Diaspora Afrique du Sud : la poussée anti-migrants qui met en alerte la diaspora congolaise

Afrique du Sud : la poussée anti-migrants qui met en alerte la diaspora congolaise

En Afrique du Sud, l'hostilité anti-migrants bloque jusqu'aux hôpitaux. La diaspora congolaise y est exposée, comme tous les étrangers. Kinshasa dit veiller par un dispositif consulaire renforcé.

Afrique du Sud : la poussée anti-migrants qui met en alerte la diaspora congolaise
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 15:45 WAT · 5 min de lecture

Le climat s’est durci pour les étrangers d’Afrique du Sud, et les Congolais n’y échappent pas. Depuis 2025, le mouvement anti-migrants Operation Dudula multiplie les actions de terrain, jusqu’à empêcher des personnes jugées étrangères d’accéder aux services publics. Au 25 août 2025, selon le quotidien Daily Maverick, ce mouvement bloquait l’entrée d’au moins 53 cliniques à travers le pays, exigeant des passeports avant l’accès aux soins. Le 4 novembre 2025, la Haute Cour de Johannesburg lui a interdit de bloquer hôpitaux et écoles, ou de réclamer des pièces d’identité aux usagers. Le mouvement a annoncé faire appel deux jours plus tard.

L’accalmie n’a pas duré. Dans un rapport publié le 20 mai 2026, Human Rights Watch documente une nouvelle vague de marches et de violences xénophobes dans plusieurs villes, dont l’agression de commerçants étrangers à Durban le 17 avril 2026 et la mort d’un ressortissant malawien. L’organisation rappelle que ces groupes ont, à plusieurs reprises, privé des étrangers d’accès à la santé et à l’éducation. La chercheuse de Human Rights Watch pour l’Afrique du Sud, Nomathamsanqa Masiko-Mpaka, a mis les autorités face à leur responsabilité. « The authorities should not allow vigilante groups to violently target foreign nationals and instead need to protect them », déclarait-elle, soit, en français, « les autorités ne devraient pas laisser des groupes d’autodéfense s’en prendre violemment aux ressortissants étrangers, elles doivent au contraire les protéger ».

Le nombre de Congolais vivant en Afrique du Sud reste difficile à établir. Aucun chiffre officiel récent ne permet de le dire avec certitude. Le pays comptait en 2025, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 167 000 réfugiés et demandeurs d’asile, la République démocratique du Congo figurant parmi les principaux pays d’origine, aux côtés du Burundi, de la Somalie et du Zimbabwe. La communauté est ancienne et nombreuse. La ministre d’État congolaise aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, l’a rappelé devant l’Assemblée nationale le 8 mai 2026. « L’Afrique du Sud accueille l’une des plus importantes communautés congolaises du continent. Des milliers de nos compatriotes y vivent, y travaillent, y étudient et contribuent à la vie économique et sociale de leur pays d’accueil », a-t-elle déclaré.

La part proprement congolaise de ces violences reste difficile à établir. Les grands reportages sud-africains recensent des victimes de nationalités diverses, sans dresser de bilan congolais. Du côté de Kinshasa, le gouvernement a fait état de quatre ressortissants congolais agressés à Durban début mai 2026, avec des dégâts matériels, mais sans perte de vie. « À ce stade, aucun décès de ressortissant congolais n’a heureusement été enregistré », assurait la ministre d’État le 8 mai. Ces éléments émanent de la partie congolaise et engagent sa communication. Ce qui est établi, en revanche, c’est que les Congolais partagent l’exposition de tous les étrangers à une hostilité qui ne fait pas de tri par nationalité.

Face à cette situation, le gouvernement congolais a mis en avant sa réponse. La ministre d’État a détaillé un dispositif de veille consulaire renforcé, animé par l’ambassade à Pretoria, avec des lignes d’urgence, un recensement des victimes et une concertation avec d’autres représentations africaines sur place. Tous les compatriotes ne s’en sont pas satisfaits. Une partie de la diaspora a reproché à sa représentation diplomatique une réaction jugée trop prudente, limitée à des consignes de confinement volontaire. La tension entre l’inquiétude des ressortissants et les moyens réels d’une ambassade est, ici, au cœur du sujet.

Cette séquence se lit aussi sur fond de relations bilatérales éprouvées. En janvier 2025, l’Afrique du Sud avait perdu quatorze de ses militaires dans l’est de la République démocratique du Congo, dont treize dont la mort avait été annoncée le 29 janvier par le président sud-africain Cyril Ramaphosa. Ces soldats étaient engagés dans la mission de la Communauté de développement d’Afrique australe, la SAMIDRC, dont le bloc régional a décidé le retrait le 13 mars 2025. Kinshasa et Pretoria restent liés par une histoire longue, où la solidarité militaire d’hier et la protection des diasporas d’aujourd’hui s’entremêlent.

Pour Kinshasa, la vulnérabilité de sa diaspora en Afrique du Sud impose une lecture prudente. Il faut distinguer ce qui est prouvé, les blocages de cliniques, la décision de justice, les agressions documentées, de ce qui relève des seules déclarations officielles, le nombre de victimes congolaises ou l’efficacité du dispositif consulaire. La communauté congolaise n’est pas visée en tant que telle, elle subit une hostilité dirigée contre l’étranger en général. La protéger relèvera moins des communiqués que de la capacité, pour un État, à faire valoir ses ressortissants là où ils vivent, loin de ses frontières.

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B
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