Justice & Droits Police « révolutionnaire » congolaise : comment les Forces de l’ordre rwandaises investissent Goma

Police « révolutionnaire » congolaise : comment les Forces de l’ordre rwandaises investissent Goma

Le 24 août, l'AFC/M23 a créé une « police révolutionnaire congolaise » commandée par un ex-FARDC et noyautée par l'armée rwandaise, mise en cause pour des exactions à Goma, selon l'ONU.

Police « révolutionnaire » congolaise : comment les Forces de l’ordre rwandaises investissent Goma
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 18:01 WAT · 5 min de lecture

Le 24 août 2025, à Goma, la rébellion soutenue par Kigali a présenté ses premiers policiers en tenue. Ce jour-là, le M23 a annoncé la création d’une force chargée de la sécurité intérieure dans les villes qu’il occupe. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, documente cette manœuvre. Il la classe parmi les instruments d’une gouvernance parallèle destinée à se substituer aux fonctions régaliennes de Kinshasa.

Le rapport nomme l’auteur de l’annonce et la date sans ambiguïté. « Le 24 août 2025, le « général » Sultani Makenga (CDi.008) a annoncé la création de la « force de police d’élite » de l’AFC/M23 », écrit le Groupe d’experts. Le mouvement baptise cette structure Police révolutionnaire congolaise, en abrégé M23/PRC. Makenga, chef militaire du M23, figure sous sanctions de l’ONU. Le nom choisi mime celui de l’institution congolaise, jusque dans l’adjectif national.

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Le commandement révèle une continuité troublante avec l’appareil sécuritaire de l’État. Selon le rapport, la Police révolutionnaire congolaise a été placée sous les ordres du « colonel » Guillaume Eboko, ancien officier des Forces armées de la République démocratique du Congo. Un transfuge des rangs congolais dirige donc la police d’une rébellion. Le grade est autoproclamé. La fonction, elle, calque la hiérarchie qu’elle prétend remplacer.

La main de Kigali ne se contente pas d’un parrainage lointain. Le rapport est explicite sur ce point. « Des éléments fiables au sein de l’AFC/M23 et des sources des services de renseignement et de sécurité ont signalé la présence d’éléments de la FDR intégrés dans le M23/PRC », note le Groupe d’experts. La Force de défense rwandaise n’appuie donc pas seulement les colonnes militaires du mouvement. Elle noyaute jusqu’à sa police urbaine. L’usurpation régalienne se double d’une présence armée étrangère au cœur du dispositif civil.

L’annexe 11 du rapport détaille l’architecture de cette police. Le programme de formation des unités comprenait des spécialisations en maintien de l’ordre, en régulation de la circulation et en police scientifique. Le Groupe d’experts s’appuie sur des séquences promotionnelles diffusées par le mouvement lui-même. « the training programme for the police units comprised specializations in riot control, traffic regulation, and forensics (medico-legal analysis) », écrit le Groupe d’experts (annexe 11). Traduction : le programme de formation des unités de police comportait des spécialisations dans le maintien de l’ordre, la régulation de la circulation et la police scientifique. Le M23 imite la panoplie complète d’une police d’État.

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Le déploiement obéit à une logique militaire assumée. Les nouvelles unités ont été envoyées d’abord à Goma et à Bukavu. Ce redéploiement a permis aux combattants du mouvement de se concentrer sur les lignes de front. La police sert ainsi de relève d’occupation. Elle libère des troupes pour la conquête pendant qu’elle verrouille l’arrière.

Derrière l’uniforme neuf, le rapport documente des exactions contre les civils. Le M23/PRC a mené des opérations à grande échelle à Goma et à Bukavu, qui ont donné lieu à des détentions arbitraires et à la conscription forcée de garçons et d’hommes. Les enquêteurs sont allés plus loin. Ils ont recueilli des témoignages directs de victimes. Le Groupe d’experts s’est entretenu avec des personnes arrêtées qui avaient été témoins d’actes de torture, de traitements inhumains et d’exécutions sommaires dans des centres de détention à Goma. Des détenus y ont été dévêtus, privés de nourriture et d’eau.

La chronologie resserre l’accusation. Une force créée le 24 août, confiée à un ex-officier congolais, infiltrée par l’armée rwandaise, et déjà impliquée en quelques semaines dans la torture et l’exécution de civils dans ses geôles. Le M23 revendique une police au nom du Congo tout en piétinant les Congolais qu’elle prétend administrer. La façade régalienne masque un instrument de répression.

Pour Kinshasa, ce dévoilement confirme que la rébellion ne cherche pas à négocier un retour de l’État mais à le remplacer, uniforme après uniforme, avec l’appui direct de Kigali. Le Groupe d’experts, faute de pouvoir accéder aux zones tenues par le mouvement, en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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