Marche du 22 juillet: deux motifs de restreindre les rassemblements à Kinshasa
Une mesure sanitaire du document Ebola obtenu par BETO et une interdiction d'ordre public à Lubumbashi resserrent l'espace des rassemblements à deux semaines de la marche de la C64. Deux logiques distinctes qui convergent dans le calendrier.
Marche du 22 juillet: deux motifs de restreindre les rassemblements à Kinshasa
AFP
À deux semaines de la marche de la C64 vers le Palais de la Nation, l’espace des rassemblements se resserre en RDC, sur deux fondements distincts. L’un est sanitaire, l’autre relève de l’ordre public.
Le premier figure dans un document du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, obtenu par BETO. Daté du 4 juillet, il enjoint aux gouverneurs de Kinshasa, de la Tshopo, du Haut-Uele et du Bas-Uele de « limiter les attroupements de masse », parmi cinq mesures d’urgence contre Ebola. La consigne relève de la préparation : la capitale n’est pas un foyer confirmé de l’épidémie, dont l’épicentre reste l’Ituri, avec deux cas détectés à Kisangani.
Le second motif est déjà à l’œuvre à Lubumbashi. L’adjoint au maire, Patrick Kafwimbi Mumamba, a interdit « jusqu’à nouvel ordre » toute marche, manifestation ou réunion tenue hors des sièges des partis. « Dans le souci de préserver l’ordre public, la quiétude sociale ainsi que le bon usage des espaces publics de la ville de Lubumbashi », toute manifestation publique « est interdite sur toute l’étendue de la ville », indique le communiqué. La mairie situe elle-même sa décision dans le contexte de l’appel de la C64 à des marches dans plusieurs villes.
À Kinshasa, le dispositif se met en place. Le commissaire provincial de la police, Israël Kantu Bakulu, a réuni son commandement pour préparer l’encadrement des manifestations annoncées et a promis des sanctions contre tout policier auteur de violences. Les autorités provinciales ont, de leur côté, dit vouloir encadrer la marche du 22 juillet.
Les deux logiques ne se confondent pas. L’interdiction de Lubumbashi et la posture de la police reposent sur l’ordre public. La mesure du document Ebola repose sur la santé publique. Mais elles convergent dans le temps : le texte du vice-Premier ministre confère au gouverneur de Kinshasa un fondement sanitaire pour restreindre les rassemblements, au moment où l’opposition prépare sa plus grande mobilisation. À ce jour, aucune autorité n’a publiquement invoqué Ebola pour limiter la marche.
La C64, elle, maintient son rendez-vous. La coalition a confirmé son appel à marcher le 22 juillet vers le Palais de la Nation pour réclamer la démission du chef de l’État, Félix Tshisekedi. Deux calendriers se superposent désormais à Kinshasa : celui de l’épidémie et celui de la contestation.