient souvent lieu de réponse, et le temps qui passe joue rarement en faveur de Kinshasa. Chaque saison qui avance rapproche un peu plus la cape officielle qui refermera le dossier.
Ce que les refus disent du rapport de force
Ces refus disent quelque chose du rapport de force. Face aux grandes nations, la RDC part souvent avec un handicap : le niveau de la sélection, la stabilité du projet, la lumière médiatique, le confort d’un environnement connu. Un joueur né et formé en Europe, promis aux sélections d’un pays du top mondial, n’a pas toujours de raison strictement sportive de choisir les Léopards. C’est précisément là que la RDC aurait à méditer ce que le Maroc et le Sénégal ont réussi : créer le lien tôt, entretenir l’attachement, et faire de la sélection un projet désirable avant que le confort ne fasse pencher la balance.
L’honnêteté commande de le reconnaître : certains fils du Congo ne reviendront pas. Non par reniement, mais par calcul, par habitude, ou faute d’un lien assez fort. Reste que rien n’est jamais tout à fait clos. Un non d’aujourd’hui n’interdit pas un oui de demain, à condition de n’avoir jamais coupé le fil. La reconquête, ici, se mesure autant aux portes qui se ferment qu’à celles que l’on laisse entrouvertes.
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