RDC : 756 cas et 27 décès de choléra à Popokabaka, dans une province absente du plan national
MSF a enregistré 756 cas et 27 décès à Popokabaka entre le 1er juin et le 24 août 2026. Le Kwango ne figure dans aucune des 39 zones endémiques du plan national d'élimination du choléra.
Photo d'illustration. Tente de traitement du choléra en RDC. © BETO
AFP
Les services épidémiologiques de Médecins sans frontières ont enregistré 756 cas de choléra et 27 décès dans la zone de santé de Popokabaka, province du Kwango, entre le 1er juin et le 24 août 2026. Un centre de traitement a été aménagé à l’hôpital général de référence, et quatre unités de traitement ont été décentralisées dans des structures périphériques pour rapprocher les soins des malades.

Vingt-sept morts sur 756 cas donnent une létalité de 3,57 %. L’Organisation mondiale de la santé fixe la référence à un autre niveau : dans sa fiche d’information sur le choléra mise à jour le 5 décembre 2024, elle écrit que le taux de létalité « devrait rester inférieur à 1 % » dans les centres de traitement. Le manuel de riposte du groupe de travail mondial précise ce qu’un dépassement signale : un accès insuffisant aux structures de santé, un recours tardif aux soins, une prise en charge inadéquate, ou les trois à la fois.
Le Kwango ne figure pas parmi les 39 zones que l’État a désignées
Le plan stratégique multisectoriel d’élimination du choléra en République démocratique du Congo, qui couvre la période 2023-2027, énonce sa méthode dès ses premières pages : « L’élimination du choléra en RDC repose sur l’identification des 39 Zones endémiques Priorité 1s (type A et type B) situées toutes dans la partie Est du Pays ». Les provinces retenues comme touchées pour la période 2017-2021 sont le Tanganyika, le Sud-Kivu, le Nord-Kivu, le Kasaï-Oriental, le Kongo-Central, le Haut-Katanga, le Haut-Lomami et le Maï-Ndombe. Le Kwango n’y est pas.
Ce n’est pas un oubli de forme. Le plan fixe des objectifs différenciés selon la géographie : moins de 500 cas confirmés par an pour 100 000 habitants dans les provinces de l’Est, contre moins de 50 par an pour un million d’habitants dans celles de l’Ouest. Le Kwango relève du second régime, celui des provinces où le choléra n’est pas censé circuler.
Le point d’étape de l’OMS arrêté au 31 mai 2026 recensait dix-sept provinces touchées, sans citer le Kwango. La description de l’année 2025 publiée par l’Institut national de santé publique, qui totalise 71 922 cas et 2 024 décès, situe l’épidémie à l’Est, le long du fleuve Congo et autour des lacs intérieurs, avec quelques cas en Équateur, au Kasaï-Oriental, à Kinshasa et au Kongo-Central. Le Kwango n’apparaît dans aucun de ces documents.
L’écart que cette absence produit se mesure. Sur les quatre semaines qui ont précédé le 9 août 2026, l’OMS a relevé une létalité de 1,31 % dans les provinces endémiques et de 8,05 % dans les provinces non endémiques, six fois plus. Une province non endémique est une province sans centres de traitement préexistants, sans stocks avancés, sans personnel entraîné à la réhydratation massive, et souvent sans réflexe de recours précoce chez les malades. Le choléra tue peu quand on le traite tôt. Il tue beaucoup là où personne ne l’attendait.
Deux mois de comptages qui ne se recoupent pas
L’épidémie a été déclarée le 25 juin 2026 par le gouvernement provincial, après confirmation par l’Institut national de recherche biomédicale. « Considérant que le seuil épidémique du choléra est atteint dès la confirmation d’un seul cas positif, le Gouvernement provincial du Kwango déclare officiellement l’épidémie de choléra dans la zone de santé de Popokabaka », énonçait alors le gouverneur intérimaire Fidèle Caumba Tshisepu. Le bilan était de 136 cas et 10 décès. Les premières alertes sanitaires remontaient au 24 mai.
Deux mois plus tard, le chef de la division provinciale de la santé du Kwango donnait un autre périmètre. « Voici les données actualisées depuis le début de l’épidémie jusqu’au 19 août 2026 : un cumul de 1 532 cas, dont 102 décès, pour trois zones de santé touchées, notamment celles de Boko, Popokabaka et Kasongo-Lunda », déclarait Jacques Kimfuta. Sur une province de 2,69 millions d’habitants et quatorze zones de santé, trois sont désormais atteintes, et la létalité provinciale ressort à 6,66 %. À Boko, quarante décès pour 198 cas portent ce taux à plus de 20 %.
Les deux décomptes de Popokabaka ne partent pas de la même date : 744 cas et 25 décès depuis le 24 mai pour la division provinciale, 756 cas et 27 décès depuis le 1er juin pour MSF. Ils convergent sur l’ordre de grandeur. En revanche, les 94 décès annoncés par la même division le 27 juillet pour 640 cas se concilient mal avec les 102 décès du 19 août alors que les cas avaient plus que doublé.
Le chef de la division provinciale attribue la reprise des décès à Kasongo-Lunda mi-août à « une rupture des intrants de prise en charge et d’un manque d’appropriation des mesures de prévention par la communauté ». Le médecin chef de cette zone de santé, Anaclet Nkinzi, avait alerté dès le 4 août sur l’épuisement imminent des stocks fournis par le gouvernement central et sur le facteur qui entretient l’épidémie : « La desserte en eau potable pose également problème ». À Popokabaka, la population puise son eau dans la rivière Lwayi, où se font aussi la lessive, la vaisselle et le bain des enfants. C’est déjà cette eau que MSF avait mise en cause en 2021, lors d’une épidémie de fièvre typhoïde dans la même zone de santé.
Le 12 août, l’UNICEF a décrit une flambée régionale qui circule le long du bassin du fleuve Congo, entre la RDC, le Congo-Brazzaville et la Centrafrique, et demandé quinze millions de dollars supplémentaires. « Cette flambée n’est plus limitée par les frontières », a déclaré son directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou. À Kasongo-Lunda, la division provinciale signale une importation de cas depuis l’Angola voisin.
Au niveau national, l’épidémie recule : 39 483 cas suspects et 1 173 décès entre les semaines 1 et 32 de 2026, contre 46 661 cas et 1 412 décès sur la même période de 2025, soit 15,38 % de cas en moins. La létalité nationale, elle, reste à 2,97 %, presque trois fois le seuil de l’OMS. Le recul du nombre de cas et la persistance de la mortalité désignent le même point : ce n’est pas la circulation du germe qui tue, c’est la distance aux soins.
Trois éléments manquent pour boucler le dossier. La date d’inscription du Kwango dans la liste nationale des provinces en épidémie, si elle a eu lieu. Le plan de riposte national dédié à cette province, avec son budget et son calendrier. Et l’éventuel déploiement du vaccin oral contre le choléra au Kwango, dont aucune campagne n’est documentée en 2026, alors que la RDC s’est vu allouer 6,1 millions de doses en vaccination préventive.
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