Santé Ebola en RDC: une enquête de terrain fait remonter le début de l’épidémie à janvier, quatre mois avant la déclaration officielle
Ebola

Ebola en RDC: une enquête de terrain fait remonter le début de l’épidémie à janvier, quatre mois avant la déclaration officielle

Une enquête relayée par la revue Science situe les premiers foyers de la 17e épidémie d’Ebola en janvier 2026 à Mongbwalu, en Ituri, soit quatre mois avant la déclaration du 15 mai. Ses auteurs estiment à plus de 500 le nombre de cas suspects survenus dans l’intervalle.

Soignants de la riposte contre Ebola à Bunia, en Ituri, impayés depuis le 15 mai 2026

Ebola en RDC: une enquête de terrain fait remonter le début de l’épidémie à janvier, quatre mois avant la déclaration officielle
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:13 WAT · 6 min de lecture

La dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo a été déclarée le 15 mai 2026. Une enquête de terrain relayée le 30 juillet par la revue Science situe ses premiers foyers en janvier 2026, dans la cité minière de Mongbwalu, en Ituri. Entre les deux dates, ses auteurs estiment que plus de 500 cas suspects sont survenus.

L’analyse n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture. Elle a été menée par trois chercheurs, financée par l’Organisation mondiale de la santé, et repose sur 97 entretiens conduits à Mongbwalu et dans ses environs entre le début de l’épidémie et sa déclaration.

Comment quatre mois ont été reconstitués

Les 97 personnes interrogées sont des soignants, des responsables communautaires, des survivants, des proches de victimes, des fabricants de cercueils et des gardiens de cimetière. À ces entretiens, l’équipe a ajouté des dossiers médicaux, des photographies, des échanges WhatsApp, des notes de médecins et des biographies lues lors des funérailles, pour identifier des décès et des symptômes compatibles avec la maladie.

Le tableau qui en ressort décrit une transmission déjà installée avant toute reconnaissance officielle : plusieurs chaînes de contamination familiale, des décès de soignants, la fermeture de certaines structures sanitaires privées, et un cimetière enregistrant jusqu’à vingt enterrements par jour. Le coût pour les premières lignes est chiffré : treize agents, parmi lesquels des infirmiers, des sages-femmes et des volontaires de la Croix-Rouge, seraient décédés avant la déclaration du 15 mai, et quarante-deux autres seraient tombés malades avant de guérir.

Pourquoi l’alerte n’est pas partie

Les auteurs avancent plusieurs raisons, et aucune ne relève de la dissimulation par les autorités. Les habitants ont d’abord attribué les premiers décès à d’autres causes : le VIH, la tuberculose, les conditions de travail dans les mines artisanales d’or, ou des explications d’ordre mystique. Une maladie qui tue dans une cité minière où l’on meurt déjà ne déclenche pas de signal.

Les chercheurs décrivent ensuite ce qu’ils appellent une « culture du secret » qui a freiné la remontée de l’information : de nombreux habitants préféraient les cliniques privées, et certaines structures auraient hésité à signaler des cas par crainte d’être tenues pour responsables ou sanctionnées.

Ces constats rejoignent l’explication déjà donnée par les autorités sanitaires elles-mêmes. Le rapport de situation de l’Institut national de santé publique écrivait, à propos du démarrage de la flambée, que « la détection tardive de l’épidémie s’explique notamment par le faible accès aux soins dans la région de l’Ituri et par des outils diagnostiques principalement adaptés à l’espèce Zaïre du virus Ebola ». La souche en cause dans cette flambée est Bundibugyo, pour laquelle les tests de terrain étaient moins disponibles.

Ce que quatre mois changent

La chronologie officielle antérieure reposait sur les analyses génétiques, qui situaient les premiers cas vers la mi-mars 2026. Le biologiste évolutionniste Andrew Rambaut, auteur de ces travaux, juge un début en janvier plausible, en relevant que peu de séquences virales provenant de Mongbwalu étaient disponibles.

L’effet sur la riposte est ce que les épidémiologistes soulignent. « Si l’épidémie avait pu être contenue à Mongbwalu, il aurait été beaucoup plus facile de la contrôler », déclare à Science Manuel Albela, épidémiologiste de Médecins sans frontières, en mission dans la localité.

Le décompte actuel donne la mesure de ce qui s’est joué depuis. Le rapport de situation du gouvernement et de l’INSP publié le 26 juillet fait état de 3 200 cas confirmés et 1 405 décès, soit une létalité de 43,9 % contre 14,9 % au 31 mai. L’Ituri concentre l’essentiel des cas, et le virus s’est étendu au Nord-Kivu, au Haut-Uélé, à la Tshopo et au Sud-Kivu.

Le rythme, lui, est sans précédent connu. L’OMS a établi que cette flambée s’est propagée plus rapidement que toutes les épidémies précédentes. Son porte-parole Christian Lindmeier rappelait la référence : « À titre de comparaison, l’épidémie d’Ebola de 2018-2019 en RDC avait mis plus de dix mois pour atteindre les 2 000 cas confirmés. » Il résumait l’enjeu en trois mots : « Chaque retard coûte des vies. »

La séquence de mai, jour après jour

Le passage du silence à la déclaration tient en une semaine. Début mai, Médecins sans frontières reçoit une alerte anonyme émanant de médecins. Le 8 mai, le médecin-chef de la zone de santé de Mongbwalu reconnaît dans un média local des « événements inhabituels », tout en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une épidémie, faute de symptômes similaires. Le 15 mai, les autorités congolaises déclarent officiellement la dix-septième épidémie d’Ebola du pays.

Ce qui reste à établir

L’enquête n’a pas encore franchi l’étape de la publication scientifique évaluée par les pairs, et ses estimations de plus de 500 cas suspects entre la mi-janvier et le 15 mai ne sont pas des cas confirmés en laboratoire. L’OMS, qui l’a financée, précise qu’elle ne visait pas à identifier un patient zéro mais à comprendre les débuts de l’épidémie du point de vue des communautés concernées : le foyer initial, situé hors de Mongbwalu, n’est donc pas nommé.

Le nombre de décès survenus avant le 15 mai n’est pas intégré aux bilans officiels, aucune autorité n’a indiqué si une révision rétrospective du décompte est envisagée, et aucune évaluation publique n’a été rendue sur le fonctionnement de la surveillance épidémiologique à Mongbwalu entre janvier et mai.

Ces questions sont adressées à l’Institut national de santé publique, au ministère de la Santé, à la division provinciale de la santé de l’Ituri et au bureau de l’OMS en RDC.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…