Le numéro de série qui trahit Kigali : une radio de guerre rwandaise saisie à Masisi
Une radio militaire au numéro de série 75838, saisie sur un soldat rwandais à Masisi : le rapport de l'ONU matérialise la présence de l'armée de Kigali.
Le numéro de série qui trahit Kigali : une radio de guerre rwandaise saisie à Masisi
AFP
En mars 2025, dans le territoire de Masisi, un soldat capturé portait sur lui un poste radio tactique. L’appareil, un modèle militaire à saut de fréquence, porte le marquage « RT-7106 TADIRAN COMMUNICATIONS » et le numéro de série 75838. Le Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo l’a soumis à une évaluation technique. Sa conclusion, consignée dans le rapport à mi-parcours S/2025/858 remis le 30 décembre 2025, est un objet, daté et localisé, qui matérialise ce que Kinshasa dénonce depuis des mois : la présence de l’armée régulière rwandaise sur son sol.
La radio n’est pas un indice isolé. Le rapport documente « systèmes de brouillage et d’espionnage » et un équipement moderne qui distingue les hommes de la Force de défense rwandaise, la FDR, des combattants de l’AFC/M23. Selon l’annexe technique, le poste est de fabrication israélienne, doté de modes clair, sécurisé et anti-brouillage, et sa batterie porte une date de production récente. Le Groupe indique avoir demandé aux autorités israéliennes de vérifier le numéro de série et le lot.
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Derrière l’objet, il y a une armée. Le Groupe d’experts chiffre le déploiement. Selon une estimation qu’il qualifie de prudente, « entre 6 000 et 7 000 membres de la FDR, constituant au minimum deux brigades et deux bataillons de forces spéciales, restaient déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ». Ces formations, précise le rapport, ont été créées spécifiquement pour l’opération transfrontalière en RDC.
Le rôle de ces troupes n’est pas d’appoint. Des sources internes à l’AFC/M23, dont un commandant de haut rang, décrivent aux enquêteurs des éléments de la FDR appelés « Friendly Force » qui « gèrent les lignes de front » et « contrôlent les combattants du M23 ». Sur le terrain, les témoins reconnaissent les soldats rwandais à leur équipement, à leur discipline et à leurs structures de commandement.
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Le dispositif s’étend au renseignement électronique. Le rapport fait état d’une base établie par la FDR sur l’île d’Idjwi, utilisée pour la rotation des troupes via le lac Kivu, et d’un recours continu à des technologies de brouillage. Une brigade opère dans la zone de Goma, Nyiragongo, Bwito et Rutshuru, une autre dans le Masisi, le Walikale et jusqu’à Minembwe, au Sud-Kivu.
Kigali conteste toute présence de ses troupes en RDC. Le Groupe d’experts, lui, s’appuie sur une méthodologie de preuve définie par le Conseil de sécurité et sur des sources croisées : témoignages, services de renseignement, imagerie, matériel saisi. La radio de Masisi tombe dans cette dernière catégorie, celle des pièces qu’un démenti ne dissout pas.
L’enjeu dépasse la polémique diplomatique. Le déploiement d’une armée étrangère et la circulation d’équipements militaires sophistiqués dans l’Est relèvent du régime de sanctions et de l’embargo sur les armes que surveille le comité créé par la résolution 1533. En documentant un numéro de série, le Groupe d’experts ne livre pas une opinion. Il verse une pièce au dossier.
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