Lithium de Manono : la première mine congolaise entre en scène, entre souveraineté et dépendance
La première mine de lithium de la RDC, à Manono, doit entrer en service en 2026 sous conduite chinoise. Décryptage : un pari industriel à contre-courant du marché, entre ambition de transformation locale et export brut.

Lithium de Manono : la première mine congolaise entre en scène, entre souveraineté et dépendance
AFP
À Manono, dans le Tanganyika, la terre a déjà nourri un siècle d’histoire minière, celle de l’étain. Elle s’apprête à en écrire une autre, celle du lithium. La coentreprise formée par le chinois Zijin Mining et l’entreprise publique Cominière annonce la mise en service de la première mine de lithium du pays pour le 30 juin, quand le ministre des Mines, lui, évoque une première production commerciale « au cours du second semestre 2026 ». Après des années d’annonces, le métal de la transition énergétique entre enfin en scène en RD Congo.
L’enjeu est colossal. Le gisement de Manono est considéré comme l’un des plus grands gisements de lithium en roche dure au monde. Le seul bloc nord-est, exploité par Zijin (54,9 %) et la Cominière, recèle des ressources estimées à 6,47 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium. Pour un investissement d’environ un milliard de dollars, le projet vise 120 000 à 130 000 tonnes par an à pleine capacité, soit près de 5 % de l’offre mondiale de lithium minier à l’horizon 2028, et promet quelque 1 500 emplois directs.
Le pari est d’autant plus frappant qu’il se joue à contre-courant du marché. Depuis son pic de 2022, le prix du spodumène, le concentré de lithium, a chuté de plus de 80 %, miné par une surproduction mondiale. Zijin ne mise pas sur le cours du jour mais sur le long terme et sur l’intégration verticale : la Chine domine déjà le raffinage du lithium et la fabrication des batteries, et entend sécuriser la matière première à la source.
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C’est précisément là que le bât blesse pour Kinshasa. À la DRC Mining Week, mi-juin à Lubumbashi, le ministre Louis Watum Kabamba a martelé la nouvelle doctrine : « La RDC ne peut plus être uniquement un pays d’extraction. Elle veut devenir un pays de transformation, d’innovation, de création de valeur. » Le gouverneur du Haut-Katanga a même annoncé une usine d’assemblage de batteries pour véhicules électriques, dans la zone économique spéciale RDC-Zambie. Le problème : le lithium de Manono partira d’abord sous sa forme la plus brute, du sulfate de lithium, exporté par la route vers Kalemie, puis vers le port tanzanien de Dar es Salaam. La transformation sur place reste, pour l’heure, un discours.
Derrière la mine se joue aussi une partie géopolitique. En 2023, l’État a retiré son permis à l’australien AVZ Minerals, qui exploitait jusque-là le projet, pour le confier à la Cominière puis à Zijin. AVZ n’a pas désarmé : la compagnie poursuit la RDC devant le tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale et a fait condamner la Cominière à 39,1 millions d’euros par la Chambre de commerce internationale. En coulisses, l’américain KoBold Metals, soutenu par Bill Gates et Jeff Bezos, lorgne le bloc sud du gisement, sans pouvoir avancer faute d’accord de Kinshasa. Le lithium de Manono est ainsi devenu un terrain de la rivalité minière entre Washington et Pékin.
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Reste l’épreuve des infrastructures, nerf de la guerre. Pour évacuer et alimenter la mine, il a fallu réhabiliter la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, portée à 40 mégawatts, lancer la réfection de la route de 440 kilomètres vers Kalemie et bâtir un port industriel sur le lac Tanganyika, attendu fin 2026. Autant de chantiers qui conditionnent la montée en cadence et rappellent que, dans le Congo profond, une mine ne vaut que par les routes qui la relient au monde.
La première tonne de lithium congolais sera donc un symbole à double tranchant. Elle marquera l’entrée du pays dans la chaîne mondiale des batteries, mais sous pavillon largement chinois, sur un marché déprimé, et sous forme brute. Entre la souveraineté affichée et la dépendance réelle, Manono dira, dans les mois qui viennent, de quel côté penche vraiment la balance.
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