« Elle avait fui la guerre de Goma, elle est morte à Kinshasa » : le tragique décès de Prisca Banza qui émeut la capitale
Partie de Goma pour échapper à la guerre, Prisca Banza est morte à Kinshasa au retour d'un mariage. Son décès bouleverse la capitale. Ce que l'on sait de sa dernière soirée, et ce que la police faisait cette nuit-là à Mont-Ngafula.
« Elle avait fui la guerre de Goma, elle est morte à Kinshasa » : le tragique décès de Prisca Banza qui émeut la capitale
AFP
Le 28 juillet 2026, une organisation de jeunesse congolaise a publié un avis de décès. « C’est avec une profonde tristesse qu’@AfriyanRdc annonce le décès de Prisca BANZA, notre ancienne Chargée des Finances au bureau de Goma de 2022 à 2024 », écrit AfriYAN RDC, qui ajoute : « Nous garderons d’elle le souvenir d’une femme généreuse, bienveillante et engagée. » Prisca Banza avait quitté Goma pour Kinshasa après l’entrée de l’AFC/M23 dans sa ville. Elle est morte dans la capitale où elle s’était réfugiée.
Ce qui est établi, ce qui ne l’est pas
- Établi : le décès, l’identité, la fonction — par un avis de son ancien employeur.
- Non établi : les circonstances, la cause, l’heure, les auteurs.
- Deux versions coexistent : agression lors d’un vol de sac, ou enlèvement préalable.
- Aucune communication de la police, du parquet ni de la commune à ce jour.
Ce qui est établi, et par qui
L’annonce vient de son ancien employeur, ce qui lui donne son poids. AfriYAN RDC est une organisation de jeunesse basée au 42, avenue des Cliniques, à Kinshasa/Gombe, active sur les droits en santé sexuelle et reproductive. Son compte, ouvert en août 2018, est suivi par plusieurs institutions congolaises. Cette annonce établit le décès, l’identité de la défunte et sa fonction. Elle ne dit rien des circonstances.
Selon les récits publiés par des journalistes congolais et des médias en ligne, Prisca Banza avait quitté dans la soirée du 25 juillet un mariage familial à Matadi Mayo, quartier SeBo, dans la commune de Mont-Ngafula. Son corps a ensuite été retrouvé à l’hôpital général de référence de Kinshasa, que les Kinois appellent Maman Yemo. Elle aurait eu 26 ans.
Sur ce qui s’est passé entre les deux, les versions divergent. Plusieurs comptes décrivent une agression à la machette lors d’une tentative de vol de sac, à laquelle elle aurait résisté. D’autres, dont le média en ligne NouveauMedia.cd et le photojournaliste Justin Kabumba, écrivent qu’elle a été « enlevée puis tuée ». Aucune autorité congolaise, ni la police, ni le parquet, ni la commune, n’a communiqué sur les circonstances, la date exacte ou la cause du décès. BETO ne tranche donc pas entre ces récits.
La même nuit, la police bouclait Mont-Ngafula
Un fait officiel, indépendant, s’inscrit dans le même cadre de temps et de lieu. Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 juillet, les forces de police de la commune de Mont-Ngafula ont mené une opération de bouclage nocturne qui a abouti à l’interpellation de 132 présumés bandits, selon un communiqué officiel consulté le lundi 27 par la presse congolaise.
Le périmètre couvrait huit quartiers : Bianda, Mitendi, Masanga-Mbila, Matadi-Kibala, Matadi-Mayo, Maman-Mobutu, Maman-Yemo et Mazamba. Les unités opéraient sous la supervision du colonel Freddy Lifenge, après des réunions préparatoires du comité local de sécurité pilotées par le bourgmestre Séverin Lumbu Malamba. « Notre détermination à restaurer l’ordre public est totale et sans équivoque pour garantir la sécurité de nos administrés », a déclaré le commandement local.
Matadi-Mayo, le quartier du mariage, figure parmi les huit. Rien n’établit de lien entre cette opération et la mort de Prisca Banza, et ce papier n’en suggère aucun.
Un quartier signalé par la police depuis deux ans
Matadi-Mayo n’apparaît pas pour la première fois. Le 2 octobre 2024, la police citait déjà la commune parmi les zones de recrudescence du banditisme urbain. « La commune de Mont-Ngafula, depuis un certain temps, connaît la recrudescence du banditisme urbain (Kuluna), dans les quartiers Musangu, Kindele, Saya, Millénium, Mitendi, Matadi-Mayo et Tchad », déclarait alors le commissaire supérieur Éric Bolukaniongo, qui demandait aux habitants de « braver la peur ».
Vingt-deux mois séparent l’appel du commissaire Bolukaniongo, le 2 octobre 2024, du bouclage du 25 juillet 2026. Matadi-Mayo figure dans les deux listes, celle des sept quartiers de 2024 et celle des huit quartiers bouclés en juillet.
L’opération du 25 juillet s’inscrit dans les directives du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, qui demande une présence accrue des autorités communales sur les questions de sécurité, chaque bourgmestre devenant responsable de la quiétude de sa juridiction. Les opérations contre les présumés kuluna se succèdent à Kinshasa depuis plusieurs campagnes.
La réaction politique
Le soir du 28 juillet, à 20h54, l’ancienne sénatrice Francine Muyumba Nkanga a publié un texte qu’elle signe du seul prénom de la défunte. « Kinshasa est devenue un véritable théâtre de la violence, un enfer pour ses habitants. Chaque jour, les tueries, le banditisme urbain et l’insécurité fauchent des vies innocentes », écrit celle qui fut présidente de l’Union panafricaine de la jeunesse, devant une audience de 580 500 abonnés.
Sa conclusion appelle des départs. « L’honneur et le sens des responsabilités devraient conduire ceux qui ne sont pas en mesure d’assurer efficacement la protection des citoyens à en tirer les conséquences. » Aucune autorité n’a répondu à cette prise de position à ce jour.
Ce que nous cherchons à établir
Quatre questions restent ouvertes, et BETO les pose aux personnes qui peuvent y répondre.
Les circonstances de la mort : une plainte a-t-elle été déposée, une enquête est-elle ouverte, par quel parquet ? La question est adressée au commissariat de Mont-Ngafula, dirigé lors du bouclage par le colonel Freddy Lifenge, et à la commune du bourgmestre Séverin Lumbu Malamba.
L’admission à l’hôpital général de référence de Kinshasa, dans la nuit du 25 au 26 juillet : à quelle heure, dans quel état, avec quel constat médical, et sous quel numéro de dossier ?
L’âge et le parcours : les 26 ans et le titre de Miss Metanoïa Goma 2018 proviennent de témoignages en ligne, aucun n’est confirmé.
Enfin, le nombre. Personne ne publie de décompte des homicides à Kinshasa. Ni la police, ni le parquet, ni l’hôtel de ville. Une ancienne sénatrice écrit que des vies sont fauchées « chaque jour » ; la police annonce 132 interpellations en une nuit. Ces deux affirmations peuvent être vraies en même temps, et aucune donnée publique ne permet de les rapporter l’une à l’autre.
Prisca Banza avait quitté une ville en guerre pour une ville en paix. C’est la seule chose que ce papier peut affirmer sans réserve.