À Goma, l’AFC/M23 s’empare de l’école et coupe la jeunesse congolaise de Kinshasa
Examens supervisés, bulletins imposés, frais de scolarité, universités sommées de rompre avec Kinshasa : le rapport de l'ONU décrit la mainmise de l'AFC/M23 sur l'école congolaise.
À Goma, l’AFC/M23 s’empare de l’école et coupe la jeunesse congolaise de Kinshasa
AFP
Des bulletins scolaires frappés d’un nouveau sceau ont circulé dans les établissements de Goma à la rentrée. Ce détail administratif dit une ambition beaucoup plus vaste. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, documente la manière dont l’AFC/M23 a pris la main sur le système éducatif dans les zones qu’elle contrôle, des salles d’examen jusqu’aux amphithéâtres universitaires. La cible, c’est le lien qui rattache la jeunesse de l’Est à l’État congolais.
Le rapport range cette prise de contrôle parmi les fonctions régaliennes usurpées. Dans son corps, en page 11, les experts écrivent que l’AFC/M23 « a également annoncé des réformes du système éducatif et a ordonné aux universités de rompre les liens avec Kinshasa (voir annexe 13) ». La formule est sobre. Sa portée ne l’est pas. Des réformes scolaires décrétées, des universités sommées de rompre avec Kinshasa, c’est prétendre légiférer sur la fabrique des esprits, une prérogative qui appartient à l’État et à lui seul.
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L’annexe 13 du même rapport détaille les gestes concrets de cette mainmise. Les experts y écrivent, sous le titre consacré à l’ingérence dans les affaires éducatives, que l’AFC/M23 « oversaw state exams in schools, introduced new report cards and school fees, and announced reforms to the educational system in areas under its control », soit qu’elle a supervisé les examens d’État dans les écoles, introduit de nouveaux bulletins scolaires et de nouveaux frais de scolarité, et annoncé des réformes du système éducatif dans les zones sous son contrôle. Superviser un examen d’État, c’est s’arroger le droit de délivrer les titres qui ouvrent les portes de l’administration et de l’université. C’est produire une génération de diplômés dont le parchemin ne vaut que sur le territoire tenu par le groupe armé.
Les bulletins et les frais ne sont pas des tracasseries de bureau. Ils installent un circuit parallèle. Le bulletin frappé du sceau de l’AFC/M23 remplace le document reconnu par le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique. Les frais imposés détournent vers le groupe armé une contribution que les familles versaient jusqu’ici dans le cadre de l’État. À chaque étape, la jeunesse et ses parents sont poussés à traiter avec l’occupant plutôt qu’avec la République.
Le volet universitaire est le plus explicite. Toujours dans l’annexe 13, le rapport indique que « AFC/M23 also ordered universities to severe ties with the Congolese Ministry of Higher and University Education in Kinshasa », c’est-à-dire que l’AFC/M23 a aussi ordonné aux universités de rompre leurs liens avec le ministère congolais de l’Enseignement supérieur et universitaire à Kinshasa. L’ordre vise le cœur institutionnel de la tutelle. Couper une université de son ministère, c’est la priver de l’accréditation nationale, de la reconnaissance de ses diplômes et de son inscription dans l’ordre juridique congolais.
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La ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire a condamné ces mesures. Le rapport renvoie, dans ses notes de bas de page, à la réaction publique du ministère face aux décisions du groupe armé. Cette condamnation pose le décor du conflit de souveraineté. D’un côté, un État qui continue de délivrer les titres reconnus par tous les partenaires du pays. De l’autre, une administration de fait qui fabrique ses propres papiers et somme les recteurs de choisir leur camp.
L’enjeu dépasse la seule année scolaire. En captant l’école et l’université, l’AFC/M23 vise le temps long. Le rapport situe cette offensive dans une stratégie de gouvernement durable des territoires conquis, où le groupe armé remplace les autorités coutumières, réforme les entités administratives, promulgue des lois foncières et contrôle les entrées et sorties comme un État souverain. L’éducation est la pièce qui manquait à cet édifice. Elle sert à former, dès l’enfance, des administrés qui ne connaîtront plus Kinshasa que comme une capitale lointaine.
Rien dans le rapport ne relève de la rumeur. Chaque affirmation est attribuée et sourcée. Les mesures décrites forment un système cohérent, qui va du bulletin de l’écolier au diplôme du licencié. Pour Kinshasa, la bataille de l’Est se joue aussi dans les salles de classe, et le Groupe d’experts, en versant ces éléments à la cote S/2025/858, en confie l’examen au Conseil de sécurité.
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