Monsieur le Président, ne cédez pas au chantage rwandais du M23!
Monsieur le Président, ne cédez pas au chantage rwandais du M23!
AFP
Tandis que les rivières déversent leur peine dans les vallées orphelines du Nord-Kivu, une étrange danse guerrière s’étend, lente et calculée. Le M23, cette chimère armée aux intentions dissimulées, n’avance pas comme une force conquérante ordinaire. Elle ne vise pas à inscrire son emprise sur des territoires, ni à élever un drapeau victorieux sur des agglomérations meurtries. Non. Dans cet est meutrie du Congo, derrière chaque offensive criminelle, derrière chaque coup de balle tiré, ses incursions ressemblent davantage à un chant mortifère, une menace, un chantage cynique à l’échelle de la nation.
Car ce n’est pas la terre elle-même qu’ils convoitent, mais ce qu’elle recèle. Sous les roches, dans les entrailles des montagnes martyrisées, sommeillent des trésors convoitisés par les hommes : l’or, le coltan, le cobalt. Des richesses minérales qui font briller les yeux des profiteurs tapis dans l’ombre. Cette guerre est économique avant d’être militaire ; elle est une manoeuvre pour arracher, non pas des frontières, mais des concessions. Elle est une stratégie à peine voilée pour asservir l’État congolais à une énième table de négociations, où les accords, invariablement, ne bénéficient qu’à ceux qui tirent les ficelles depuis Kigali et ailleurs.
Le Rwanda nous fait chanter
Car le M23 est une émissaire : il porte sur ses épaules le fardeau d’un projet qui dépasse les limites d’une simple rébellion. Leur règle est simple : avancer, prendre, effrayer. Non pas pour occuper durablement, mais pour semer le trouble, soulever les populations contre le pouvoir en place, pour pousser à la reddition, à la négociation. Et, dans cet échiquier implacable, chaque localité tombée est un pion sacrifié, un prélude à un jeu plus vaste. Un jeu où la véritable bataille se livre dans les antichambres diplomatiques, où l’on espère faire plier le président Tshisekedi, lui arracher des signatures synonymes d’abandon.
Ne nous y trompons pas. Chaque recul de nos troupes, chaque territoire perdu, est une blessure vive infligée à notre nation, un arrachement cruel pour nos populations qui voient s’effondrer ce qui leur reste d’espoir. Mais dans ce deuil répété, il nous faut garder la vision d’ensemble : la chute de ces localités n’est qu’une étape dans un chantage orchestré. Le véritable enjeu, le coeur de la bataille, est notre souveraineté. Ils pourraient s’avancer jusqu’aux confins de nos 26 provinces, qu’il nous faudra tenir, debout et déterminés, sur l’essentiel : ne jamais signer un accord qui consacrerait la soumission de notre appareil sécuritaire. Jamais.
Organisons la résistence
Pourtant, il serait illusoire de se réfugier dans de simples déclarations de résilience. Il est temps que nos dirigeants cessent de perdre du terrain, non seulement géographique, mais aussi symbolique. Car chaque jour d’hésitation est une victoire pour l’adversaire. Il nous faut une armée repensée, réorganisée, une force structurée et impériale capable de rendre coup pour coup et d’obtenir une victoire militaire sans équivoque. Il nous faut non pas une défense passive, mais une riposte vigoureuse, décisive, afin de mettre fin définitivement à cette aventure qui, ne nous trompons pas, dépasse les seules frontières du Rwanda.
Car la vérité est que cette guerre est une hydre. Si le Rwanda est en première ligne, d’autres mains la nourrissent, d’autres intérêts la protègent. C’est une guerre par procuration, une lutte dans laquelle la République Démocratique du Congo, en dépit de ses blessures, doit être ce peuple indomptable qui refuse de plier le genou. Car si la victoire a un coût, la capitulation en a un bien plus lourd. Et, dans le tumulte des armes et des cris, il nous faut croire en cette évidence : la liberté ne se négocie pas, la souveraineté ne se marchande pas.
Que l’histoire nous entende. Que les aïeux qui veillent sur cette terre jadis bénie de paix nous inspirent. Et que dans chaque village incendié, dans chaque vie brisée, nous trouvions la force de bâtir une armée digne de la grandeur du Congo. Le M23 est un chantage, une menace éphémère, mais notre détermination, elle, doit être éternelle.
Jamais nous ne céderons. Jamais nous ne signerons notre abdication. Car le sang de nos martyrs exige justice, et notre terre, qui porte encore le poids des ancêtres, mérite d’être défendue par des hommes et des femmes à la hauteur de son histoire.
Litsani Choukran