Le ciel de Goma sous brouillage : quand le Rwanda aveugle l’aviation civile en RDC
Un réseau de brouillage GPS relié au Rwanda perturbe l'aviation au-dessus de Goma, selon le rapport du Groupe d'experts de l'ONU.
Le ciel de Goma sous brouillage : quand le Rwanda aveugle l’aviation civile en RDC
AFP
Les 25, 26, 27 et 28 octobre 2025, un vol régulier reliant Luanda à Dubaï a présenté un comportement anormal au-dessus de Goma. Le vol EK794 d’Emirates a décrit un schéma d’attente prolongé et perdu son signal de positionnement au voisinage de la ville. Le Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo a relevé l’incident dans une annexe technique de son rapport à mi-parcours S/2025/858, comme l’un des symptômes d’un phénomène plus large : un réseau de guerre électronique qui perturbe le ciel de l’Est congolais.
Le corps du rapport est direct sur l’origine militaire du dispositif. Il constate le recours de la Force de défense rwandaise à des « systèmes de brouillage et d’espionnage ». Selon l’annexe technique, les données de la plateforme GPSJam, au 13 septembre 2025, montrent des interférences supérieures à un dixième des signaux concentrées sur Goma, Sake et Nyiragongo, une zone qui s’étend vers la frontière rwandaise, près de Gisenyi.
À lire aussi : Le numéro de série qui trahit Kigali : une radio de guerre rwandaise saisie à Masisi
La localisation des émetteurs est le point sensible. Selon la même annexe, des unités de brouillage sont installées côté rwandais, à Gisenyi et à Rusizi, ainsi que sur l’île d’Iwawa, dans le lac Kivu, tandis que des émetteurs mobiles opèrent depuis le territoire congolais tenu par l’AFC/M23. Le brouillage et le leurrage des signaux de navigation y sont présentés comme une violation potentielle de l’embargo sur les armes.
Le brouillage n’est pas une nuisance abstraite. Il aveugle l’aviation civile qui survole la région et complique les opérations humanitaires et de surveillance. Un avion de ligne privé de positionnement fiable doit s’en remettre à des procédures dégradées. Au sol, la même technologie sert à masquer les mouvements de troupes et à déjouer les drones.
À lire aussi : Rapport de l'ONU : environ 30 000 combattants de l'AFC/M23 appuyés par jusqu'à 18 000 soldats rwandais
Ce volet électronique complète un tableau militaire déjà lourd. Le Groupe d’experts estime « entre 6 000 et 7 000 membres de la FDR » déployés dans les Kivu, présents sur les lignes de front. Le brouillage s’inscrit dans cette architecture, aux côtés du matériel saisi sur le terrain, comme la radio tactique confisquée à un soldat rwandais à Masisi en mars 2025.
Kigali dément être partie au conflit. Le rapport, lui, additionne des sources techniques : données de suivi des vols, cartographie des interférences, imagerie. La force de ce type de preuve tient à sa traçabilité. Une trajectoire d’avion s’enregistre, une zone d’interférence se mesure.
Pour Kinshasa, ces constats nourrissent une même thèse, celle d’une agression pilotée depuis l’extérieur. Le Groupe d’experts ne se prononce pas sur les responsabilités politiques. Il documente un réseau, ses émetteurs et ses effets, et renvoie la suite au Conseil de sécurité.
Passeports tamponnés, mwami déchus, magistrats recrutés : l’AFC/M23 et le Rwanda jouent à l’État dans l’Est de la RDC
Cinq jours, trois convois, 1 798 Congolais : le transfert forcé vers le Rwanda que documente l’ONU