Sécurité & Défense Rumangabo et Tchanzu: le M23 fusille ses propres recrues pour tenir ses rangs

Rumangabo et Tchanzu: le M23 fusille ses propres recrues pour tenir ses rangs

Désertions massives, commandement par la coercition, exécutions internes à Rumangabo et Tchanzu : le rapport de l'ONU décrit une rébellion M23 qui ne tient ses rangs que par la peur.

Rumangabo et Tchanzu: le M23 fusille ses propres recrues pour tenir ses rangs
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 18:06 WAT · 4 min de lecture

Sur les sites d’entraînement de Rumangabo et de Tchanzu, tenter de déserter peut valoir la mort. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, documente à sa page 9 des châtiments inhumains et des exécutions sommaires infligés aux recrues qui refusent d’obéir. Cette violence n’est pas un incident de discipline. Elle est le mode de commandement d’une rébellion qui ne parvient plus à se faire obéir autrement.

Le constat central du rapport tient dans une phrase. « Les taux élevés de désertion montrent qu’il reste compliqué pour l’AFC/M23 de préserver la loyauté dans ses rangs, ce qui l’a obligée à assurer le commandement et le contrôle principalement par des moyens coercitifs », écrit le Groupe d’experts. La formule pèse lourd. Un mouvement armé qui ne retient ses combattants que par la contrainte avoue, dans ses propres rangs, une faiblesse structurelle que ses proclamations territoriales cherchent à masquer.

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Cette fragilité surprend au regard de l’effort consenti. L’AFC/M23 a intensifié son entraînement militaire et multiplié les recrutements depuis avril 2025. Le 14 septembre, elle a annoncé la « sortie » de 7 437 « commandos » formés à Rumangabo. Le 1er octobre, elle revendiquait 9 350 « commandos » supplémentaires au centre de Tchanzu. Le Groupe d’experts précise n’avoir pas pu corroborer ces chiffres de manière indépendante. Le décompte affiché dit l’ambition. Le comportement des recrues dit la réalité.

Car la matière humaine reste rétive. « Malgré plus de sept mois de formation et d’endoctrinement politique, la plupart des recrues n’avaient pas la confiance totale du commandement de l’AFC/M23 », relève le rapport. Ces hommes ont été envoyés au combat dans des zones qu’ils ne connaissaient pas, mal équipés, parfois non armés, parfois poussés sous la contrainte en première ligne. L’endoctrinement, si long soit-il, n’a pas produit la loyauté escomptée. Il a produit des fuyards.

La réponse de l’appareil de commandement fut la terreur intérieure. Le rapport établit que les tentatives de désertion ou le refus d’obéir aux ordres, en particulier sur les sites d’entraînement tels que Rumangabo et Tchanzu, ont donné lieu à des châtiments inhumains et à des exécutions sommaires. La discipline ne repose pas sur l’adhésion. Elle repose sur la crainte du peloton. Une armée qui exécute ses propres soldats pour les empêcher de partir consume la ressource même qu’elle prétend accumuler.

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Les conditions de vie décrites achèvent le tableau. Des éléments qui se sont évadés ont rapporté au Groupe d’experts que les recrues étaient contraintes à endurer la faim, des maladies non soignées, des exactions physiques et des tortures. La faim, la maladie laissée sans soin, les coups. Voilà le quotidien que fuient ceux qui prennent le risque de la désertion. Le rapport tient ces témoignages pour concordants, recueillis auprès d’ex-recrues, de témoins oculaires et de sources de renseignement.

Cette violence interne prolonge celle que le mouvement exerce sur les populations. Le rapport documente, dans les centres de détention de Goma tenus par la nouvelle police du mouvement, des actes de torture, des détenus dévêtus, privés de nourriture et d’eau, et des exécutions sommaires. Le même appareil qui brise ses recrues brise les civils qu’il prétend administrer. La coercition n’est pas un accident de parcours. Elle est le ciment d’une autorité qui n’a pas su gagner de consentement.

Face à ce mouvement, les Forces armées de la République démocratique du Congo et les groupes Wazalendo ont continué à contenir les avancées de l’AFC/M23, en menant des opérations conjointes pour limiter les pertes territoriales et protéger les principales voies d’approvisionnement. La résistance nationale tient le front quand l’adversaire, lui, doit tenir ses propres soldats par la menace d’exécution. Le rapport, remis le 30 décembre 2025, fixe cette asymétrie noir sur blanc.

Pour Kinshasa, la démonstration est utile. Une rébellion qui fusille ses recrues pour les garder n’est pas une administration de substitution viable, mais une entreprise de coercition dont la cohésion s’effrite dès qu’on relâche la contrainte. Le Groupe d’experts en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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