Maintien des troupes rwandaises en RDC : Paul Kagame défie-t-il ouvertement la Maison Blanche ?
Le président rwandais Paul Kagame | ©️ droit tiers
AFP
Paul Kagame n’a pas seulement surpris en confirmant des liens entre l’ancien président congolais Joseph Kabila avec les rebelles de l’AFC/M23. Dans une longue interview à Jeune Afrique, le président rwandais a réaffirmé son refus de retirer les dispositifs militaires rwandais dans l’Est de la République démocratique du Congo, malgré les engagements diplomatiques pris ces derniers mois.
« Nous refusons de lever les mesures défensives, que ce soient les troupes, ou quoi que ce soit d’autre. Ce que nous appelons mesures défensives. Et selon votre logique, pourquoi, alors qu’il y a une menace contre moi, me demandez-vous de lever mes mesures défensives sans pour autant gérer cette menace ? Quelle est la logique ? », a-t-il déclaré, plein d’assurance.
Cependant, ce refus place Kigali dans une mauvaise posture étant donné qu’il avait souscrit à un accord conclu à Washington, censé favoriser la désescalade dans l’Est de la RDC, notamment à travers le retrait des troupes étrangères et la réduction des tensions militaires. Ce refus constitue une entorse manifeste aux engagements pris.
Le Rwanda maintient systématiquement une présence militaire sur le territoire congolais et soutient les rebelles du M23/AFC, bien qu’il continue de contester en avant de faux prétextes des « mesures défensives ». En maintenant ses positions, Paul Kagame semble ainsi opposer une interprétation unilatérale de l’accord, centrée sur la notion de menace sécuritaire, à la logique de désengagement attendue par la communauté internationale.
Des sanctions américaines en réponse au blocage
Ce différend a récemment franchi un cap avec l’imposition de sanctions par les États-Unis contre Kigali. Washington reproche au Rwanda de ne pas avoir respecté ses engagements de retrait et d’entretenir une instabilité persistante dans la région. Ces mesures ciblées traduisent un durcissement du ton américain face à ce qui est perçu comme un blocage du processus de paix. Elles interviennent après plusieurs avertissements restés sans effet, notamment sur la nécessité de retirer les troupes rwandaises du sol congolais.
Dans ce contexte, l’accord de Washington apparaît de plus en plus fragilisé. Entre accusations croisées, sanctions internationales et divergences d’interprétation, sa mise en œuvre reste incertaine. Le maintien des troupes rwandaises dans l’Est de la RDC, désormais assumé au plus haut niveau, pose une question centrale : assiste-t-on à une remise en cause ouverte des engagements diplomatiques, ou à l’expression des limites d’un accord confronté à des réalités sécuritaires complexes ?
Odon Bakumba
