Nord-Kivu : Beni a observé une journée ville morte pour dénoncer les tueries répétées des ADF
Nord-Kivu : Beni a observé une journée ville morte pour dénoncer les tueries répétées des ADF
AFP
Les activités sont restées entièrement paralysées ce mercredi 3 juin 2026 dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Contrairement au contexte politique national, cette situation n’était pas liée à l’appel de l’opposition contre une éventuelle révision constitutionnelle. Il s’agissait plutôt d’une initiative des mouvements citoyens et des groupes de pression locaux visant à dénoncer les récentes tueries attribuées aux rebelles des ADF dans la région.
Du centre-ville aux quartiers périphériques, le mot d’ordre de « ville morte » a été largement respecté. Les mises en garde des autorités locales n’ont pas suffi à freiner la mobilisation de la population.
Les marchés, boutiques et autres commerces sont restés fermés toute la journée, tandis que les établissements scolaires ont été totalement désertés. Dès la veille, les organisateurs avaient précisé l’objectif de cette action : dénoncer les massacres à répétition et interpeller les autorités sur la persistance de l’insécurité.
« Nous voulons exprimer le chagrin que ressent notre population face à ces tueries. Le gouvernement congolais ainsi que la communauté internationale restent silencieux devant cette situation. Cette journée est un signe de deuil, mais aussi un cri d’alarme lancé aux autorités », a déclaré Clovis Mutsuva, l’un des organisateurs.
Les ADF, une menace jugée négligée
Les forces vives de Beni estiment que la menace représentée par les ADF ne bénéficie pas de la même attention politique et militaire que la crise du M23.
« Toutes les énergies sont actuellement orientées vers la question du M23. Les ADF ne sont pas traités avec le sérieux qu’exige la situation, et pour nous, c’est inacceptable. Nous voulons percevoir un véritable engagement du gouvernement congolais et de la communauté internationale dans la lutte contre les ADF », a ajouté Clovis Mutsuva.
Les manifestants réclament notamment le lancement d’opérations militaires offensives de grande envergure. Selon eux, les forces armées ne doivent plus se limiter à des actions défensives, mais intensifier la traque des assaillants.
« La sécurité avant la Constitution »
Dans un contexte marqué par les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle, les mouvements citoyens de Beni ont également adressé un message à la classe politique.
« Nous mourons pendant que vous accordez de l’importance à un tel débat sur la place publique. Vous devez mettre de côté vos divergences et vous unir autour de la question sécuritaire. Si vous continuez à vous focaliser sur des débats que nous jugeons secondaires, nous vous déclarerons tous persona non grata », a lancé un militant du mouvement citoyen Véranda Mutsanga.
Cette journée de deuil intervient dans un climat de terreur renouvelé. La veille, les victimes des attaques de Vemba et Ngadi ont été inhumées. Dans le même temps, au moins 16 personnes ont été tuées lors d’une nouvelle incursion attribuée aux ADF à Mbau.
Des sources locales signalent également plusieurs civils portés disparus, tandis que l’armée affirme avoir libéré au moins neuf personnes qui étaient retenues par les assaillants.
À travers cette mobilisation, la population de Beni réaffirme son ras-le-bol face à une crise sécuritaire et humanitaire qui dure depuis plus d’une décennie et qui continue de faire des victimes.
Azarias Mokonzi.