Économie Finances publiques : la trajectoire de Muzito vers 2035, un pari à 215 milliards à l’épreuve du réel
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Finances publiques : la trajectoire de Muzito vers 2035, un pari à 215 milliards à l’épreuve du réel

Dans la 36e édition de sa Tribune, publiée le 8 juillet, Adolphe Muzito fixe un cap chiffré pour les finances publiques congolaises à l'horizon 2035. Le vice-Premier ministre en charge du Budget mise sur une pression fiscale de 17 % et des ressources propres portées à 215 milliards de dollars. Un objectif ambitieux, à mesurer à l'aune des recettes d'aujourd'hui.

Adolphe Muzito, ministre du budget de la RDC. Ph.droits tiers
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 12:20 WAT · 4 min de lecture

Le 8 juillet 2026, Adolphe Muzito a publié la 36e livraison de sa Tribune, un exercice d’analyse des finances publiques qu’il tient depuis des années. La veille, le même homme, en sa qualité de vice-Premier ministre en charge du Budget, défendait devant le Sénat le collectif budgétaire 2026. Les deux casquettes se rejoignent sur une même thèse, la RDC aurait posé les bases d’un nouveau modèle budgétaire, et il resterait à en récolter les fruits jusqu’en 2035.

Le point de départ de sa démonstration est un état des lieux. Depuis 2019, plaide l’ancien Premier ministre, les recettes publiques ont progressé et la capacité de financement de l’État s’est améliorée, sous l’effet des réformes engagées sous la présidence de Félix Tshisekedi. L’argument n’est pas neuf dans sa bouche. En septembre 2025, présentant le budget, il insistait déjà sur la solvabilité du pays. « Le Congo garde une grande capacité d’endettement parce qu’à ce jour, nous sommes autour de 16 milliards comme dette intérieure et extérieure du pays », déclarait-il alors. Sa lecture, cette dette reste soutenable et laisse une marge pour financer le développement.

Vient ensuite la cible. Muzito veut faire passer la pression fiscale, le rapport entre les recettes de l’État et la richesse produite, de 12,5 % en 2026 à 17 % en 2035. Au bout de cette trajectoire, il projette des ressources propres de 215 milliards de dollars et une place parmi les toutes premières économies d’Afrique subsaharienne. C’est le cœur du pari, et sa part la plus fragile, car il repose sur une décennie de discipline et de réformes ininterrompues.

Là où l’analyse quitte la projection pour toucher le réel, les chiffres sont plus sobres. Le budget rectificatif 2026, déclaré recevable par le Sénat le 7 juillet, est arrêté à 50 295 milliards de francs congolais, soit 21,9 milliards de dollars, en recettes comme en dépenses. Il recule de 7,4 % par rapport au budget initial, sous l’effet d’une chute de 42 % des ressources extérieures. Les recettes propres, elles, progressent de 6,9 %, avec 739,5 millions de dollars de rentrées supplémentaires, et le texte intègre une première tranche d’eurobonds de 650 millions de dollars fléchée vers des projets d’infrastructures. La dépendance aux financements extérieurs et aux revenus extractifs, que Muzito dit vouloir réduire, reste donc entière.

Cette tension, entre l’ambition affichée et la mobilisation effective, est le vrai sujet. Le ministre lie sa trajectoire à une meilleure efficacité de la dépense et à un élargissement de l’assiette fiscale, via la digitalisation des régies, la télédéclaration de la TVA ou la taxation de nouvelles bases. Il assure aussi que l’effort budgétaire ne se fait pas au détriment du social. « Le gouvernement ne coupe pas dans la santé ou l’éducation. Bien au contraire, nous allons augmenter les budgets », affirmait-il en septembre 2025, annonçant plus de 500 millions de dollars pour ces secteurs. Reste que d’autres voix pointent le chemin à parcourir. Une étude récente estime que la RDC perd jusqu’à 37 % de son potentiel budgétaire dans les failles de sa gestion publique, et le projet de budget 2026 avait été jugé recevable mais critiqué pour ses déséquilibres.

Le mérite de la 36e Tribune est de poser une trajectoire lisible, avec des jalons et une date. Sa limite tient à la nature de l’exercice, un cap fixé par celui-là même qui tient les cordons de la bourse, et qui juge son propre bilan. Entre les 21,9 milliards de dollars d’aujourd’hui et les 215 milliards de ressources propres promises pour 2035, il y a dix budgets à voter, une pression fiscale à presque doubler, et une économie à sortir de sa dépendance aux mines. La feuille de route existe. Sa crédibilité se jouera exercice après exercice.

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B
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