La MONUSCO va parler au FRN à Goma, trois jours après son rejet catégorique par le Groupe de contact international
James Swan entame ce lundi 2 novembre une visite à Goma et prévoit d’engager des contacts avec les représentants du Front pour la refondation de la nation, dans la continuité du canal ouvert avec l’AFC/M23. La Mission les justifie par son mandat et par l’appui au mécanisme de vérification du cessez-le-feu.
La MONUSCO va parler au FRN à Goma, trois jours après son rejet catégorique par le Groupe de contact international
AFP
Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, James Swan, a entamé ce lundi 2 novembre 2026 une visite à Goma. La Mission la présente comme relevant de ses consultations régulières dans l’Est de la République démocratique du Congo, et indique que son chef prévoit d’engager des contacts avec les représentants du Front pour la refondation de la nation.
La Mission motive ces contacts par son mandat : la protection des civils, l’accès humanitaire et l’appui aux mécanismes de suivi et de vérification du cessez-le-feu, le MCVE+. Elle les présente comme la continuité des échanges qu’elle entretenait avec l’AFC/M23, auquel le FRN a annoncé succéder.
Trois jours après un rejet catégorique
La séquence mérite d’être posée. Le 30 octobre, le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs rejetait « catégoriquement » la poursuite d’objectifs politiques par la violence, telle que la prône le FRN. Les onze membres de ce groupe, présidé par la France, y demandaient aussi le démantèlement des administrations parallèles illégitimes sur le territoire congolais.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, lui, a déclaré l’administration installée à Goma nulle et dépourvue de tout effet juridique. Cela n’a pas empêché le panel de facilitateurs de l’Union africaine de consulter l’AFC et le M23 dans cette même ville le 5 octobre. La MONUSCO inscrit donc sa démarche dans une pratique déjà établie : un contact opérationnel, qui ne vaut pas reconnaissance.
Ce que Swan va appuyer
Le mécanisme cité par la Mission a deux étages. L’accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025 a créé le COVM, organe de décision où siègent à parité le gouvernement et l’AFC/M23, avec l’Union africaine, le Qatar et les États-Unis comme observateurs. Le protocole signé à Montreux le 14 avril 2026 avec la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs en a opérationnalisé le bras technique, le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus, greffé sur un organe qui existe à Goma depuis 2012. Le COVM décide, le MCVE+ vérifie. La MONUSCO y fournit le transport et les communications.
C’est précisément cet appui logistique qui rend les contacts nécessaires : les équipes conjointes du mécanisme se déplacent sur des lignes de front tenues par la partie que la Mission doit pouvoir joindre.
Un mécanisme où l’accusé vote le verdict
La difficulté est structurelle, et elle a été documentée dès le mois de juillet. Aucun texte ne prévoit de sanction. Le MCVE+ constate et rapporte au COVM. Et le COVM décide par consensus, avec un quorum qui exige la présence des deux parties. Un rapport établissant une violation imputable au camp armé devra donc, pour produire un effet, recueillir l’assentiment de ce camp. Un rapport mettant en cause les FARDC devra recueillir celui de Kinshasa.
Autre donnée de structure : le MCVE+ est un organe de la CIRGL. Cette organisation compte douze États membres, et le Rwanda en fait partie.
Moins de sept semaines avant l’échéance du mandat
Le calendrier pèse sur la visite. La résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, a renouvelé le mandat de la MONUSCO pour un an. Il arrive à échéance le 20 décembre, dans moins de sept semaines. Le 22 octobre à Kinshasa, le gouvernement congolais avait posé la protection des civils comme priorité absolue du prochain mandat, lors d’une réunion conduite côté onusien par James Swan.
Devant le Conseil de sécurité, le 29 septembre, le même James Swan avait placé côte à côte deux séries de chiffres : deux protocoles signés sur huit à Doha, et 1 537 violations des droits humains en trois mois.
Ce que portent les interlocuteurs
Les représentants que la Mission s’apprête à rencontrer font l’actualité de la journée même. La 34ᵉ Région militaire a annoncé ce lundi la reddition de 58 éléments de l’armée rwandaise et du FRN aux FARDC, et la capture de vingt autres, dans les territoires de Lubero, Masisi et Walikale au Nord-Kivu et à Kalehe au Sud-Kivu. Le même jour, Médecins sans frontières accusait les autorités installées par le FRN de bloquer l’accès aux soins des victimes de violences sexuelles.
La Mission n’a pas accompagné cette annonce d’un communiqué écrit sur son site.
Rédaction
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