Société Plaques bâchées, sirènes, escortes : trois semaines après, l’interdiction de Shabani est totalement ignorée
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Plaques bâchées, sirènes, escortes : trois semaines après, l’interdiction de Shabani est totalement ignorée

Plaques bâchées, sirènes, escortes : trois semaines après, l’interdiction de Shabani est totalement ignorée
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUILLET 2026 - 15:16 WAT · 5 min de lecture

Trois semaines après la signature du télégramme, rien n’a bougé sur les avenues de Kinshasa. Des véhicules civils continuent d’arborer des plaques bâchées, d’allumer des gyrophares et de faire hurler des sirènes, souvent escortés par des hommes en armes. Le 6 juillet, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait pourtant interdit ces pratiques à titre « permanent », dans un message adressé à tous les commandements provinciaux de la Police nationale congolaise. La mesure existe, elle est écrite, elle est présentée comme définitive. Elle n’a produit, à ce jour, aucun véhicule immobilisé ni aucun contrevenant sanctionné.

Le texte réserve gyrophares, sirènes, escortes et plaques masquées à quelques officiels, le chef de l’État en tête, et exige des destinataires un rapport d’exécution. Il n’a pourtant rien d’inédit. Il reprend, en le durcissant, une instruction déjà diffusée début décembre 2025, restée sans effet. Le titre choisi par le site Actualité.cd pour l’annoncer disait l’essentiel, une nouvelle interdiction prise « après refus manifeste d’obtempérer ». Réémettre une règle est l’aveu qu’elle n’a pas été suivie.

Ce n’est pas la règle qui manque, c’est la sanction. Le 6 mai, en conférence de presse, Félix Tshisekedi avait haussé le ton contre les ministres coutumiers de ces pratiques. « La prochaine fois, veuillez bien noter la plaque, et si vous avez même vu le visage du ministre ou de la ministre, n’hésitez pas à me donner son nom, et il va quitter le gouvernement immédiatement », avait lancé le chef de l’État, ajoutant que « même le fait de bâcher les plaques est interdit, ils ont été prévenus ». Depuis cette menace de révocation immédiate, aucun ministre n’a été démis, aucun nom n’a été rendu public, aucun rapport d’exécution non plus. La parole présidentielle est restée sans suite, et le télégramme de juillet est venu combler sur le papier un vide que personne n’a comblé sur le terrain.

Le paradoxe tient à ceux que la mesure vise. Elle demande à la police de verbaliser précisément la catégorie qui la commande. Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme, l’exercice relève de la mise en scène. « On se moque de qui, tout le monde sait que les grands inciviques routiers se recrutent parmi les ministres, les militaires et les membres des familles des autorités », affirmait-il au lendemain de la réitération. « Ceux qui devraient être des modèles sont les plus grands inciviques, et ne sont pas sanctionnés. » Un policier de roulage qui immobiliserait le cortège d’un membre du gouvernement engagerait sa carrière avant celle du contrevenant.

L’histoire se répète à intervalles réguliers. Dès 2020, le ministre des Transports d’alors, Didier Manzenga, avait interdit les plaques masquées et personnalisées, et un journaliste notait aussitôt que « les plus hautes autorités politiques sont les premières à violer ces mesures ». Entre cette interdiction et le télégramme de juillet 2026, la ville a connu l’instruction de décembre 2025, puis les injonctions présidentielles de mai, sans qu’aucune ne s’installe. BETO a documenté, semaine après semaine, ces annonces et leur contournement immédiat par des véhicules d’officiels.

L’enjeu dépasse le désordre de la circulation. La plaque bâchée sert d’abord à ne pas être identifié. Les personnes heurtées par ces véhicules, relevait Actualité.cd, peinent à retrouver et à poursuivre les responsables. Interdire de masquer sa plaque, c’est rendre chaque conducteur redevable de ses actes. Ne pas faire appliquer l’interdiction, c’est maintenir l’exact contraire, une frange d’usagers que rien n’oblige à répondre de leurs actes.

La circulation à contresens, souvent associée à ces cortèges, relève d’un autre volet, porté directement par Félix Tshisekedi, qui dit avoir abordé le sujet en Conseil des ministres. Là encore, la consigne se heurte à la même réalité, celle d’un pouvoir qui édicte des règles auxquelles ses propres membres se soustraient.

Reste donc une mesure de plus, permanente par ses termes, provisoire par ses effets. Tant qu’aucun nom ne suivra la menace, tant qu’aucun rapport d’exécution ne sera publié, tant qu’aucun cortège ne sera arrêté, le télégramme du 6 juillet rejoindra la pile des textes que l’État s’est adressés à lui-même sans se faire obéir. Sur les avenues de la capitale, rien n’a changé.

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B
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